Euthanasie : bataille d'associations à l'hôpital

Par , le 09 février 2011 à 16h34 , mis à jour le 11 septembre 2011 à 17h26

Dossier : Euthanasie: le débat

L'hôpital Georges Pompidou, à Paris, a-t-il "ouvert une brèche" en s'ouvrant à des membres de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité ? Un article du Parisien suscite des réactions tranchées. Le cas est pourtant loin d'être nouveau, ou isolé.

L'onde de choc est partie mercredi matin d'un article du Parisien. En Une, un titre sybillin pointe "L'étonnant prosélytisme des militants de l'euthanasie". L'article, en page 12 du quotidien, évoque une "convention de trois ans" signée récemment par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) "avec l'Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), l'un des plus gros établissements hospitaliers de Paris, les autorisant pour la première fois à entrer en contact avec des patients hospitalisés en fin de vie dans un hôpital public". Une signature décidée, selon le quotidien, "par les dirigeants de l'HEGP en toute discrétion et qui provoque les foudres du personnel hospitalier au point qu'une réunion a dû être organisée d'urgence il y a une dizaine de jours entre la direction de l'hôpital et les médecins indignés". En bas de page, un encadré relaie le témoignage de Marie-Hélène Boucand, présentée comme une patiente de l'hôpital, qui se dit "très choquée" et s'interroge sur ce libre accès à l'hôpital donné aux militants de l'ADMD : "Quel discours vont-ils tenir aux malades ? Vont-ils leur conseiller de demander une euthanasie ?"

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Branle-bas de combat au siège de l'ADMD et à la direction de l'hôpital, aussitôt assaillis de coups de téléphone de journalistes. L'hôpital Georges Pompidou a-t-il ouvert une brèche dans laquelle se seraient engouffrés les militants pro-euthanasie ? Un vent de révolte souffle-t-il dans l'hôpital ? Du côté de la direction, on tente d'éteindre l'incendie. En niant, tout d'abord, toute tension avec le personnel médical. En soulignant, ensuite, que la présence de membres d'associations censées représenter les usagers au sein d'une "maison des usagers" n'est en rien une nouveauté. Leur rôle est, rappelle la direction, "encadré par la signature de conventions. Par ailleurs, elles sont représentées au sein de commissions institutionnelles, selon une procédure de désignation très réglementée".

Y a-t-il un risque de "prosélytisme" ?

La décision de signer cette convention avec l'ADMD a-t-elle été prise en catimini ? L'hôpital s'en défend. Si la direction n'a pas spécifiquement informé le personnel médical, le cas a été identique pour d'autres associations. Y a-t-il un risque de "prosélytisme" ? La convention qui a été signée, souligne l'hôpital, précise clairement que "le rôle de l'ADMD est d'informer les usagers" sur les dispositions de la loi actuelle. En aucun cas de militer pour l'euthanasie. Concernant, enfin, la mention d'une mise en contact avec des patients en fin de vie, elle étonne au sein de l'établissement : "Nous sommes plutôt un hôpital de court séjour. La question de la fin de vie ne se pose pas chez nous comme elle peut se poser en gériatrie, par exemple".

L'ADMD s'efforce aussi de justifier son rôle et de désamorcer la polémique. "Voilà bientôt cinq  ans que nous sommes présents dans une grande majorité des établissements de santé", souligne Philippe Loheac, directeur général de l'association. "L'ADMD est la seule organisation à avoir une brochure qui explique ce qu'est la loi actuelle sur la fin de vie, ce qu'elle permet, ce qu'elle interdit, et à diffuser largement un formulaire de directive anticipée et de désignation de personnes de confiance". En gros, cette brochure indique aux usagers des hôpitaux comment faire connaître leur volonté et comment désigner une personne susceptible de les représenter pour "porter leur voix" auprès du personnel médical s'ils en venaient à ne plus être en état de s'exprimer.

