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Laïcité dans les entreprises ? "La religion n'a pas à s'effacer, ni à s'imposer"

Laurent Deschamps par
le 06 juin 2013 à 18h46 , mis à jour le 07 juin 2013 à 14h08.
Temps de lecture
5min
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Image d'archives / Crédits : Photodisc/Digital Vision/Thinkstock

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Notre sociétéPeut-on imposer la laïcité au privé comme dans le secteur public ? La question fait débat. Lionel Honoré, professeur à Sciences Po Rennes et Abdel Aïssou, directeur général du groupe Randstad, co-auteurs d'une étude sur le fait religieux en entreprise, évoquent la problématique pour MyTF1News.

L'Assemblée nationale a repoussé jeudi une proposition de loi présentée par l'UMP qui voulait autoriser les entreprises à imposer la neutralité religieuse au travail. Un texte rédigé après l'affaire de la crèche Baby Loup. Cette affaire remonte à mars dernier, lorsque la Cour de cassation avait jugé illégal le licenciement d'une salariée de la crèche associative Baby Loup au motif qu'elle refusait d'enlever son voile sur son lieu de travail.
 
Au-delà du cas isolé, la question de la laïcité et de son application dans le secteur économique privé fait débat, certains, à droite mais aussi à gauche, évoquant un vide juridique en la matière qui peut générer des problèmes dans un futur proche : peut-on imposer la laïcité au privé comme dans le secteur public ? Lionel Honoré, professeur à Sciences Po- Rennes, responsable de l'Observatoire du fait religieux en entreprises (OFRE) et Abdel Aïssou, directeur général du groupe Randstad, co-auteurs d'une étude sur le fait religieux dans les entreprises reviennent sur la problématique pour MyTF1news.
 
MyTF1News : Dans votre étude, vous évoquez l'émergence du fait religieux dans les entreprises. Un phénomène déjà bien implanté, qui a tendance à augmenter. Comment l'expliquez-vous ?
 
Lionel Honoré : Les gens n'hésitent plus à demander des aménagements en rapport avec leur religion. D'ailleurs les chiffres de l'étude en témoignent : 28% des responsables RH d'entreprises ont eu à gérer ce genre de situation. Pendant longtemps, les salariés ont caché leurs pratiques religieuses. Là, on assiste à une tendance inverse qui concerne l'ensemble de la société : les religions reprennent de la voix. La pratique religieuse s'est décomplexée. Et du coup, à partir des premiers cas, il y a un effet d'exemple. Si un premier salarié a pu voir ses "demandes religieuses" acceptées, d'autres suivent.
 
D'où viennent ces principes religieux qu'on invoque au sein de l'entreprise. Et en quoi peuvent-ils devenir "problématiques", comme le craignent, selon l'étude, les entreprises ?
 
Lionel Honoré : De toutes les religions, il n'y a pas d'exception en la matière. Mais selon notre étude, les demandes à caractère religieux proviennent dans 95% des cas de l'islam. Dans une majorité écrasante, ces demandes demeurent strictement personnelles, restent en adéquation avec la bonne marche de l'entreprise et ne sont en aucun cas sources de conflits. Mais ce qui pourrait un jour devenir dangereux, comme l'expliquent les cadres interrogés dans l'étude, c'est lorsque certains voudront imposer des dogmes religieux à l'ensemble de l'entreprise. On peut évoquer, à titre d'exemple, le cas de salariés ayant refusé de travailler avec une femme.
 
Abdel Aïssou: Nous sommes cependant encore loin d'une situation conflictuelle généralisée : sur 28% de responsables RH qui ont eu à gérer le "fait religieux", seulement 6% évoquent des cas qui ont abouti à un blocage. Le principe de l'étude que nous avons publiée, n'est pas d'alarmer mais de proposer une photographie de la situation actuelle de manière à engager le débat de manière sereine.
 
L.H. : Globalement, les demandes ne concernent que des aménagements à la marge qui n'ont, au dire des responsables interrogés, pas d'impact sur le fonctionnement des entreprises. Mais beaucoup redoutent, vu l'effet boule de neige, que des demandes individuelles, on passe au stade des exigences groupées. Exigences qui peuvent aller jusqu'à modifier fondamentalement le règlement des entreprises pour les mettre en adéquation avec certains principes religieux. Si l'affaire prend une tournure "politique", les patrons redoutent de ne plus pouvoir faire face et d'être désarmé pour gérer la situation.
 
L'application de la laïcité dans le privé, telle qu'elle existe dans le secteur public, n'est-elle pas une solution pour éviter que la situation ne devienne à terme ingérable comme le craignent certains entrepreneurs cités dans l'étude ?
 
L.H : Légiférer en la matière, c'est peut-être apporter une réponse trop abrupte qui risque au contraire d'envenimer la situation. Il ne s'agit pas de faire disparaître toute allusion à la religion en entreprise mais de s'assurer de la "neutralité" de comportement de l'ensemble des employés. Toutefois, je vois deux secteurs précis pour lesquels on pourrait appliquer les principes de laïcité. Il s'agit de l'économie solidaire et de l'enfance. Deux domaines où l'Etat a souvent délégué sa mission à des entreprises ou des associations et qui englobent des "populations" fragiles qui nécessitent une certaine protection contre d'éventuelles dérives prosélytes.
 
A.A. : Il faut noter une certaine maturité des salariés français sur la question. Ceux-ci acceptent bien volontiers la religion de leurs collègues, sans problème. L'entreprise reste donc un espace où la religion peut exister. Toutefois, si la religion n'a pas à s'effacer, elle n'a pas non plus à s'imposer dans l'organisation et le règlement interne d'une entreprise. Donc, l'utilité d'une stricte laïcité, interdisant toute expression religieuse, imposée aux entreprises n'est pas évidente. Pour autant, une loi qui permettrait d'établir une règle du jeu, que ce soit dans le cadre du code du travail ou lors de négociations syndicales, peut être la condition à un apaisement général sur la question du fait religieux.

A lire aussi : Doit-on restreindre la liberté religieuse dans le secteur privé ? Donnez votre avis 

Commenter cet article

  • clementine1218 : En même temps la religion na rien a faire au travail. Le gouvernement doit légiférer et imposer la laïcité .

    Le 07/06/2013 à 02h36
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