Avec trois plaintes déposées en deux jours, la polémique déclenchée autour de la publication de nouvelles caricatures du prophète Mahomet dans Charlie Hebdo est en train de se déplacer vers le terrain judiciaire. L'Union des organisations islamiques de France (UOIF), majoritaire au sein du Conseil national du culte musulman, a annoncé jeudi son intention d'engager une procédure, a priori pour "incitation à la haine raciale" à l'encontre de l'hebdomadaire satirique. Une autre plainte, déposée par l'Association des musulmans de Meaux, va être transmise au parquet de Paris.
Mercredi, déjà, une plainte avait été déposée à Paris par l'Association syrienne pour la liberté. Mais celle-ci pourrait ne pas être retenue par la justice. En effet, selon l'avocat de Charlie Hebdo, Me Richard Malka, contacté par TF1 News, "la loi fixe un certain nombre de conditions pour pouvoir représenter valablement un groupe de personnes en justice, dont une condition d'ancienneté d'au moins cinq ans". Or l'Association syrienne pour la liberté serait une ONG créée en 2012.
Concernant les autres plaintes, a priori recevables, Me Malka ne semble pas plus inquiet que cela sur leur issue devant les tribunaux. "C'est mon avis, qui est forcément subjectif mais je n'ai pas l'impression que Charlie Hebdo ait dépassé les limites de ce qui est accepté par le droit", explique-t-il. "Le droit dit que l'on peut se moquer comme on veut des religions, car c'est la base d'un Etat laïque où le blasphème n'existe pas. En revanche, on ne peut pas inciter à la haine à l'égard de personnes en raison de leur appartenance religieuse". "La limite peut être difficile à déterminer", concède-t-il avant de rappeler que par le passé l'hebdomadaire a gagné tous ses procès similaires.
"Charlie Hebdo n'est pas coupable de vouloir faire rire et de s'exprimer librement"
Poursuivi en 2006 pour "incitation à la haine raciale" par des organisations musulmanes, dont l'UOIF, après la diffusion de premières caricatures de Mahomet, Charlie hebdo avait en effet gagné en première instance comme en appel en 2007 et 2008. La cour d'appel de Paris avait déclaré les dessins conformes à la loi car ils ne visaient pas l'islam et les musulmans mais les intégristes, disait-elle.
Ceux qui sont coupables, selon lui, "ce sont les fous, les extrémistes". Et de dénoncer l'attitude de certains dirigeants politiques qui, ces derniers jours, "après s'être prononcés haut et fort pour la liberté d'expression ont ajouté un "mais" ou un "sauf" à la fin de leur phrase". "Quand on commence à dire "mais" ou "sauf", on est déjà foutu, déplore-t-il. Et d'ajouter : "C'est terrible, dans un pays où l'on s'est battu pour pouvoir avoir le droit de critiquer toutes les religions, de toujours devoir recommencer les mêmes débats. On est en train de parler de trois caricatures dans un journal de caricatures !".










