Dans la tête d'un homme violent

Par , le 25 novembre 2011 à 04h00 , mis à jour le 25 novembre 2011 à 19h25

TEMOIGNAGE - C'est l'un des rares témoignages d'homme violent. Frédéric Matwies, 44 ans, a frappé sa compagne pendant dix ans. Aujourd'hui guéri, il raconte le mari violent qu'il était.

"Malgré l'amour que je portais à Sabrina, je devenais un monstre, odieux, cruel. Quand j'explosais, je me sentais un autre homme", explique Frédéric Matwies dans son livre."Malgré l'amour que je portais à Sabrina, je devenais un monstre, odieux, cruel. Quand j'explosais, je me sentais un autre homme", explique Frédéric Matwies dans son livre. © Michalon/DR

Il est un "Monsieur tout le monde", qui a été capable du pire. Frédéric Matwies, 44 ans, a frappé sa compagne pendant dix ans, jusqu'au "coup de trop" qui aurait pu la tuer. Le "déclic" pour son repentir. Après deux années de thérapie, il se sent "guéri". Il raconte aujourd'hui, le mari violent qu'il était dans Il y avait un monstre en moi* et témoigne sur TF1 News.

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La première fois
Cela a commencé par une gifle. C'était dans les premiers mois de notre relation. Sabrina avait 17 ans et demi, moi 26. J'attendais son retour sur un sujet -lequel ?, je ne m'en souviens pas-. Elle n'a rien dit, j'avais l'impression qu'elle me prenait pour un con. J'ai commencé à bouillir intérieurement. De mots forts en mots forts, une claque est partie. Je n'ai pas de cette première fois un souvenir précis. Ni des autres d'ailleurs. Ces mauvais moments ont été enfouis quelque part au fin fond de ma mémoire. Autant, je me souviens de nos vacances en Corse autant les scènes de violences... Pour écrire ce livre, j'ai sollicité l'aide de Sabrina. Pour qu'elle me raconte ce que je lui ai fait subir si souvent, si longtemps.
 
Quand on frappe l'être aimé
La violence conjugale naît d'un enchaînement infernal, comme un cyclone qui emporte tout sur son passage. C'est toujours le même mécanisme. On se fait une montagne d'un détail. Il y a cette boule au ventre qui gonfle. La tension monte, on explose, le coup part. On perd la raison, on ne réfléchit plus. On donne les coups pour se décharger. C'est comme une drogue. Malgré l'amour que je portais à Sabrina, je devenais un monstre, odieux, cruel. Quand j'explosais, je me sentais un autre homme. On réalise ce qu'on vient de commettre seulement quand c'est fini. On est surpris, effrayé de soi-même. Après, je culpabilisais, j'essayais de chercher des raisons et je me rapprochais de Sabrina. Je redevenais câlin, lui promettais de ne plus jamais recommencer. Je m'excusais pour qu'elle me pardonne...
 
Une ordure
En quelques mois, je suis devenu une ordure. Avec la première gifle, j'ai mis le doigt dans une relation faite de violences verbales, de harcèlement, de coups. C'est allé de pire en pire. Ce que je lui ai fait subir, c'est barbare. Je lui ai brûlé les cuisses avec une cigarette, j'ai tenté de l'étrangler. Le pire ? C'était suite à une énième querelle. Elle se retrouve au sol. Je suis sur elle. A côté, il y a cette cage à lapin. Je lui dis 'puisque tu veux me faire bouffer de la merde, ben moi je vais t'en faire bouffer aussi. Et je prends des crottes et je lui mets dans la bouche."
 
Un problème latent
J'ai toujours su en fait que j'avais un problème. En maternelle, déjà, j'étais au fond de la classe, je ne parlais pas. Plus tard, j'étais violent avec mon beau-père, lui-même violent. Un jour, je lui ai cassé une casserole sur le crâne. J'ai été exempté de service militaire. J'étais P4, la catégorie pour ceux ayant des problèmes psychologiques. On m'a expliqué que j'étais inapte pour la vie en groupe. Les autres me charriaient en me disant 't'es fou, t'es fou'. Quand Sabrina et moi avons eu notre première fille, une médiatrice, qui m'avait vite cerné, m'a conseillé de voir quelqu'un. J'ai essayé le sport, la lecture, les balades pour compenser, penser à autre chose... Je vivais tellement mal, toujours à cogiter.
 
La honte
La honte nous étouffe à chaque "après". On se sent minable et on s'enfonce dans la souffrance. J'avais peur de moi-même. De faire encore souffrir Sabrina et les filles. Au boulot, ça m'obsédait, je me disais 'merde, je lui ai encore fait du mal'. Dans l'immeuble où nous vivions, personne ne me connaissait comme ça. J'étais un voisin sympa. On se cache, on dissimule son vrai visage. Je me souviens d'un déjeuner avec des collègues. Ils parlaient d'un fait divers, je crois, d'une femme battue. Ça plaisantait là-dessus et ça finissait en rire gras à base, 'oh, elle a dû le chercher' et d'autres bêtises comme ça. J'étais extrêmement mal à l'aise. J'avais honte, j'attendais seulement qu'ils changent de sujet. Voilà, on vit de manière planqué le plus possible.
 
