11 septembre 2001 : pour la première fois, un avion devient une arme, créant un sentiment de danger inédit. Outre notre vision du monde, ces attaques bouleversent notre vie quotidienne. Rapidement après les événements, de nouvelles mesures de sûreté entrent en vigueur. Drastiques, omniprésentes. Aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Premiers et principaux concernés par le boom de ce nouvel arsenal sécuritaire : les aéroports et les millions de passagers qui les fréquentent quotidiennement.
Le 11-Septembre, les terroristes ont pris les commandes des avions à l'aide de simples cutters. Désormais fini les pinces à épiler et tout autre objet potentiellement coupant ou contondant dans nos bagages cabine. Pour ne pas louper un coupe-ongle dissimulé dans une trousse de toilette, la sensibilité des portiques de détection des masses métalliques est augmentée. Les bagages envoyés en soute subissent également un contrôle renforcé. Des chiens les reniflent, des scanners à rayons X les "déshabillent". Des aéroports installent des appareils de détection de traces d'explosifs. Dans les avions, les cockpits sont -en théorie- verrouillés. Et sur les vols classés à haut risque, on trouve parmi les passagers un ou deux agents de sûreté embarqués, en civil, parfois armés. Les fouilles et les contrôles des passagers sont renforcés, il faut désormais arriver -encore- plus tôt pour un vol long-courrier.
Un attentat = une mesure
Au fil des mois, des années et des événements, ces mesures de sûreté ne cessent d'évoluer. Ainsi depuis décembre 2001 et l'attentat raté de Richard Reid, l'homme aux "chaussures explosives", qui avait caché 250 grammes de Pentrite dans ses souliers, sur le vol Paris-Miami, tout voyageur peut être amené à devoir se déchausser avant d'embarquer. Toujours suite à cette affaire, les briquets seront un temps interdits sur les vols à destination et en partance des Etats-Unis.
En août 2006, les autorités britanniques déjouent un complot visant à détruire en vol une dizaine d'avions. Les suspects auraient eu l'intention de recourir à des explosifs liquides dissimulés dans des biberons, des flacons de shampoing ou de lentilles de contact. Conséquence : aucun liquide, aérosol, gel, crème ou pâte de plus de 100 ml n'est plus autorisé en cabine. Cette interdiction devrait être levée en 2012. Décembre 2009, nouvelle tentative d'attentat et nouvelle mesure de sûreté. Controversés, des scanners corporels à ondes millimétriques sont installés dans certains aéroports après qu'un passager d'un vol Lagos-Amsterdam-Detroit a tenté de faire exploser un bloc de penthrite artisanale... collée sur sa jambe.
Inefficaces ces mesures ?
L'imagination foisonnante des terroristes donne des sueurs froides aux autorités. Parmi leurs dernières initiatives, un boudin d'explosif introduit par le rectum dans le colon, ou un explosif en gel placé dans une fausse prothèse mammaire. Si seuls les "scanners à rayon X mous" pourraient repérer la charge, leur utilisation systématique et à grande échelle est irréalisable. Déjà certains prédisent à terme une énième mesure : l'interdiction des téléphones portables en cabine dont les ondes pourraient déclencher l'explosion à distance mais aussi servir de balise radio-émettrice à de petits missiles portable tirés de l'extérieur, pendant le roulage, quelques minutes après le décollage ou juste avant l'atterrissage.
"Depuis le 11-Septembre, malgré toutes ces mesures, 23 tentatives d'attentats, ont eu lieu, rien qu'aux Etats-Unis, affirme Christophe Naudin*, criminologue universitaire, expert en sûreté aérienne. Inefficaces ces mesures ? C'est l'opinion de nombre de spécialistes du secteur. "Aujourd'hui, on prend conscience que la vraie sûreté, c'est le contrôle des personnes plutôt que celui des objets", relève encore le spécialiste. Mais là encore, contrôler 100% des passagers n'a pas de sens, selon lui. "Toujours depuis 2001, 21 milliards de passagers ont été contrôlés dans tous les aéroports du monde sans qu'aucun terroriste n'ait été arrêté avant l'embarquement. Pire, des attentats ou des tentatives d'attentats se sont produits en 2002, 2004, 2005, 2009, 2010 malgré l'inspection filtrage...", relève aussi Christophe Naudin pour qui il faut davantage cibler ces contrôles via notamment les techniques de profilage criminel, les contrôles d'identité biométrique ou le contrôle automatique des documents de voyage. Dans un article du Point, Philippe Legorgus, ancien commandant du Groupemement d'intervention de la gendarmerie nationale (GIPN) abonde dans le même sens : "La pire menace pour un terroriste, c'est de ne pas voir de service de sûreté. Pour être efficace, celle-ci doit être invisible et aléatoire."
* Chercheur enseignant à Paris II, Christophe Naudin, est notamment l'auteur de Sûreté aérienne, la grande illusion, éditions La Table Ronde, mars 2007.










