Euthanasie : "Tout est illégal dans le comportement du Dr Bonnemaison"

Par , le 06 septembre 2011 à 17h10 , mis à jour le 06 septembre 2011 à 21h19

Dossier : Euthanasie: le débat

Interview - Le conseil national de l'ordre des médecins entérinera mercredi la traduction du Dr Bonnemaison, soupçonné d'euthanasie active sur plusieurs patients, devant sa chambre disciplinaire. Pour le président de cette instance, le Dr Legmann, "un médecin est là pour soulager, non pour se livrer à des exécutions".

TF1 News : Le Dr Bonnemaison, soupçonné d'avoir provoqué la mort d'au moins quatre patientes en fin de vie à l'hôpital de Bayonne, comparaissait mardi devant la cour d'appel de Pau qui doit statuer sur son maintien en liberté. Aux magistrats, il a assuré n'avoir jamais utilisé les médicaments "dans une intention létale", mais "pour abréger les souffrances des patients en fin de vie" et qu'il "n'était pas un militant de l'euthanasie". Que vous inspirent ces propos ?
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Dr Michel Legmann, président du conseil national de l'Ordre des médecins
: Sur la question du maintien en détention ou pas, c'est à la justice seule de décider. Moi je n'ai pas d'opinion ancrée là-dessus. La seule chose dont je suis certain c'est que les faits sont avérés. Il les a reconnu lui-même, même s'il commence maintenant à entrer dans des nuances qui sont celles d'un dossier de défense. Au départ, d'après ce que m'en a dit le président du conseil de l'ordre départemental qui l'a auditionné, il s'agissait d'actes délibérés et volontaires. Ceci est contraire à la loi, en l'occurrence la loi Leonetti de 2005. Or, dans un Etat de droit, la loi s'applique à tout le monde.

Cela commence par l'interdiction de décider seule de la vie ou de la mort de quelqu'un. C'est inacceptable. Toute affaire de ce genre doit être traitée par une collégialité. Dans l'affaire du Dr Bonnemaison, cela était d'autant plus facile qu'il ne s'agissait pas, comme on pourrait le penser, d'un médecin totalement isolé au fond de la campagne, mais d'un médecin travaillant en structure hospitalière. Et il ne s'agissait même pas d'un service de soins palliatifs mais d'un service d'accueil des urgences. Tout est illégal dans le comportement du Dr Bonnemaison.  

Je ne connais pas ce médecin, je n'ai donc rien de personnel contre lui. Mais je suis très attristé par cette situation. Ce n'est pas le rôle d'un médecin de se livrer à ce genre d'action. Nous sommes là pour soulager les gens, pour leur apporter compassion et sollicitude. Mais on n'est pas là pour se livrer à des exécutions.

TF1 News : C'est pour ces raisons que le conseil national de l'ordre des médecins a décidé de le traduire devant sa chambre disciplinaire ?

Dr.M.L. : Evidemment. Les entorses à la loi et à la déontologie sont particulièrement évidentes et graves. On vient d'apprendre en plus qu'il venait d'y avoir un réquisitoire supplétif pour trois autres cas présumés d'euthanasie, en plus des quatre qui lui sont déjà reprochés. Combien va-t-il y en avoir ? N'est-on pas là en train de mettre le doigt sur une chaîne ? On n'en sait rien, mais l'affaire est suffisamment grave, quoiqu'il puisse dire aujourd'hui, pour que le Dr Bonnemaison soit traduit devant la chambre disciplinaire. Cette question sera portée à l'ordre du jour du bureau du conseil national dès ce mercredi.

TF1 News : quelles sanctions encourt-il devant cette instance disciplinaire ?
Dr. M.L.
: On risque une interdiction d'exercice pendant un certain temps, voire la radiation du tableau si les faits sont suffisamment graves. En première instance, cela se passe normalement devant la chambre disciplinaire régionale. Mais nous allons délocaliser notre plainte vers la chambre régionale d'Aquitaine pour des questions de sérénité et d'indépendance suffisantes pour calmer toute suspicion.Cette chambre procèdera probablement à des sanctions. Le cas échéant, le Dr Bonnemaison pourra faire appel de cette décision devant la chambre disciplinaire nationale à Paris. Tout cela prendra plusieurs mois.