Tout remonte à 2006

Le problème, si problème il y a, se pose en fait, non pas simplement à l'hôpital Pompidou, mais dans la plupart des hôpitaux français; et il remonte à 2006 - plus précisément au mois d'août 2006, lors de la parution de l'arrêté qui a fait de l'ADMD une association agréée par le ministère de la santé pour représenter les patients au sein des hôpitaux. Elle a ainsi rejoint les dizaines d'autres associations qui sont autorisées à participer à la gouvernance des établissements hospitaliers au sein d'instances spécifiques. L'ADMD souligne qu'elle "adhère au Collectif interassociatif sur la santé (CISS), qui regroupe sur le plan national 34 associations de malades, de familles et de consommateurs". La question qui se pose est : pourquoi ce coup de projecteur sur l'hôpital Georges Pompidou ? Sans doute parce que c'est dans cet hôpital que Marie-Hélène Boucand est tombée sur les plaquettes de l'ADMD qui ont provoqué sa colère. Une colère d'autant plus explicable lorsqu'on sait que cette patiente, atteinte d'une maladie rare, est surtout elle-même un médecin, auteur de plusieurs ouvrages dont "Le corps mal-entendu" (aux éditions Vie Chrétienne) et militante du collectif Plus digne la vie, hostile à la légalisation de l'euthanasie.

Pour l'Alliance pour les droits de la vie, autre association qui s'oppose par principe à toute "mort administrée", l'article du Parisien a tout l'aspect d'une "prise de conscience tardive". Mais le cas Pompidou ne paraît ni très nouveau, ni très différent de celui de nombre d'autres hôpitaux. Ce qui gêne en fait, c'est le double rôle assumé par l'ADMD, clairement différencié par le juge administratif : un rôle militant et ouvertement pro-euthanasie d'un côté; un rôle d'information objective des patients de l'autre. "Je ne doute pas de la sincérité de beaucoup de militants de l'ADMD", commente Tugdual Derville, délégué général de l'Alliance pour les droits de la vie, qui coordonne par ailleurs un site d'écoute, SOS fin de vie. "Mais on a l'impression qu'ils sont pré-positionnés dans la plupart des hôpitaux, pour permettre d'appliquer une loi sur l'euthanasie qu'ils appellent de leurs voeux. Dans certains établissements, 100% des représentants des usagers sont constitués de membres de l'ADMD. N'y a-t-il pas un risque qu'ils cherchent, même inconsciemment, le cas limite, celui qui montrerait la nécessité d'une telle loi ?"

"Manipulation ? Mauvaise foi ?"

Du côté de l'ADMD en revanche, Philippe Lohéac écarte tout risque de dérapage : "si un membre de l'association venait à avoir une parole malheureuse de prosélytisme, il se ferait reprendre aussitôt par les personnels de l'hôpital qui lui diraient : là, on est hors-sujet. Mais ça n'est jamais arrivé, preuve que les choses se passent plutôt bien ! On se demande ce qui sous-tend une pleine page dans le Parisien". En réaction à cet article, l'association a d'ailleurs diffusé un communiqué aux accents vengeurs dans lequel elle s'interroge : "Manipulation ? Mauvaise foi ? Lobbying pro-life ?"

Mais au-delà du cas Pompidou, loin d'être un cas unique, et des discours militants, par nature très tranchés et propices à l'escalade verbale, les uns et les autres se retrouvent pourtant sur quelques grands thèmes. La grande méconnaissance actuelle de la loi Leonetti, tout d'abord, qui permet déjà, sous certaines conditions, d'accélérer la mort d'un patient condamné. Le refus de l'acharnement thérapeutique. Le refus d'euthanasies plus ou moins clandestines, qui seraient plusieurs milliers chaque année en France. Le refus, enfin,  de relations où le patient se retrouverait soumis à la toute-puissance d'un pouvoir médical qui pourrait décider de sa vie ou de sa mort.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 09 février 2011 à 16:34
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22 Commentaires

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  • milyyy3367, le 13/08/2011 à 11h27

    Il est possible en France de faire des avortements à tour de bras sans problème de concience dite " médicale " et l'euthanasie semble bien plus scandaleuse ? Il y a comme un souci, car selon moi un début de vie est plus a prendre en concidération qu'une fin ( sous forme de légume bien souvent ).....) si l'avortement était interdit, je comprendrais que l'euthanasie le soit, là, c'est hypocrite au possible.....

