Il est arrivé lundi matin "fatigué", "un peu perdu", et "très ému". Dans quelques heures, Amarjargal Ganna, un Mongol de 34 ans allait voir pour la première fois son fils, un bébé de trois semaines, baptisé Amartaiwan. Orphelin de mère, le petit garçon se trouve actuellement à l'hôpital de Rennes. Jusqu'à aujourd'hui, le papa en situation irrégulière se trouvait, lui, dans un centre de rétention aux Pays-Bas. Il devait être expulsé, la France l'a autorisé à venir sur son territoire "en vertu de la clause humanitaire", précise l'avocate de la famille Me Leverger.
Leur histoire est complexe et tragique. Victime, semble-t-il, de corruption, Alta, la femme d'Amarjargal Ganna a fui la Mongolie. Elle arrive aux Pays-Bas en 2005. L'année d'après, son mari la rejoint. En 2008, le couple a un petit garçon, qui naît à Rotterdam. Cette année-là, le premier enfant du couple, aujourd'hui âgé de 13 ans, les rejoint. La famille sera réunie peu de temps. La mère et ses deux garçons sont interpellés en novembre 2010. Parce qu'elle est enceinte, les autorités néerlandaises la libèrent. La maman a 48 heures pour quitter le territoire. Avec ses deux enfants, Alta part pour Rennes. Amarjargal reste aux Pays-Bas. Il sera interpellé quelques temps après.
"Faire le deuil de sa femme dans de bonnes conditions"
Hôpital de Rennes, le 3 janvier. Alta décède après avoir mis au monde le petit Amartaiwan. Né prématurément, le nourrisson est placé en couveuse où il se trouve toujours. Placés sous la responsabilité de l'Aide sociale à l'enfance, ses deux frères sont, eux, hébergés par une famille mongole installée à Rennes. Leur père apprend la mort de sa femme en rétention dans un centre près d'Amsterdam. Débute alors un casse-tête entre la France et les Pays-Bas. Sans reconnaître sa paternité, les Néerlandais veulent expulser Amarjargal. Finalement, la France s'engagera à autoriser le veuf à entrer sur son territoire.
A l'issue de son vol Amsterdam-Paris, Amarjargal a été accueilli par ses deux premiers fils. "Il est un peu sonné", témoigne Armelle Bougnat, du Réseau Education sans frontières (RESF), présente elle-aussi à l'aéroport lundi matin. La petite famille devait ensuite prendre un train pour Rennes. Prochaine étape pour Amarjargal, mardi à la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Avec son avocate et RESF, il a rendez-vous pour une demande de titre de séjour. "L'étape d'après pour lui sera de faire le deuil de sa femme dans de bonnes conditions", projette son avocate. Amarjargal devra également redécouvrir ses trois fils, dont un qu'il n'a encore jamais vu.
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