TF1 News : Sur place, pourtant, ni le conseil de l'ordre départemental, ni les familles des victimes présumées, n'ont souhaité, pour l'heure, porter plainte contre ce docteur. Il semble bénéficier d'un fort soutien. N'est-ce pas parce que ce qu'il a fait est un acte assez courant dans les hôpitaux ?
Dr.M.L. :
Absolument pas. Pas comme ça. La particulière gravité de son comportement, c'est qu'il a agi seul. Et c'est parce qu'il a agi seul qu'il a provoqué l'indignation de membres du personnel. Car je rappelle qu'au départ, ce sont bien des membres du personnel qui sont allés avertir la direction. Donc le Dr Bonnemaison a certes des soutiens, il a même une bonne réputation de médecin là où il travaille, mais pas seulement. Quant aux familles, on ne sait pas ce qu'elles feront dans l'avenir. Elles doivent être entendues. Il faut laisser faire l'instruction pour savoir s'il a agi totalement seul ou avec leur consentement.  

TF1 News : Cette question revient régulièrement, mais ne faut-il pas revoir la loi Leonetti ?  
Dr M.L. :
Cette loi a largement prévu des conditions humaines et acceptables par tous d'une fin de vie organisée, en respectant la dignité des patients. Mais aussi en respectant leur volonté puisqu'ils ont la possibilité de l'exprimer eux-mêmes, comme pour un testament, par l'intermédiaire d'un membre de la famille, ou par l'intermédiaire d'une personne de confiance. Il n'y a aucune raison de revoir cette loi, qui est  suffisamment explicite. En revanche, elle souffre d'être méconnue, y compris par beaucoup de médecins. Il n'y a certainement pas eu assez de pédagogie autour de ce texte.   

Démission du président du conseil de l'ordre départemental

Le président de l'Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques, le Dr Marc Renoux, a démissionné mardi de ses fonctions, cinq jours après le vote du conseil de l'Ordre départemental décidant de ne pas poursuivre l'urgentiste soupçonné d'euthanasie active, a-t-il indiqué.
"Je m'étais largement investi en faveur d'une plainte (à l'encontre du Dr Nicolas Bonnemaison: NDLR), j'ai été désavoué, j'essaie de tenir un raisonnement cohérent, je n'ai pas pu convaincre", a expliqué le Dr Renoux.

   

Par Alexandra Guillet le 06 septembre 2011 à 17:10
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8 Commentaires

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  • morob..., le 07/09/2011 à 08h45

    C'est bizarre , on entend pas les politiques se prononcer! en réalité , je ne pense pas qu'aucun d'entre eux ne se manifestera à quelques mois des élections.trop "chaud" comme sujet!

  • boum1, le 07/09/2011 à 08h37

    J'approuve totalement ce courageux docteur ! voilà quelqu'un qui n'est pas hypocrite, il ne se livre pas à des executions il soulage...oui il soulage des gens fous de douleur pour qui la vie est un enfer....à quoi rime l'acharnement thérapeuthique alors qu'on sait que les malades sont condamnés ? que je sache nous sommes seuls devant la mort et notre vie nous appartient à nous et à nous seuls n'en déplaise aux biens pensants et aux catholiques. qui peut se permettre de juger , qui en a le droit ? surtout pas l'église, ni les autorités médicales...d'ailleurs la médecine occidentale est tellement bornée, tellement persuadée de tout savoir qu'en fait elle ne sait RIEN oui si peu de choses....pour ma part, je sais malheureusement par des proches ce que c'est que la souffrance intense et lorsque vous n'êtes pas un cas STANDARD, c'est bien simple ils ne peuvent rien pour vous....et surtout vous les ennuyez ! vous êtes un homme des plus humains monsieur Bonnemaison et des plus compréhensifs. BRAVO.....pourrait on exceptionnellement me publier ? je n'ai pas l'impression de parler pour rien dire contrairement à d'autres.....

  • Nono 76, le 07/09/2011 à 08h05

    Ok avec Mick

  • jeco02, le 07/09/2011 à 07h23

    Le chiffre est susceptible d'augmenter! Et c'est pour celà la mobilisation, les soutiens? De qui se moque t'on!

  • mic, le 07/09/2011 à 06h02

    Messieurs du conseil de l'ordre allez dans certains services ou les personnes sont en fin de vie et surtout incognito etvous verrez si on respecte leur dignite

  • irc38, le 06/09/2011 à 22h26

    Completement d'accord!!!

  • makiawell, le 06/09/2011 à 18h43

    Et oui, tout est illégal dans son comportement, mais humain, alors que de laisser souffrir ces gens pour qui il n'y a plus d'espoir, c'est légal,..et inhumain.

  • globule3124, le 06/09/2011 à 18h36

    Le conseil de l ordre des medecins devrait se mettre a la place des malades en fin de vie et le calvaire que subisse les familles le conseil est retrograde

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