  • auxaguets, le 12/08/2011 à 11h26

    Bonjour, Vous annoncez que ce médecin urgentiste a reconnu l'Euthanasie pratiquée sur des personnes âgées destinées aux services de soins palliatifs, donc en FIN DE VIE, il n'y a donc plus rien à faire. Pourquoi la France ne décide pas d'une Loi sur l'autorisation des euthanasies encadrées, ce serait mieux que les "soins palliatifs" où les personnes âgées ou autres SUBISSENT les soins qu'on leur inflige alors qu'elles veulent mourir. Que ce médecin, très humaniste, soit appréhendé sur une délation (car c'est bien de cela qu'il s'agit) et incarcéré avec un procès et une peine qu'il ne mérite pas. Il faut qu'une personne proche de chacun de vous soit "incarcérée" dans son corps pour que vous soyez tous d'accord avec ce médecin. J'ai personnellement connu une personne (qui n'était pas âgée) qui a eu un AVC et qui est restée prisonnière de son corps, sans pouvoir parler, bouger, en entendant tout, et que l'on a mis en soins palliatifs durant 2 ans ! Demandez-vous si cela vous plairait de ne plus être maître de votre corps et d'être enfermé dans votre propre corps, comme si vous étiez déjà enterré VIVANT. Tout cela, parce qu'il n'existe pas de Loi pour une Euthanasie justifiée.

  • l0n3ly, le 11/02/2011 à 10h42

    Personnellement je trouve que l'euthanasie pourrait être une bonne chose, La tante de mon beau père souffré d'une tumeur au cerveau en phase terminal elle a vécu dans la douleur et l'oubli, elle voulait mourir dignement mais sa famille n'a jamais voulu pourquoi? pour rester auprès d'elle pendant les derniers jours qui lui rester a vivre j'ai été indignié d'entendre sa, elle souffrait elle n'en pouvait plus mais sa famille n'a pensé qu'a leur petite personne avant de pensée a elle. Une euthanasie encardrer et fondé peut être envisageable dans certains cas mais non aux associations qui arrive dans les hopitaux pour ennuyé ces gens.

  • thierrymugler77, le 10/02/2011 à 14h55

    Exactement, et surtout ne pas avoir le droit de le faire avec n'importe qui

  • lamamouche54, le 10/02/2011 à 12h44

    L'euthanasie à la demande expresse d'un malade, sous contrôle et après une enquête prouvant noir sur blanc que rien ne peut plus soulager ce malade, peut être, mais certainement pas des associations pro euthanasie qui viennent voir des malades à l'hôpital pour leur demander si ils ont envie de mourir.... non mais on marche sur la tête en France, le mot liberté ne signifie pas avoir le droit de faire n'importe quoi n'importe quand.

  • thierry9999, le 10/02/2011 à 12h30

    C'est absolument scandaleux d'ouvrir les portes des hopitaux à cette association sectaire qui ne cherche qu'a faire du prosélytisme.

  • eltacantal, le 10/02/2011 à 12h18

    Est-ce plus facile de regarder quelqu'un mourir " à petit feu ", en sachant qu'on ne peut plus rien faire, que les soins paliatifs ne peuvent calmer toutes les douleurs, et que la personne se sent diminuée (voire humiliée) de devoir compter sur les autres pour des soins intimes ... Mais je comprends bien que les soignants ne peuvent que mal vivre d'abréger une vie.

  • docdent69, le 10/02/2011 à 10h29

    à fecfaf : avez vous déjà souffert??mais je veut dire vraiment souffert ? de ces douleurs insupportables par exemple dues à des métastases osseuses en phase terminale? vous reverriez surement vos affirmations.

  • lenicois55555, le 10/02/2011 à 09h39

    A fecfal, c'est votre choix ! Pouvez vous laisser aux autres leur choix ?

  • ceduge1, le 10/02/2011 à 08h56

    Et sinon la Loi Leonetti vous connaissez? Arretez de penser que toutes personnes en fin de vie souffre. Et puis pour les pros eutjanasie, vous viendrez prendre la place des infirmiér(e)s (dont je fais parti) pour administrer le ttt létale, vous verrez c'est super facile...((merci de me publier pour une fois))

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