Mayotte : "Ça dérape, les gens ont faim"

Par , le 21 octobre 2011 à 18h24 , mis à jour le 24 octobre 2011 à 12h45

TEMOIGNAGES - Depuis plus de trois semaines, l'île, devenue le 101e département français en avril dernier, est agitée par de graves troubles sociaux suite au mouvement contre la vie chère. Des habitants racontent.

[Expiré] Mayotte © AFP

"Notre île aux parfums sent mauvais en ce moment, très mauvais. En fait, la situation pue et c'est peu de le dire". Hakima* ne cache ni son désarroi, ni sa colère à propos de la situation actuelle à Mayotte où elle a toujours vécu. Voilà trois semaines maintenant que le 101e département français est en proie à de graves troubles sociaux apparus suite au mouvement contre la vie chère. Depuis le 27 septembre, syndicats et consommateurs réclament une baisse des prix de 11 produits de première nécessité : riz, sardines, gaz, ailes de poulets... La crise a d'ailleurs été rebaptisée "révolte des mabawas", du nom de ces morceaux de volaille dont raffolent les Mahorais mais dont le prix a considérablement augmenté.

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Plus d'infos

 
Depuis le début du mouvement, le statu-quo perdure. Les négociations patinent, les esprits s'échauffent et la situation est ultra-tendue. Et de prendre une tournure dramatique cette semaine avec la mort d'un manifestant mercredi apparemment d'un malaise cardiaque, après une échauffourée entre protestataires et policiers dans le centre de Mamoudzou, le chef-lieu.
 
7 euros le camembert
 
"Ça dérape car les gens ont faim", explique Mohamadi, professeur-stagiaire de 31 ans. "Ça fait trois semaines que les magasins sont fermés", complète Emmanuelle, une infirmière de 30 ans, qui habite Mayotte depuis 13 mois. Parfois, les 'douka', les petits épiciers ouvrent une heure avant de devoir baisser le rideau sous ordre des syndicats qui veulent maintenir la pression. "Cette semaine, poursuit la jeune femme, un supermarché a rouvert. C'était la cohue. A la sortie, des groupes ont pillé certains clients qui sortaient du magasin le sac plein". "Ça devient vraiment difficile, s'alarme Pierre, qui vit, lui dans un village à 50 km au sud de Mamoudzou. On vit sur nos réserves mais là on vient de s'attaquer à notre dernière boîte de lait en poudre pour nos enfants de deux et quatre ans..." Une autre évoque aussi les médicaments qui viennent à manquer.
 
Tous les témoignages recueillis par TF1 News soulignent leur solidarité au mouvement car la vie, disent-ils est "extrêmement chère" à Mayotte. Le prix du paquet de pâtes ? 3 euros. Celui du pot de Nutella ? 6 euros. Le camembert ? 7 euros. Nombreux sont ceux également à exprimer leur vive inquiétude autour de la dégradation de la situation sur l'île. Cette angoisse provient essentiellement des métropolitains. "Mayotte est en état de guerre civile", juge Emmanuelle. "Des bandes de jeunes âgés de 6 à 25 ans et qui n'ont rien à voir avec le mouvement installent des barrages et nous demandent de l'argent pour passer, caillassent la police, brûlent les voitures, relate Monique. Du coup, on sort uniquement pour se rendre au travail".
 
Certains évoquent aussi une haine du blanc, le "M'zungu", qui ressurgit. "Certains manifestants disent que les blancs qui resteraient à Mayotte allaient le payer, s'alarme Emmanuelle. Quand on entend ça, on a peur." "On entend à la radio certains dire qu'ils vont aller prendre l'argent où il se trouve c'est-à-dire chez les blancs", relate Pierre. Mais pour lui, ces menaces proviennent d'une minorité qui tombe dans la facilité à cause de la colère. Tous déplorent enfin le peu d'attention accordée par la métropole. "Le mouvement a commencé depuis plus de trois semaines, déplore avec amertume Mohamadi. Il faut parler de cette situation..."
 
*Tous les prénoms de cet article ont été changés à la demande des personnes interrogées souhaitant préserver leur anonymat sur l'île.

Que fait l'Etat ?

La ministre de l'Outremer Marie-Luce Penchard, a annoncé samedi la nomination d'un médiateur à Mayotte pour mener des discussions sur les prix de première nécessité, accédant ainsi à une demande des syndicats. "M. Martin sera chargé d'établir un rapport faisant un diagnostic sur la formation des prix des produits de première nécessité à Mayotte". Il pourra ensuite, ajoute-t-on, servir de base pour des négociations sur les prix.
 
Lors d'une conférence de presse jeudi l'intersyndicale CGT-Mayotte, CFDT et CFE-CGC, à l'origine du conflit avait demandé au gouvernement de nommer un médiateur. "Le préfet est désormais discrédité à nos yeux pour poursuivre les négociations" avaient indiqué les porte-parole du mouvement.

Par Amélie Gautier le 21 octobre 2011 à 18:24
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43 Commentaires

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  • darius92, le 24/10/2011 à 14h03

    La France doit quitter cette île.

  • no2r, le 24/10/2011 à 13h49

    Fimadou révisez votre histoire, c'est jOSPIN qui a initié le processus de départementalisation qui était arrivé à son terme ( la gauche ne s'en vante pas et reste silencieuse sur le sujet). N. Sakozy eût-il pu contrecarrer ce déroulement ? Pas sûr.

  • no2r, le 24/10/2011 à 13h45

    Vous voulez sans doute dire "larguer".

  • lampiste75, le 24/10/2011 à 13h29

    On ne leur a pas pris leur indépendance. Ceux qui la voulaient sont devenus indépendants le 6 juillet 1975 pour devenir l'Union des Comores. Quant à Mayotte, ses habitants de cette seule île avaient choisi de rester français.

  • lampiste75, le 24/10/2011 à 13h24

    A Fimadou : Et le tourisme ? Il n'y a pas de possibilité de développement dans ce domaine ?

  • fimadou, le 24/10/2011 à 12h10

    Et bien partez!!!

  • fimadou, le 24/10/2011 à 12h08

    C'est Sarkozy qui l'a voulu.

  • fimadou, le 24/10/2011 à 12h06

    Encore faudrait-il qu'il y ait du travail.40% des travailleurs sont employés par l'état ou les collectivités.Il n'y a pas d'industrie,presque tout est importé.

  • fjn64, le 23/10/2011 à 21h45

    Trop de fainéants, ils ne travailleront jamais, surtout qu'ils se savent sous l'assistance de l'Etat Providence désormais.

  • homohominilupus, le 23/10/2011 à 12h12

    A resyl77: Tout le monde se debrouille ! Bien suuuuuur, et es plans d'aide aux pays de l'UE en difficulte, je les ai imagines peut-etre ? Ah noooon, les pays de l'UE sont 'notre' probleme tandis que Mayotte ne l'est pas ? Je vous laisse apprecier cette logique.

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