Enlèvement, viol : comment en parler à ses enfants ?

Par , le 19 décembre 2011 à 06h00 , mis à jour le 19 décembre 2011 à 11h04

ENQUETE - Ces derniers mois ont été marqués par plusieurs faits divers odieux touchant des enfants. Peut-on se prémunir contre de tels risques ? A quel âge les parents doivent-ils en parler à leurs enfants ? De quelle façon ? Experts et parents témoignent sur TF1 News.

Une aire de jeuImage d'archives © DjS/TF1 News

18 septembre 2011 : Charline et Julie, deux soeurs de 10 et 12 ans, sont retrouvées saines et sauves. La veille, elles avaient été enlevées près de chez elles, à La Flèche, dans le Sarthe, par un jeune couple aperçu dans leur voisinage. Océane, 8 ans, n'aura pas eu la même chance. Le 6 novembre, cette fillette originaire de Bellegarde, dans le Gard, était retrouvée le corps lardé de coups de couteaux. Résultat tragique d'une mauvaise rencontre alors qu'elle n'était sortie que quelques minutes pour récupérer un jeu vidéo dans une maison voisine. Dix jours plus tard, au Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, Agnès, collégienne de 13 ans, était tuée et violée dans un bois par un de ses camarades....

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La forte médiatisation de ces faits divers, même s'ils restent exceptionnels, peut contribuer à créer des climats de psychose. C'est comme cela qu'à Brest, le 28 novembre dernier, un retraité de 65 ans est mort d'une crise cardiaque après avoir été pourchassé par des parents qui le voyaient régulièrement devant l'école de leurs enfants et le soupçonnaient - à tort - d'être un pervers sexuel.Quelle est donc la meilleure attitude à adopter pour un parent, face à cette peur que quelqu'un puisse faire du mal à la chair de sa chair ? Doit-on interdire à ses enfants de sortir seuls ? Comment leur parler des risques ? A quel âge ?
 
"Il est vain de penser que l'on maîtrisera toujours son environnement"
Pour Thierry Baubet, pédopsychiatre et spécialiste du traumatisme à l'hôpital Avicenne, en région parisienne, "ce n'est certainement pas en l'isolant du monde ou en le gardant dans ses jupes que l'on protège son enfant". Rappelant que "la plupart des agressions d'enfants surviennent au sein même des familles", ce spécialiste de l'enfance estime que le rôle des parents est, au contraire, de préparer leur progéniture au monde extérieur. "Parce qu'il est complètement vain d'imaginer que l'on maîtrisera toujours son environnement, c'est l'éducation que l'on donnera à son enfant qui lui donnera les meilleures chances d'éviter les dangers".  
 
Mais quels dangers ? "Quand vous demandez à une classe de vous décrire le profil type de la personne qui voudrait enlever un enfant, la réponse est unanime : un type vêtu de noir, avec une cagoule et qui conduit un fourgon blanc. Bref quelqu'un qui ne peut vraiment pas passer inaperçu !", constate le major Alain Rousseau, responsable de la Brigade de prévention de la délinquance juvénile dans les Yvelines. "La première chose à faire est donc de leur expliquer que le méchant ça peut très bien être monsieur ou madame Tout le monde".
 
"Un enfant seul est un enfant en danger"
"Le premier cas de mise en danger, poursuit le gendarme, reste celui du prédateur qui va parcourir les routes jusqu'à ce qu'il trouve un enfant seul, facilement abordable. Mais vous avez aussi des prédateurs qui savent se mêler aux enfants dans les aires de jeux ou lors d'un transport. Lors de nos interventions dans les écoles, nous expliquons donc aux enfants qu'ils ne doivent pas rester seuls. Un enfant seul, c'est un enfant en danger. Alors qu'un enfant qui est en meute, avec ses copains, risque moins. En tout cas, jusqu'à ce qu'il ait acquis les moyens de raisonner qu'il est en danger dans la position où il est".

Mais comment savoir quand son enfant est prêt à affronter un risque, à savoir dit non ? Pour Thierry Baubet, "ce qu'il faut, c'est adapter l'attitude à ce que l'on perçoit de son enfant, de sa maturité. Certains enfants savent dire non très tôt, d'autres sont beaucoup plus inhibés. Les parents doivent procéder de la même façon que pour voir quand leur enfant est prêt à traverser la route tout seul".
 
