Faut-il des assistants sexuels pour les handicapés ?

Par , le 02 décembre 2011 à 05h00 , mis à jour le 02 décembre 2011 à 13h08

Ce vendredi, l'ex-député Jean-François Chossy remet au gouvernement son rapport sur le regard de la société sur le handicap. Son texte aborde le délicat sujet des aidants sexuels. Le dossier divise.

Des statues photographiées au musée Rodin, à Paris/Image d'archives.Des statues photographiées au musée Rodin, à Paris/Image d'archives. © A.Ga./TF1 News

"Toute personne, handicapée ou pas, doit pouvoir recevoir l'assistance humaine, éventuellement nécessaire à l'expression de sa sexualité." L'ancien député UMP Jean-François Chossy remet ce vendredi au gouvernement son rapport sur le regard que la société porte sur les personnes. Et le document de reposer la question controversée des aidants sexuels pour les personnes handicapées. Lors d'une interview réalisée mi-octobre par TF1 News, le politique nous avait donné sa position : "Oui, les handicapés ont le droit d'avoir une sexualité".

  • Lui aussi, il est Intouchable

    INTERVIEW - Le film "Intouchables" a pris la 3e place au box office français de tous les temps. Il a particulièrement "parlé" à Jean-Christophe Parisot. Ce sous-préfet de 44 ans, myopathe depuis son enfance, est devenu tétraplégique. Pour TF1 News, il revient sur son parcours, celui d'un fonctionnaire ordinaire à la vie extraordinaire.

    Publié le 02/02/2012 Lui aussi, il est Intouchable
  • EasyJet a-t-elle discriminé des passagers handicapés ?

    La compagnie aérienne à bas coûts était poursuivie vendredi au tribunal de Bobigny par trois handicapés à qui l'accès à un avion avait été refusé parce qu'ils n'étaient pas accompagnés.

    Publié le 09/12/2011 EasyJet a-t-elle discriminé des passagers handicapés ?
  • Faut-il des aidants sexuels pour les personnes handicapées ?

    POUR/CONTRE - La polémique continue. Depuis plusieurs semaines dans la presse, défendeurs et opposants à la création d'un métier d'assistants sexuels pour les personnes handicapées expliquent leur position. Deux d'entre eux la détaille pour TF1 News.

    Publié le 12/10/2011 Faut-il des aidants sexuels pour les personnes handicapées ?
  • "Les handicapés ont le droit d'avoir une sexualité"

    INTERVIEW - Fin octobre, l'ex-député UMP Jean-François Chossy remettra au Premier ministre un rapport sur le regard que la société porte sur le handicap. Il y abordera notamment la question très polémique de l'aide sexuelle.

    Publié le 11/10/2011 "Les handicapés ont le droit d'avoir une sexualité"
  • Pour rendre visible le handicap, ils filment leur fille au quotidien

    Anne, 32 ans, est handicapée moteur cérébral, dépendante à 100%. Pour la sortir de l'ombre et lui redonner son statut de personne à part entière, ses parents vont installer une webcam dans sa chambre.

    Publié le 05/11/2009 Pour rendre visible le handicap, ils filment leur fille au quotidien
  • Handicap : la pub qui va faire parler

    Pour son lancement en France, un opérateur mobile a choisi le comédien trisomique Pascal Duquenne pour sa campagne publicitaire.

    Publié le 08/01/2009 Handicap : la pub qui va faire parler
  • Le handicap ne doit plus être un obstacle aux voyages

    Depuis ce samedi, tous les aéroports européens sont tenus de proposer aux personnes à mobilité réduite une prise en charge spécifique.

    Publié le 26/07/2008 Le handicap ne doit plus être un obstacle aux voyages
  • Sexe et handicap : un colloque contre les tabous

    La sexologue Sheila Warembourg aborde le sujet tabou de la sexualité chez les personnes handicapées. Une question au c?ur d'un colloque organisé vendredi et samedi à Strasbourg.