Le coup de trop
Un jour de janvier 2003, il y a ce coup de couteau qui se plante dans le bras de Sabrina. Jusqu'à présent elle avait seulement déposé des mains courantes. Cette fois, elle a porté plainte. Moi, je me suis dit 'voilà, c'est la fin'. De notre relation. De ce cycle de violence. J'ai peur de la suite mais je suis soulagé aussi. On se dit 'enfin, tout le mal que j'ai causé, va s'arrêter'. L'abcès est crevé. J'ai pris trois mois de prison avec sursis mais surtout, j'ai décidé d'aller me faire soigner.
 
La guérison
Tous les 15 jours, pendant deux ans, je suis allé dans un groupe de parole pour hommes violents à La Garenne-Colombes. Là, j'étais avec d'autres personnes dans mon cas. Chacun y raconte son histoire. Les séances sont douloureuses, la prise de parole est intimidante. Dire qu'on a tabassé sa compagne, c'est dur. La seule chose qu'on a en commun ensemble, c'est notre propre violence. Il y a un côté réconfortant à savoir qu'on n'est pas le seul. Là notre propre violence nous est renvoyée en pleine face. A travers l'histoire de l'autre, il y a notre propre histoire. C'est en thérapie que j'ai appris qu'il fallait s'exprimer et qu'on pouvait le faire autrement que par la force des poings. Aujourd'hui, j'arrive à verbaliser ce que je ressens, je parle, ça empêche cette frustration, la création de cet abcès qui finissait par éclater. Oui, je me sens guéri.
 
"Il y avait un monstre en moi. Témoignage d'un ex-mari violent", Editions Michalon, 17 euros

Par Amélie Gautier le 25 novembre 2011 à 04:00
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37 Commentaires

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  • sooxa, le 06/12/2011 à 05h09

    Et en plus son témoignage n'est pas gratuit (17 euros) j 'espere qu'il les versera en dommage a sabrina!!!!!!

  • sooxa, le 06/12/2011 à 05h07

    Trop facile....pendant qu'il se soulage les séquelles de sa victime elles resteront gravés a jamais......pffff

  • suzolle, le 28/11/2011 à 14h21

    Quel drame cette histoire! et dire qu'il y en a plein encore dans la même situation.

  • mimioui02, le 26/11/2011 à 08h47

    Ayant été mariée 21 ans avec un homme extrêmement violent physiquement et verbalement, je ne peux absolument pas cautionner ce genre d'écrits qui dédouane l'auteur et fera dire aux monstres que sont ces hommes que ce n'est pas de leur faute et qu'ils sont excusables. Je m'en suis sortie à l'aide d'un homme merveilleux qui est maintenant mon mari mais je porterai toujours en moi les blessures occasionnées et 17 ans après et à 800 kms de distance il me terrifie toujours autant, même son écriture sur une enveloppe....

  • ophalos, le 26/11/2011 à 08h21

    Loanahey, vous rêvez ... ce type se fait une pub. il devrait avoir honte de se montrer.

  • rainbow07, le 26/11/2011 à 02h36

    Je vais me procurer ce livre afin de connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire afin de pouvoir mieux en parler par la suite. Je ne cautionne absolument pas les violences quelqu'elles soient (femmes, enfants, etc etc) mais en lisant cet ouvrage je pense que j'aurai les réponses aux différentes questions que tout le monde se pose :)

  • ilesmarquises, le 25/11/2011 à 23h51

    @cali_again... Vous avez réussi à partir , tant mieux pour vous... Mais dites-nous, vous aviez un travail ? Vous aviez un salaire ? Vous aviez des enfants ou pas ? Si oui, de quel âge ? Vous aviez un point de chute, un hébergement ?... Quelquefois çà prend du temps de pouvoir partir, tout dépend de l'environnement et des possibilités matérielles de chacune, vous avez bien tort de juger.

  • patvin13, le 25/11/2011 à 19h30

    Cet homme pour moi restera un monstre ! c'est ignoble

  • cali_again, le 25/11/2011 à 18h32

    Rinek64: excusez moi mais oui "c'est fini" c'est facile à dire. Tous les jours des couples se separent. Il y a une dizaine d'année j'etais en couple avec un homme qui m'a fait une crise de jalousie après un an et demi de relation lors d'une soirée alors qu'il n'y avait aucune raison et sur le retour dans l'escalier de l'immeuble il m'a mis un coup de tête. Je n'ai rien dit sur l'instant. Mais le lendemain j'ai fait mes valises, il a pleuré, tant pis pour lui. Oui c'est facile désolé. Si on reste c'est qu'on accepte de se faire taper dessus. Dans ce genre de situation la femme est autant responsable que l'homme.

  • rozia, le 25/11/2011 à 17h44

    Oh la la cela se soigne ....... Mais ou sont les vrais médecins qui soignent ce genre de personne il, y a du boulot a faire encore....ils doivent etre enfermés pour le restant de leur vie ce genre là... ma fille étant passeé par la... mais hélas cela continu par le harcelement etc etc... à la justice ils disent qu'ils ne recommenceront plus mais pour moi c'est des vrais malade bon à enfermer Bon courage mesdames et surtout parlait parlait parlait ne restaient pas dans votre coin à souffrir confiaient vous à vos proches pour vous en sortir afin de ne pas vous détruire vous avez droit à la vie et surtout soyez vigilante quand vous rencontrez un homme et vive la femme .......sachez que sans nous les hommes ne sont rien alors qui nous respectent et faite le savoir Bon courage a celle qui n'ose pas parler

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