Linda, trois enfants, un lit superposé, le tout dans 17m2

Par , le 01 février 2012 à 05h00 , mis à jour le 01 février 2012 à 17h09

REPORTAGE - La Fondation Abbé-Pierre a présenté ce mercredi son rapport annuel sur le mal-logement. Linda, mère célibataire de 28 ans, vit dans un studio en état déplorable. Elle est l'un des visages de cette précarité dénoncée par la Fondation.

Régulièrement, Linda fait une demande pour obtenir un logement plus grand, moins précaire. Elle est "prioritaire" depuis plus d'un an.Régulièrement, Linda fait une demande pour obtenir un logement plus grand, moins précaire. Elle est "prioritaire" depuis plus d'un an. © Amélie GAUTIER/TF1

Il est de fer blanc et fait triple couchage. Linda montre avec fierté son dernier achat : un lit superposé à l'armature imposante. Il est là, calé entre la porte d'entrée et un placard qui ne ferme plus à cause de l'humidité. Il est là, dans un coin mais envahit toute la pièce, l'unique pièce. Linda, mère célibataire de 28 ans vit avec ses trois enfants de 3, 4 et 6 ans dans un immeuble de la rue Léon, dans le 18e arrondissement de Paris. La surface de son appartement ? 25 mètres carrés officiellement, 17 en réalité, le tout loué 700 euros et des poussières. Exorbitant, a fortiori pour cette femme qui vivote d'heures de ménage et de repassage avec l'aide des allocations familiales. Elle est l'une de ces 3,6 millions de personnes non ou très mal-logées en France, selon le rapport annuel de la fondation Abbé Pierre rendu public ce mercredi (Lire notre encadré).

Plus d'infos

 
Dans le studio de Linda et de ses bambins, il y a une cuisine, deux frigos, une armoire, une petite télévision et une table basse en guise de "salon", un clic-clac pour la "chambre" de la mère, une commode et le lit. C'est là où dorment Jeannette, Christa et Nathan le petit dernier. La journée, chaque matelas trouve une nouvelle utilité : "chambre des petits", étagère pour poser le linge, les papiers administratifs... La promiscuité sème souvent  la zizanie. Dès que les enfants rentrent de l'école, il n'y a plus de place. "Maintenant, la plus grande qui va parfois jouer chez des copines me demande en rentrant pourquoi chez nous c'est si petit...", raconte Linda. A 21 heures, extinction des feux pour tout le monde, Linda compris. "Il faut qu'ils puissent dormir dans le silence et la pénombre", explique-t-elle encore.
 
Un cas prioritaire depuis un an et demi
 
Outre sa petitesse, le logement est en piteux état. Le mur derrière le canapé se décolle à cause du froid, la fenêtre unique ferme mal et laisse passer les courants d'air, glacial en ce moment. L'an dernier, le chauffe-eau s'est décroché, tombant sur une amie de Linda. La salle d'eau n'est pas mieux. Pourri à la suite d'un dégât des eaux, le plafond est en train de tomber. Bout de peinture par bout de peinture. Certains pans du mur sont recouverts de moisi, les fissures réparées au gros Scotch.
 
Linda vit là depuis 2007. Bouchant un courant d'air avec un bout de tissu ici, recollant un pan du mur là entre deux coups d'aérosols sur un cafard sortant d'un trou. Pourtant, la jeune femme au port de tête altier et aux grands yeux brillants, raconte sa galère sans trop se plaindre. Elle en a vu d'autres. Le parcours de cette Africaine ayant récemment obtenu ses papiers est chaotique et compliqué. Orpheline de père et de mère, elle fuit l'Angola et sa guerre civile en 2002. "Viens, je t'emmène, tu n'es pas en sécurité ici", lui dit un oncle. Elle atterrit à Paris mais cela aurait pu être ailleurs et elle ne pensait pas rester. Le provisoire dure depuis plus de dix ans maintenant. Elle vit quelque temps à Toulouse, puis en région parisienne. Se fait des amis lusophones comme elle. Tombe amoureuse, puis enceinte. Pendant trois ans, elle vit dans des chambres d'hôtels miteux.
 

La question

Vous sentez-vous concerné par le mal-logement ?

Oui
Non

 
Régulièrement, Linda fait une demande pour obtenir un logement plus grand. Aujourd'hui, elle est sur la liste "des prioritaires". Cela fait un an et demi. "La mairie me répond qu'il n'y a rien de disponible", répond la jeune femme balayant la pièce d'un regard las. Quand elle était en Angola, les copains de Linda rêvaient de venir vivre en France "où tout le monde est heureux". Pas elle. Elle voulait devenir une "bonne couturière" et trouver un "bon mari". Et aujourd'hui ? "Avec trois enfants, on a moins de rêve, estime-t-elle. Je souhaite seulement continuer à travailler le plus possible et avoir un plus grand espace pour eux". Elle s'arrête. "Qu'ils aient au moins une chambre", glisse-t-elle en regardant le grand lit blanc.