    Publié le 28/04/2007 Sexe et handicap : un colloque contre les tabous
Plus d'infos

 
"Cela ne veut pas dire forcément aller jusqu'à l'acte sexuel. Cela peut être une découverte de son corps, des caresses, des câlins, une approche affective. Il faut les aider dans certains cas de la façon la plus simple, la plus digne, la plus humaine possible", nous avait longuement expliqué Jean-François Chossy. Pour lui, "l'assistance sexuelle serait l'une des réponses à cet isolement". "Il faut que quelqu'un puisse répondre à la demande quand elle est formulée et à condition qu'elle soit bien maîtrisée, bien consentie, bien éclairée. Mais, plutôt que de créer un statut spécifique, on pourrait envisager une spécialisation de certaines professions à la découverte du corps". Il suggère de créer un cadre officiel pour cette activité, qui existe dans d'autres pays européens.
 
Les aidants sexuels existent officiellement en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark et en Suisse. En France, c'est un débat qui a ressurgi plusieurs fois ces derniers mois. Plusieurs associations d'handicapés y sont favorables tandis que les féministes sont contre. Deux d'entre eux nous avaient détaillé leur opinion sur le site de TF1 News.

 POUR : "Les handicapés ont aussi besoin d'affection !"

 Marcel Nuss, membre du syndicat Strass, syndicat travail sexuel et ancien vice président de l'association CH(S)OSE, qui milite pour l'accès effectif à la vie affective et sexuelle.

 "J'ai 56 ans et je suis très lourdement handicapé depuis ma naissance. J'ai notamment besoin d'être sous assistance respiratoire, et cela de jour comme de nuit. Quand j'étais gamin, on me promettait le paradis. C'était bien normal, je souffrais tant que j'irai forcément directement. Mais moi le paradis, ça ne m'intéresse pas. Je voulais vivre, je veux vivre ! A 20 ans, j'ai dû effectuer un long séjour à l'hôpital, trois ans. J'étais entouré d'infirmières de mon âge. Je m'entendais très bien avec elles. J'étais le confident idéal de leurs histoires de coeur. Toujours là, toujours à l'écoute. Seulement voilà, quand je voulais parler de mes histoires à moi, de mes doutes, de mes interrogations, là, il n'y avait plus personne, elles fuyaient... Malgré tout, j'ai réussi ma vie affective et sexuelle. Je me suis marié, j'ai divorcé et actuellement je suis en concubinage. Je n'ai jamais eu recours à des assistants sexuels. Mais j'ai connu les souffrances et les tourments liés à la vie amoureuse. Alors depuis, je me bats pour les autres.

Les personnes handicapées sont souvent asexuées. Elles sont manipulées tous les jours. Je dis bien manipulées, pas touchées. L'accompagnement sexuel est là pour reconstruire tout cela. Il permet de redonner à la personne, conscience de son corps, confiance en elle. En ses capacités, en son humanité. C'est primordial. Sans cette affection, les gens sont desséchés, vidés ; ils n'ont plus d'énergie saine. Il y a un réel besoin chez les personnes handicapées de pouvoir être écoutées, de vivre l'expérience d'une relation sensuelle, voire sexuelle.

Quand Roselyne Bachelot fait remarquer que les personnes handicapées ne sont pas les seuls à souffrir de misère affective et sexuelle, je suis entièrement d'accord. Mais je lui fais remarquer que ce sont les seules à ne pas pouvoir se toucher et se masturber. Réprimer sa libido, refouler ses pulsions, être privé de vie sexuelle... Mais que de souffrances !

L'assistance sexuelle pour les personnes handicapées est un sujet encore tabou. De tout temps, il y a pourtant eu des demandes de la part des personnes handicapées. On n'a jamais voulu l'admettre. "Vous vous rendez compte, l'idée qu'un monstre puisse procréer ! Dans l'inconscient collectif, cela pose problème et c'est particulièrement vrai en France, un pays très catholique, à dominance sacrificielle."

