© AFPL'indignation des intégristes catholiques, provoquée ces derniers jours à Paris et à Rennes par la pièce "Sur le concept du visage du fils de Dieu" de Romeo Castellucci, n'est pas prête de retomber. Hasard des programmations, un second spectacle, "Golgota Picnic" de l'Argentin Rodrigo Garcia, était joué pour la première fois, mercredi soir en France, à Toulouse. Cette pièce met en scène une crucifixion plutôt trash. "L'artiste démontre avec toutes ses armes que l'iconographie chrétienne est pour lui l'image même de la terreur et de la barbarie", dit le site du Théâtre du Rond-Point, à Paris, qui accueillera la pièce en décembre prochain.
Deux intégristes s'infiltrent dans le théâtre du Rond-Point
Deux hommes évoluant dans la mouvance catholique traditionnaliste ont été interpellés alors qu'ils s'apprêtaient à endommager les alarmes du théâtre du Rond-Point à Paris où doit être prochainement jouée une pièce jugée "blasphématoire" par les intégristes.
Publié le 03/12/2011
A Toulouse, intégristes contre défenseurs de la liberté d'expression
Catholiques intégristes et défenseurs de la liberté d'expression, séparés par un dispositif policier, se sont mesurés à distance samedi à Toulouse, les uns pour désigner le spectacle "Golgota Picnic" à la vindicte publique, les autres pour faire barrage à ce qu'ils considèrent comme de l'obscurantisme.
Publié le 19/11/2011
Toulouse : intégristes et contre-manifestants devant le théâtre
La première de la pièce "Golgota Picnic", jugée "blasphématoire" par des associations de catholiques intégristes a été l'occasion d'un face à face mercredi à Toulouse, entre manifestants dénonçant la "cathophobie" et partisans de la liberté d'expression.
Publié le 16/11/2011
L'Institut Civitas, porte-étendard de la révolte des catholiques intégristes, a prévu pour les cinq représentations toulousaines des rosaires et des chemins de croix et, le samedi 19, un rassemblement national. L'Agrif a de son côté porté vainement l'affaire en justice.
TF1 News : Qui sont ces intégristes catholiques qui manifestent contre des pièces de théâtre égratignant l'image du Christ ?
Odon Vallet, historien spécialiste des religions : On appelle "intégristes catholiques" les disciples de feu Mgr Lefebvre, fondateur de la fraternité Saint-Pie X, qui a fait dissidence avec l'Eglise romaine dans les années 70. Cette fraternité tient notamment l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnay à Paris. Il y a incontestablement un peu de ces intégristes parmi les manifestants.
Mais on trouve aussi des catholiques dit "traditionnalistes", surtout des jeunes, qui manifestent comme ils l'ont toujours fait pour ce type d'œuvres théâtrales ou cinématographiques. C'était le cas pour La Dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese, il y a 30 ans au Quartier latin. Ce fut également le cas pour Le Vicaire de Rolf Hochhut, sur Pie XII et les Juifs pendant la guerre, qui avait donné lieu à beaucoup de manifestations lors de sa première représentation en 1964.
TF1 News : Qu'est-ce qui distingue un catholique intégriste d'un traditionnaliste ?
O.V. : Il y a d'infimes nuances. Disons que les traditionnalistes, tenant de la Tradition catholique, sont moins extrémistes que les intégristes. C'est comme en politique : il y a la droite dure et il y a l'extrême droite. L'Institut Civitas, initiateur des manifestations parisiennes, émane d'un mouvement catholique traditionnaliste créé par Jean Ousset dans les années 50, et qui s'appelle la Cité catholique. A l'époque, ce mouvement avait beaucoup d'influence dans l'armée et il était pour l'Algérie française.
De la Cité catholique est également née l'Agrif (ndlr: Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne). C'est une mouvance du Front national, proche de Bruno Gollnisch, qui a été battu à la présidence du parti par Marine Le Pen. C'est donc un mouvement à la fois politique et religieux qui représente une petite fraction du FN. D'ailleurs, vous aurez noté comme Marine Le Pen évite soigneusement les sujets religieux qui divisent.
On parle aussi des fondamentalistes. Eux, ce sont plutôt des protestants qui interprètent la Bible littéralement et pensent que le Monde a été créé en 7 jours.
TF1 News : Que dénoncent ces mouvements ?
O.V : Ils revendiquent une identité catholique. Ils pensent que si, au lieu de représenter Jésus, on avait représenté une tête de Mahommet, jamais une telle pièce n'aurait été à l'affiche du Théâtre de la Ville de Paris. Ils dénoncent les atteintes faites à la religion et une christianophobie. Ils disent qu'à force de tendre la joue gauche, on ne reçoit que des claques. Donc maintenant ils ont envie de répondre.
Et pour se faire entendre, ils manifestent. Ils ne le font pas en envoyant des cocktails Molotov comme pour Charlie Hebdo. Ce qui est important pour eux, c'est, au contraire, de se montrer, de dire qu'ils existent, d'avoir une audience médiatique. Ce en quoi ils ont réussi. C'est aussi un moyen, pour eux, d'obliger les évêques à prendre position.
TF1 News : Justement, quelle est la position de l'Eglise française sur ces questions ?
O.V. : Elle n'est pas claire car les évêques ne sont pas d'accord entre eux sur cette question. Ainsi, si Monseigneur Vingt-Trois a assez fortement condamné les manifestants parisiens au Théâtre de la Ville, il y a d'autres évêques qui les soutiennent en disant qu'on ne peut pas laisser injurier la figure du Christ.
TF1 News : Civitas, Agrif... ces mouvements font du bruit en ce moment, mais ils représentent combien de personnes finalement ?
O.V. : Cela représente au maximum quelques centaines de personnes. Mais ils sont capables, à l'occasion de pièces de théâtre comme celles-là, de réunir jusqu'à 1000 ou 1500 personnes pour défiler. Car ils peuvent fédérer des gens qui ne sont pas tous des électeurs de Le Pen et qui ne sont pas tous des intégristes de Mgr Lefebvre.
TF1 News : La pièce "Golgota Picnic" a déjà été présentée en Espagne, aux Pays-Bas et en Autriche, sans que cela donne lieu à la moindre contestation. Pourquoi est-ce différent en France ?
O.V. : Après une période de dialogues interreligieux, on sent qu'en ce moment, en France, il y a incontestablement une crispation sur le plan religieux. On est dans une ambiance plus identitaire, où on cherche à marquer non pas les ressemblances mais les différences entre les religions. N'oublions pas que nous sommes dans une période préélectorale où la politique se durcit.
La crise a aussi à voir avec cela. Quand il y a une crise, il y a une montée de la haine. Partout. Et les gens cherchent un exutoire. Mais la crise, c'est quoi ? Si on pense que c'est à cause des étrangers qui piquent notre travail alors on devient anti-islam. Si on pense que la crise c'est la perte de la morale ou la baisse des valeurs, alors on se dit que si on retrouvait les bonnes vieilles valeurs catholiques cela irait mieux.
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Deux intégristes s'infiltrent dans le théâtre du Rond-Point
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