"Un adulte, ça s'adresse à un adulte"  
Autre problème, explique Alain Rousseau, les enfants ont tendance à trop faire confiance aux adultes. C'est dans leur nature. "Il faut donc leur rappeler que quand ils sont seuls en train de jouer, un adulte n'a pas à venir leur demander des renseignements. Un adulte, ça s'adresse à un adulte". Ils ont aussi tendance à vouloir rendre service et les prédateurs le savent. "C'est le cas typique de l'individu qui entre dans un parc et demande aux enfants de l'aider à retrouver son chien. Il en envoie un dans une direction, un second dans une autre et puis le troisième se retrouve isolé avec lui... Les parents doivent expliquer à l'enfant qu'il ne doit pas laisser entrer dans son périmètre quelqu'un qu'il ne connaît pas, il doit s'éloigner. Et si l'individu insiste il doit courir, crier, alerter le voisinage".
 
Et le gendarme d'évoquer également le cas, fréquent, du voisin qui s'aventure près de l'école et dit à l'enfant de monter dans sa voiture car ses parents l'ont appelé pour lui demander de passer le récupérer. "L'enfant aura forcément confiance, sauf si ses parents lui ont expliqué que l'école doit d'abord être prévenue et qu'il ne doit obéir qu'à sa maîtresse ou à ses parents". "Même si pour lui cela peut paraître ennuyeux et inutile de prime abord, insiste le patron de la BRDJ, l'enfant qui gardera ces consignes à l'esprit, au moins jusqu'à son entrée au lycée, aura très peu de risque de se mettre en danger".

Attention au Net
Autre risque à prendre en compte depuis une dizaine d'années : les nouvelles technologies. "Certains jeunes mettent tout sur leur blog. Il y a de jeunes adolescentes que l'ont peut suivre parfois heure par heure du matin jusqu'au coucher ou qui mettent des photos d'elles qui permettent de les localiser, explique Alain Rousseau. Le problème est que le prédateur sait reconnaître les enfants qui trichent sur leur âge pour intégrer les tchat' et les réseaux sociaux. Ils vont aller puiser toutes les informations nécessaires pour entrer en contact avec elles. A cet âge, évidemment, les jeunes filles finissent par développer des sentiments sans jamais voir la personne ... jusqu'à la rencontre et le piège".
 
Enfants des villes, enfants de la campagne
Le risque est-il plus élevé selon que l'enfant habite en ville ou à la campagne ? Pour le major Rousseau, la réponse est "oui". "En fait, les risques ne sont pas les mêmes. Dans les villes, les enfants sont naturellement plus méfiants, ils doivent déjà faire attention aux feux rouges, aux voitures, à la foule... Ils n'ont pas le même comportement et, d'ailleurs, on y constate beaucoup moins d'affaires d'enlèvements. A contrario, à la campagne, les enfants sont plus faciles à aborder car leurs relations de voisinage n'ont rien à voir. Si un étranger s'arrête, c'est forcément qu'il a besoin d'aide, donc on va vouloir lui rendre service. C'est ça qui, ajouté au fait qu'il y a forcément moins de témoins, peut mettre plus facilement en danger l'enfant".
 
"Tout passe par l'éducation, dès l'âge de 3-4 ans"
"Ce qui compte vraiment, insiste Thierry Baubet, c'est d'éduquer l'enfant, dès son plus jeune âge, sans l'effrayer, et avec des mots adaptés. Avant ses 6-7 ans, par exemple, sauf s'il y a déjà eu des deuils dans sa famille, l'enfant ne comprend pas la réelle signification des mots 'tuer' ou 'mort'. Il n'a pas encore la notion de séparation définitive, il pense que la personne va revenir. En revanche, on peut utiliser très tôt des expressions comme 'faire du mal', 'blesser', 'être méchant'. Pour le pédopsychiatre, cette question de la confiance envers les inconnus doit être abordée "dès l'âge de 3-4 ans, quand l'enfant est amené à se séparer de la famille pour aller à l'école ou à être confié à quelqu'un". "On peut lui inculquer le sens de ce qui est dangereux ou pas, les limites que lui ou les adultes ne doivent pas franchir".
 