Plus de 3,6 millions de mal logés ou de sans abri

La Fondation Abbé Pierre évalue dans son 17e rapport annuel à plus de 3,6 millions le nombre de personnes mal logées ou sans abri, et plus largement à 8 millions celles concernées par la crise du logement. Elle demande un "véritable changement d'orientation des politiques". Le pari semble bien engagé, puisque quatre candidats devaient être présents à sa conférence : François Bayrou, François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon.

Dans le détail, la Fondation recense :
685.116 personnes "privées de domicile personnel" (133.000 sans domicile, 18.116 en résidence sociale, 38.000 en chambre d'hôtel, 85.000 dans des "habitations de fortune" et 411.000 chez des tiers); plus de 2,7 millions vivant dans des conditions de logement "très difficiles", sans confort ou très surpeuplés et 172.847 personnes locataires de meublés; - 86.612 gens du voyage ne pouvant accéder à une aide d'accueil.
 
La Fondation Abbé Pierre ajoute aux 3,6 millions de mal logés plus de 5,1 millions de personnes "en situation de réelle fragilité de logement" (occupant une copropriété en difficulté, un logement surpeuplé, ou devant faire face à des impayés), évaluant ainsi à près de 9 millions les personnes concernées par la crise du logement. Elle estime également que plus d'1,2 million de ménages sont en attente d'un logement social (chiffre 2006), que 3,8 millions sont en situation de précarité énergétique, que 1,3 million de locataires sont en difficulté de paiement tout comme 565.000 propriétaires, et que plus de 92.000 ménages sont menacés d'expulsion (chiffres 2010). Des chiffres qu'elle n'additionne pas aux précédents (risque de doubles comptes) mais qui lui permettent d'évoquer au final 10 millions de personnes touchées par la crise du logement.

Par Amélie Gautier le 01 février 2012 à 05:00
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96 Commentaires

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  • marionfriz, le 04/02/2012 à 01h02

    Vous pouvez toujours vous inscrire au RSA si vous êtes si jaloux!vous verrez vivre avec 460 euros par mois, ne pas pouvoir aller chez la dentiste avec votre CMU, ne pas avoir de voiture, vivre ds un logement miteux et aller aux restos du coeur c'est la belle vie!!allez y on vous regardes!

  • magdalyne06, le 03/02/2012 à 23h16

    Exigeante ? ou avez vous lu qu'elle était exigeante? ce n'est pas une question d'exigence. C'est qu'on lui dit qu'il n'y à rien de disponible. Essayez de compter le nombre de logements disponibles et mettez vous à sa place face à de telles réponses. Mais oui, j'avais oublié, elle n'a pas de relations assez haut placées. Suis-je bête !

  • darius92, le 02/02/2012 à 17h13

    C'est bien le cas ici malheureusement.

  • patbateman_, le 02/02/2012 à 15h47

    On est censé la plaindre?? Vous pensez vraiment qu'elle paye ses 700?de loyer? Y a bon la CAF + RSA + API + CMU + etc payé par les méchants Français qui cotisent pour elle et ses congénère... No coment.

  • darius92, le 02/02/2012 à 15h34

    Lisez l'article, ce n'est absolument pas le cas ici.

  • a1n2n2e3, le 02/02/2012 à 13h45

    @jh4366 : gardez votre " petite idée " pour vous ! Elle est comme vous : petite !

  • a1n2n2e3, le 02/02/2012 à 10h43

    @kosotto1 : amitiés à vous aussi .

  • milooser31, le 02/02/2012 à 07h27

    Sauf que cette dame est africaine...et que en province les étrangers sont pas toujours bien accepté....et pour avoir été expatrié, je vous jure qu'avoir des gens de votre communauté a proximité...ça change tout quand on est dans un pays qu'on ne connait pas..mais bon après faut pas croire que la france c'est un eldorado, surtout sans diplomes

  • mberle, le 02/02/2012 à 04h51

    Kossoto1 : la Democratie.. la Republique .. l'Etat.. ont un cout.. Alors concretement ou voulez vous en venir avec votre inventaire ?.. Que les deplacements de l'executife aient lieux ..sans que leur securite soit assure..? d'autre part connaisez vous les raisons de gouvernance du Pays qui necessitent .. tel ou tel deplacements..? Aussi en ce qui concerne les sommets qui reunissent de nonbreux Chefs d'Etats.. pensez vous que la France .. pourrait prendre le risque de ne pas leur assurer une securite maximum..? Et quant a votre fin de commentaire sur les fleurs et les hotels.. je vous laisse juge de l'etat d'esprit .. qui anime votre propos .

  • kosotto1, le 02/02/2012 à 00h36

    A1n2n2e3 : ce que vous éprouvez, je l'ai éprouvé à plusieurs reprises sur ce site en lisant des commentaires aussi égoïstes et dépourvus d'humanité. Je me souviens de celui de drimup écrivant "ne pas plaindre les parents" de ce nouveau-né mort dans la rue il y a quelques mois ! Quel choc pour moi de lire cela ! L'humanité a encore beaucoup de progrès à faire ! Mais je suis optimiste et je garde espoir. Amitiés.

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