"Les handicapés ont le droit d'avoir une sexualité"

Par , le 11 octobre 2011 à 05h00 , mis à jour le 11 octobre 2011 à 09h53

INTERVIEW - Fin octobre, l'ex-député UMP Jean-François Chossy remettra au Premier ministre un rapport sur le regard que la société porte sur le handicap. Il y abordera notamment la question très polémique de l'aide sexuelle.

Des statues photographiées au musée Rodin, à Paris/Image d'archives.Des statues photographiées au musée Rodin, à Paris/Image d'archives. © A.Ga./TF1 News

TF1 News : Pourquoi vous êtes-vous intéressé à l'aide sexuelle pour les personnes handicapées ?

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Plus d'infos

 
Jean-François Chossy : J'ai été interpellé par des associations de personnes handicapées et par des personnes handicapées elles-mêmes. Toutes m'ont fait comprendre qu'il fallait reconnaître et admettre qu'elles avaient des passions, des pulsions, des besoins d'amour comme n'importe qui. Mais que pour certaines d'entre elles, très lourdement dépendantes, il n'y avait pas de possibilité d'accéder à ce sentiment là.

C'est par exemple, un homme, très lourdement handicapé, qui n'a pas connaissance de son propre corps faute de pouvoir le toucher. C'est une maman me disant : "Moi je suis toute seule face à la sexualité de mon fils, qu'est-ce que je dois faire ? Est-ce que je dois le masturber quand il a des pulsions, des besoins, des désirs ou le laisser hurler, faire pratiquer une mutilation..."

Ces problèmes-là se posent. Pour certains, c'est une réalité qu'ils ne veulent pas regarder en face. Pour beaucoup, c'est une réalité cruelle de la vie quotidienne. Il faut en tenir compte, donc trouver des réponses. Toute personne, handicapée ou pas, doit pouvoir recevoir l'assistance humaine, éventuellement nécessaire à l'expression de sa sexualité. Oui, elles ont le droit d'avoir une sexualité. Cela ne veut pas dire forcément aller jusqu'à l'acte sexuel. Cela peut être une découverte de son corps, des caresses, des câlins, une approche affective. Il faut les aider dans certains cas de la façon la plus simple, la plus digne, la plus humaine possible.
 
TF1 News : Vous parlez "d'aidants sexuels" ?
 
J-F C. : Oui, l'assistance sexuelle serait l'une des réponses à cet isolement. Il faut que quelqu'un puisse répondre à la demande quand elle est formulée et à condition qu'elle soit bien maîtrisée, bien consentie, bien éclairée. Mais, plutôt que de créer un statut spécifique, on pourrait envisager une spécialisation de certaines professions à la découverte du corps.

Il faudrait pour cela changer la loi. Actuellement, notre législation est un peu rigide et associe le problème de la vie affective et de la sexualité de la personne handicapée à la prostitution et au proxénétisme. Dans mon rapport, je donnerai des pistes de réflexion en ce sens. Je laisserai ensuite mes anciens collègues de l'Assemblée nationale déposer ou non une proposition de loi.
 
TF1 News : Ce statut d'aidant sexuel existe déjà dans d'autres pays...
 
J-F C. : Oui, dans les pays du Nord mais aussi aux Pays-Bas, en Suisse... Dans ces pays-là, la démarche est normale, tout se passe dans des conditions de sérénité. En Suisse, par exemple, les aidants sexuels sont des personnes qui font ça en plus de leur travail et surtout après avoir reçu une formation. Il y a un apprentissage des mots pour le dire parce qu'il y a une approche psychologique et humaine de la personne. Ce n'est ni improvisé, ni banalisé.
 
TF1 News : En janvier dernier, la ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale s'est déclarée "rigoureusement opposée" au recours à des aidants sexuels. Que lui diriez-vous pour la convaincre ?
 