Une sensibilisation aux dangers qui doit aller de pair avec l'apprentissage de la pudeur et du respect de son corps. "Tout petit, les enfants ont tendance à courir tout nu partout et à se toucher de façon impudique pour explorer leur propre corps. A  ce moment, il ne s'agit pas de dire c'est mal ou c'est sale, mais de dire qu'on ne le fait pas en public, que l'on n'impose pas cela aux autres. C'est comme cela que se construit progressivement l'idée de ce qui est intime ou pas. Il est fondamental que les parents mènent cette éducation. Et pour ceux qui ne sont pas à l'aise avec ces questions, conseille-t-il, il existe des contes qui abordent ce type de thème et que l'on peut lire avec les enfants, comme le joueur de flûte de Hamelin.

TEMOIGNAGES DE PARENTS

Véronique, maman d'une fillette de 7 ans et demi à Paris
Je ne suis pas particulièrement angoissée à l'idée que ma fille fasse une mauvaise rencontre. J'ai l'impression que cela concerne plutôt les enfants à la campagne parce qu'ils sont toujours dehors. Ma fille à moi joue dans sa chambre puisque nous vivons en ville,dans en appartement. Et en vacances, on est toujours dans des endroits clos et surveillés. Ceci étant, à chaque fait divers, qu'il s'agisse de violences scolaires ou d'enlèvements d'enfants, je ne peux m'empêcher de lui rappeler certaines règles. D'abord parce que j'ai peur qu'elle en entende parler à la récréation et qu'elle ne comprenne pas. Ensuite, parce qu'elle est plutôt trouillarde et que je ne veux pas qu'elle s'inquiète trop. Plutôt que de "viol", "enlèvement", ou de "meurtre", je parle de gens "vilains", qui aiment faire du mal aux enfants. Progressivement, je lui ai également expliqué qu'on n'avait pas le droit de lui toucher les fesses ou les seins, mais que, de son côté, elle ne devait pas se déshabiller devant tout le monde ou jouer au cochon pendu quand elle est en robe... Dans la rue, elle sait qu'elle doit marcher devant moi et rester dans mon champ de vision. En fait, j'ai l'impression de faire comme ma mère faisait pour moi, mais de le faire de façon plus fréquente. Et puis à mon époque, on ne parlait que des messieurs dangereux, jamais des dames. Moi, si.   
 
Gwenaëlle, maman de trois garçons de 11, 10 et 7 ans à Chavenay, village de 1800 âmes.
Mes trois enfants sont prévenus des risques encourus à l'extérieur mais nos discussions ne sont jamais venues des faits divers traités au journal télévisé, parce qu'ils n'ont pas le droit de les regarder. En revanche, nous abordons le sujet à chaque fois qu'il se passe quelque chose dans le village ou ses environs. Il y a deux ans, une adolescente s'est fait accoster par deux hommes qui à bord d'une camionnette blanche. Ils ont voulu l'entraîner mais elle a eu du courage et ne s'est pas laissé faire. Tout s'est bien terminé pour elle. Plus récemment, un copain de mon fils aîné s'est vu proposer des bonbons par un inconnu. Cela a entraîné beaucoup de rumeurs dans la cour d'école. Alors on en parle tous ensemble, y compris avec le plus jeune. Je leur demande ce qu'ils ont compris, pour bien replacer la vérité. Il ne faut pas qu'ils aient peur de vivre, juste qu'ils aient les bonnes réactions. Je leur rappelle qu'on ne suit jamais un inconnu, que s'ils sont sollicités, ils doivent courir vers une autre personne qu'ils connaissent.... Faut pas virer parano, tout en prenant quelques précautions. C'est un équilibre à trouver. Ainsi, mes grands vont au tennis seuls mais si possible à vélo, ils peuvent faire un peu de skate dans l'impasse devant la maison mais pas y passer toute l'après-midi... 
 
Valérie, parisienne, maman d'une fille de 3 ans 1/2 et d'un garçon de 7 ans.
Même si elle va à la maternelle, je pense que ma fille est bien trop petite pour comprendre toutes ces choses là. Elle sait juste qu'il n'y a que sa maman ou sa nounou qui peuvent aller la chercher à l'école. Maintenant, elle va partir quelques jours en classe verte à Pâques et, c'est vrai qu'à l'école, cela a posé de grosses questions aux parents. Avant de donner notre accord, on a voulu tout savoir sur les conditions d'hébergement, qui allait laver les enfants, les habiller, les surveiller etc...
Quant à mon aîné, depuis ses six ans environ, je le sensibilise plutôt sur la pudeur. Je lui explique qu'il doit se laver tout seul, qu'hormis ses parents ou le médecin personne n'a le droit de toucher son sexe. On ne parle jamais d'agression, mais plutôt de qui a le droit de faire des bisous par exemple... Surtout, j'essaie de répondre à toutes ses questions. Récemment, quand il y a eu l'affaire DSK partout à la télé, il m'a demandé ce que voulait dire le mot viol. Comme il sait déjà comment les grands font l'amour, je lui ai expliqué avec des mots simples, sans entrer dans les détails, que tout le monde devait respecter le corps de l'autre,qu'il était interdit de forcer quelqu'un à faire quelque chose qu'il ne voulait pas. Quant à le laisser aller chercher le pain tout seul, je sais qu'il en est capable. Mais je sais aussi qu'il ne sera pas rassuré à l'idée de traverser la rue tout seul ou de croiser un inconnu. Il n'a pas encore tous les réflexes. Alors, tant qu'il ne me demande pas d'y aller, je ne l'envoie pas !
 
