En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
ARCHIVES

Commémoration de la rafle du Vel d'Hiv : Hollande dans les pas de Chirac

Edité par
le 22 juillet 2012 à 08h01 , mis à jour le 22 juillet 2012 à 08h04.
Temps de lecture
4min
Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, le dimanche 12 juin 2011

Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, le dimanche 12 juin 2011 / Crédits : ABACA

À lire aussi
Notre sociétéPrésent ce dimanche à Paris lors des cérémonies commémorant le souvenir de la rafle du Vélodrome d'Hiver, François Hollande, rompant avec son mentor François Mitterrand, devrait réaffirmer la responsabilité française dans cette opération. Le premier président à le faire avait été Jacques Chirac.

La rencontre de samedi n'était pas une simple visite de courtoisie d'un chef de l'Etat en exercice à un ancien chef de l'Etat. Lorsque François Hollande, après s'être promené sur les marchés de Tulle, s'est rendu au château de Bity pour y retrouver Jacques Chirac chez lui, les deux hommes se sont entretenus, entre autres, de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv. Cette sinistre opération de police, demandée par l'Allemagne nazie mais exécutée sur l'ordre du régime de Vichy par la police et la gendarmerie françaises, au cours de laquelle 13.152 juifs, hommes, femmes et enfants, avaient été arrêtés puis déportés à Auschwitz, avait eu lieu les 16 et 17 juillet 1942. Il y a une semaine, une première commémoration avait eu lieu au camp de Drancy. Mais ce dimanche, une autre cérémonie est organisée sur les lieux de l'ancien Vélodrome d'Hiver, à Paris, qui fut utilisé comme prison provisoire au cours de cette rafle, et où plusieurs milliers de juifs (7000 à 8000) durent survivre sans nourriture et presque sans eau durant cinq jours ; et François Hollande sera présent. Il devrait, à cette occasion, réaffirmer la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans cette opération, qui avait représenté à elle seule un quart des 42.000 juifs envoyés depuis la France vers Auschwitz au cours de l'année 1942. Tout comme l'avait fait, avant lui... Jacques Chirac.

Pour l'actuel chef de l'Etat, le symbole sera double. En suivant les pas de Jacques Chirac, premier président à affirmer la responsabilité française en 1995, François Hollande devrait faciliter un travail de mémoire longtemps rendu difficile par les réticences des autorités françaises. C'est en 1993 seulement que la date du 16 juillet, début de la rafle, avait été choisie pour instituer une Journée nationale à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "gouvernement de l'Etat français". Et c'est deux ans plus tard que Jacques Chirac lançait, devant le monument commémoratif de la rafle : "Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français". Mais pour François Hollande, un tel geste aura aussi pour conséquence de l'amener à se démarquer de son mentor l'ex-président François Mitterrand. Celui-ci considérait que la France ne pouvait être mise en cause dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale puisque, selon lui, il n'y avait eu, durant l'occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre.

"Jacques Chirac avait eu les mots qui convenaient"

Ces mots pour réaffirmer la responsabilité de l'Etat français sont en tout cas très attendus, ce dimanche, par la communauté juive de France. Il y a quelques jours, dans les colonnes du Monde, Serge Klarsfeld évoquait les paroles prononcées en 1995 par Jacques Chirac, rappelant que ce discours avait alors été salué "dans le monde entier comme une courageuse et salutaire reconnaissance". Si, ce dimanche, "François Hollande ne parlait pas de la responsabilité de la France, ce serait un recul", a affirmé vendredi le président de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France.

Paradoxalement, cette question de mémoire a été longtemps un enjeu de tension entre droite et gauche. Après la crispation mitterrandienne et la reconnaissance chiraquienne, Nicolas Sarkozy avait affirmé, le 19 juillet 2007, en se rendant au Mémorial de la Shoah à Paris quelques semaines après son élection, que son prédécesseur avait dit "ce qu'il fallait dire". "Il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher à son très beau discours", avait-il ajouté. "Avec le mitterrandien François Hollande, l'incertitude planait", affirme aujourd'hui Me Klarsfeld, rappelant comment certains socialistes - notamment Jack Lang, Jean Glavany ou Claude Bartolone, l'actuel président de l'Assemblée nationale - avaient critiqué le discours de Jacques Chirac. "C'est pour cela que j'ai écrit une tribune dans Le Monde, par prudence, pour mettre en garde, pour que les choses soient claires", ajoute-t-il.

Mais Aquilino Morelle, le conseiller politique du président Hollande, l'a rassuré. Dans une lettre qu'il lui a adressée le 10 juillet, il a affirmé à l'avocat que "le président dira ce qui doit être dit", qu'il parlera de "la fidélité de la nation au devoir de la mémoire", de sa "détermination à dire l'histoire telle qu'elle fut et à en tirer les leçons qui s'imposent", qu'il soulignera "la responsabilité de la France, de son administration, de sa police dans ce crime" commis contre les Juifs de France. "Jacques Chirac avait eu les mots qui convenaient", a-t-on souligné vendredi dans l'entourage du chef de l'Etat, avant d'ajouter: "Et c'était le premier".

Commenter cet article

  • philatelle : Encore la cravate de travers......tirez un trait sur cette histoire!! notre génération n'en est pas responsable ; elle ne doit donc pas payer ce serait injuste nos parents aussi ont souffert, ont tout perdu maintenant rien n'y changera quoi que ce soit même les monuments aux mort et les cérémonies qui ne nous les rendront pas la seule chose importante est que cela ne se reproduise pas

    Le 22/07/2012 à 15h08
  • snakeyes-92 : C'est particulièrement exact. Belle peau de banane déposée à l'encontre de Nicolas Sarkozy.

    Le 22/07/2012 à 10h45
  • poya40 : Cessez de dire que les jeunes ne connaissent pas ce tragique episode : que je sache, il ne faisait pas partie des programmes d'histoire... La honte peut-etre ?

    Le 22/07/2012 à 10h11
  • gestionniste : Je me souviens d'un reportage sur les événements de la libération de Paris en aout 1944. On avait demandé au générale De Gaulle de proclamer la république. Celui-ci a répondu qu'à travers lui, elle n'avait jamais cessé d'exister dégageant ainsi l'état Français de toute responsabilités des actions menées par le régime de Vichy. Cependant, cette réflexion sur le droit, ne dispense nullement du devoir de mémoire.

    Le 22/07/2012 à 10h09
  • rose-marie54 : @breewen::Ne mélangez pas la politique et la déportation,j'ai été déportée avec mes parents à 9 mois.

    Le 22/07/2012 à 10h01
      Nous suivre :
      EXTRAIT Sept à Huit : aux Etats-Unis, la police est dans l'école

      EXTRAIT Sept à Huit : aux Etats-Unis, la police est dans l'école

      logAudience