J-F. C. : Je ne cherche pas à convaincre Roselyne Bachelot. Je voudrais simplement lui dire que peut-être y a-t-il des choses qu'elle n'a pas vues dans cette affaire.

La sexualité fait partie de la vie. Actuellement, on reconnait à la personne handicapée des accompagnants pour la toilette, pour se vêtir, pour manger. Mais rien pour les aider dans leur vie sexuelle alors qu'il n'y a aucune raison d'exclure de ce champ-là des personnes au motif qu'elles sont handicapées ! On n'est pas dans le fantasme, on n'est pas dans la perversion, on est dans la nature des choses !
 
TF1 News : Mais Roselyne Bachelot n'est pas la seule à s'opposer à ce projet...
 
J-F. C. Je ne connais pas de dossier sans opposition. J'ai rencontré peu d'opposants mais ceux qui le sont le sont fermement. J'admets et je comprends parfaitement cette hostilité là. Mais derrière ces deux ou trois associations contre les aidants sexuels, il y en a une dizaine d'autres en attente de réponses. Moi, je me mets du côté de ceux qui attendent un changement.

Encore une fois, il ne s'agit pas de prostitution, il s'agit de permettre à quelqu'un de sortir de sa coquille. Cette affaire doit s'inscrire dans un acte ordinaire de la vie. Je ne veux pas me sentir coupable de n'avoir rien fait. Il faut en parler humblement. Sans honte, sans passion, sans extrême.

Par Amélie Gautier le 11 octobre 2011 à 05:00
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23 Commentaires

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  • ouvaton2, le 02/12/2011 à 20h40

    Si vous parlez de frustrations, nombreuses sont les personnes frustrées, pas que les handicapés !

  • inspatatrac, le 14/10/2011 à 00h55

    Que vous parlez bien et avec profondeur kosotto1. Je confirme vous appartenez bien au PS...pas le moindre doute....

  • jeco02, le 12/10/2011 à 06h35

    Il n'y a pas de choses plus importantes à régler!

  • veroniquemazin, le 11/10/2011 à 21h48

    Ce que je trouve dommage dans ce débat, c'est qu'on oublie l'essentiel: la sexualité des gens valides ou handicapés n'est pas une simple pratique mécanique, elle est avant tout un échange, un partage avec une autre personne. Imaginons la frustration engendrée par un simple "soulagement" de ce besoin. Cela doit surement accentuer encore plus le manque d'échange sincère et vrai qu'est l'acte sexuel...

  • trajan13, le 11/10/2011 à 20h20

    Merci pour cette citation, sinon, vous pouvez etre utile?

  • dd059, le 11/10/2011 à 20h18

    N'importe quoi, on parle de prostitution légale.

  • dd059, le 11/10/2011 à 20h17

    J'ai compris l'article comme vous. Y en a beaucoup qui demanderont à être reconnu handicapé.

  • andre-victor, le 11/10/2011 à 18h04

    Appelons un chat un chat ! Il s'agit de faire payer par l'état les péripatéticiennes qui auront comme client un handicapé....

  • handy.cap, le 11/10/2011 à 17h22

    En tant que personne handicapé j'ai du mal a comprendre votre avis sur cette question, de plus le handicap n'est pas seulement du a la maladie, d'autres causes comme les accidents de la route par exemple, de plus la libido pour les handicapés est la meme que pour les personnes valide , maladie accident quelle que soit le degré du handicap, immergez vous un peut dans le monde du handicap pour mieux le comprendre , cela faudra bien de belle phrases toutes construites

  • kikan59, le 11/10/2011 à 16h24

    Bonjour, Je vous félicite de votre geste. Mais malheureusement il faut passer par une loi nous sommes en France et d'ailleurs dans n'importe quel pays. Les personnes qui emmènent les personnes extraordinaires dans une "soirée douce" sont considérées Hors la loi en tout cas en France. Et la loi protègerai chaque individu et elle ferait certainement changé les choses. Les choses avancent malgré tout, Mais pas assez rapidement. Cordialement

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