Et vous comment faites-vous avec vos enfants ? N'hésitez pas à nous laisser des avis sous cet article.

Par Alexandra Guillet le 19 décembre 2011 à 06:00
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10 Commentaires

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  • dd059, le 19/12/2011 à 21h06

    On parle aussi de prédateur...

  • 34caribou, le 19/12/2011 à 20h59

    J'ai un certain âge ,je vais vous dire une chose qui vous surprendra peut être mais quand j'allais avec mes frères et soeurs ou des petits voisins (sans adultes) et ou même toute seuleà l'école ou chez le boulanger etc.. DE NE JAMAIS SUIVRE ET ACCEPTER UN BONBON D'UNE PERSONNES ETRANGERE et de se précipiter vers la première porte venue

  • nossim, le 19/12/2011 à 15h25

    Les médias ne font qu'inquieter les parents il faut rappeler que c'est un phénomène rares un enfant enlevé je pense qu'on risque de favoriser des problèmes en disant a des enfants en bas age ce genre de chose le temps de l'enfance c'est celui de l'innocence et il n'est pas besoin de plus que de dire a un enfant les choses de bon sens comme de ne pas suivre des inconnus plutôt que de les inquieter avec des choses comme ça.

  • mcg35, le 19/12/2011 à 15h03

    J'ai toujours expliqué, en fait, comme on m'a expliqué à moi-même. "Marcher le moins possible du côté de la rue. Ne jamais accepter, sous aucun prétexte, quoi que ce soit (bonbon, gâteau ou autre) de quelqu'un que l'on ne connaît pas. Ne jamais monter en voiture avec quelqu'un que l'on ne connaît pas. Rester pudique et ne pas s'exposer nu/e. Nous informer immédiatement si une personne a eu une attitude bizarre (exhibition)". Et finalement, avoir, en famille, une relation saine à la sexualité et à la nudité. C'est à dire, on se dénude et on s'occupe soi-même de son corps dès que l'on est en âge de le faire, et on répond sans ambage aux questions des enfants concernant la naissance des bébés. Ne pas rendre pour autant les enfants "trouillards", car souvent, les prédateurs éventuels le ressentent très bien.

  • pipcho, le 19/12/2011 à 14h48

    Une simple analogie, pour qu'on comprenne bien.

  • lamamouche54, le 19/12/2011 à 12h32

    Vous avez tellement raison, si on m'avait dit çà à moi................. quel bonheur..........................

  • mars1394, le 19/12/2011 à 09h46

    Exactement, mon fils de quatre a très bien compris que son zizi n'appartient qu'à lui, et que papa et maman ne le touche que pour la toilette. D'autre part il sait que personne ne doit le toucher ou se montrer, y compris son entourage proche (tontons, voisins, papa de ses copains etc), et que si cela arrivait, il devrait nous le dire et que jamais il ne se ferai gronder pour cela.

  • roumainenfrance, le 19/12/2011 à 09h28

    Je ne sais pas si c'est une expression de gendarme, mais il me semble déplacé de parler d' "enfants en meute". Les enfants ne sont pas des loups, à ce que je sache?

  • vero, le 19/12/2011 à 09h01

    Ma fille a 4 ans je lui ai explique que nenette ne doit etre touchee que par elle. Et si qqn lui propose qqch qu elle ne veut pas elle dit non...

  • arthurseat, le 16/12/2011 à 07h49

    Je ne suis pas d'accord avec un detail du commentaire de Valerie: non les enfants ne doivent pas accepter que les parents puissent les toucher, c'est une erreur de leur passer ce message a 7 ans. C'est faire fi de majorite des abuseurs.

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