 

      CONTRE : "La sexualité n'est pas un droit, c'est une liberté"

 Maudy Piot, présidente de Femmes pour le dire, Femmes pour agir

 "On s'intéresse enfin à la vie sexuelle et affective des personnes handicapées. C'est une bonne chose, avant on n'en parlait pas ou alors très peu. Mais la réponse apportée ne nous convient pas. Légaliser les aidants sexuels supposerait de modifier la législation sur le proxénétisme. Ce serait une terrible régression pour la France qui avait pris jusqu'à maintenant une position "abolitionniste" à l'égard de la prostitution.
 
Arrêtons cette sensiblerie dont on fait preuve avec nous, ces "pauvres personnes handicapées". Le handicap n'est pas une identité. Une personne handicapée est une personne avant d'être handicapée. Une personne à part entière qui a des droits, des devoirs. Entendre des mamans expliquer qu'elles masturbent leur garçon handicapé pour les soulager, c'est insupportable ! Handicapé ou pas, c'est de l'inceste. Il faut arrêter cette compassion. Proposer une loi c'est supposer que nous ne sommes pas capables de nous débrouiller. Dans ce cas là, pourquoi ne pas aussi proposer des assistants sexuels pour les prisonniers ou alors ces 'pauvres éternels célibataires' qui n'ont pas non plus de vie sexuelle ?
 
En tant que personne handicapée, je suis autrement capable de vivre ma vie. Moi, je suis aveugle mais cela ne veut pas dire que je ne vais pas faire les mêmes choses que tout un chacun, je vais juste les faire différemment. Avec cette loi, on tue l'imaginaire et la créativité des personnes handicapées. La sexualité n'est pas un droit, c'est une liberté. La sexualité appartient à chaque être humain, chacun va la gérer en fonction de son histoire.
 
Que nos politiques s'occupent de notre confort de vie, de développer les infrastructures qui nous aident au quotidien, à sortir davantage comme n'importe quel autre citoyen : aller au théâtre, sortir en boîte, prendre le métro... Tout cela favoriserait naturellement les rencontres !"

 

Par Amélie Gautier le 02 décembre 2011 à 05:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

69 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • henri_bambelle, le 04/12/2011 à 02h13

    Etre célibataire est-il considéré comme un handicap ?

  • et_si..., le 04/12/2011 à 00h14

    Il ne faut pas lire que le titre "jemexprime"... il faut aussi lire l'article. Vous auriez pu voir que : "Cela peut être une découverte de son corps, des caresses, des câlins, une approche affective. Il faut les aider dans certains cas de la façon la plus simple, la plus digne, la plus humaine possible" et aussi "...on pourrait envisager une spécialisation de certaines professions à la découverte du corps". Certes il est question d'acte physique mais PAS QUE purement sexuels !!! Donc si, il est question d'affection.

  • et_si..., le 03/12/2011 à 22h34

    Vous dites "tout le monde" quand vous parlez de vous ?

  • jemexprime, le 03/12/2011 à 06h37

    On ne parle pas d'amour et affection mais d'assistant sexuels donc des actes physiques .

  • popol, le 03/12/2011 à 06h30

    Tres bonne idee cela fait partie de la vie

  • cerrane84, le 03/12/2011 à 03h43

    Cerrane84, Cette idée est une espérance pour les handicapés qui manquent affreusement d'affections et d'amours,il faut que cette loie soit voté une fois pour toute!.

  • alcyon01, le 02/12/2011 à 22h18

    Est-ce que nous allons trop loin pour l'encadremant des handicapés ( ées) . Ou bien certains handicapés (ées) le demandent. Si oui, il y a peut-être lieu de réfléchir comment on pourrait leur être utile légalement et sans dérive. Voir les pays qui le pratiquent.

  • bene4975, le 02/12/2011 à 20h17

    Et pour des femmes de 60 ans en demande mais très laides...qui se dévouera ? vous ?

  • lap89, le 02/12/2011 à 19h27

    Tout a fait d'accord avec vous et-si quand a docdent69 pour qui parlez vous,pour et'si ou ic1980.Et de tout cela,les personnes concernees quand pensent'ils.

  • gerard4807, le 02/12/2011 à 19h07

    Vous faites venir une prostitée chez vous et point barre....Bien sur ce ne serra pas rembourser par la sécu

Lire tous les commentaires

      logAudience