Couverture de "Je suis debout", de Chérif Delay © DR"Je suis debout". Le titre claque comme une gifle portée au visage de ses agresseurs. Comme une démonstration de force face à l'institution judiciaire. L'auteur, c'est Cherif Delay, l'un des douze enfants reconnus comme victimes de viols dans l'affaire d'Outreau. A l'époque, on l'appelait Kevin. Il est le fils de Myriam Badaoui et le beau-fils de Thierry Delay, les principaux accusés. Devenu majeur - il a aujourd'hui 21 ans-, Chérif Delay a décidé de parler. Ou plutôt d'écrire "pour répondre à ceux qui, sans me connaître, m'ont traité de menteur, d'affabulateur, de mythomane et j'en passe". Il les invite au "tribunal de la conscience" et leur donne, ligne après ligne, "sa" vérité.
Outreau : Myriam Badaoui libérée aux 2/3 de sa peine
Myriam Badaoui, figure clé du procès d'Outreau par ses mensonges successifs, a été libérée en septembre alors qu'elle avait été condamnée à 15 ans de détention en 2004 pour viols d'enfants et qu'elle était détenue depuis 2001.
Publié le 07/11/2011
Outreau : une psychologue sort de sa réserve
Dans "Outreau : la vérité abusée", la psychologue Marie-Christine Gryson, revient sur cette affaire qu'elle a vécue de l'intérieur. Un livre pour réhabiliter le métier d'expert et rappeler que 12 enfants ont été reconnus victimes.
Publié le 19/11/2009
Outreau : les Lavier convoqués au tribunal pour "corruption de mineurs"
Acquittés dans l'affaire d'Outreau, les époux Lavier vont être jugés pour "violences habituelles sur mineurs de 15 ans" et "corruption de mineurs". quatre de leurs proches, qui avaient eux aussi été placés en garde à vue lundi, sont poursuivis pour "corruption de mineurs".
Publié le 09/05/2011
L'affaire d'Outreau adaptée au cinéma
Le film s'inspirera du livre d'Alain Marécaux, l'un des acquittés de l'affaire interprété par l'acteur Philippe Torreton. Cette adaptation inquiète certains des accusés à tort qui veulent tourner la page.
Publié le 03/02/2010
"Présumé Coupable" vu par les acquittés d'Outreau
Ce mercredi sort sur les écrans la première adaptation cinématographique de l'affaire d'Outreau. Ce film, intitulé "Présumé coupable", de Vincent Garenq, raconte le parcours judiciaire de l'huissier Alain Marécaux, mis en cause et incarcéré avant d'être acquitté en 2005.
Publié le 07/09/2011
Les vies brisées d'Outreau
10 ans après le plus grand scandale judiciaire, Daniel Legrand et Alain Marécaux, acquittés dans l'affaire d'Outreau témoignent. Si la vie a repris le dessus, "il n'y a pas un jour sans Outreau" pour Alain Marécaux.
Publié le 22/02/2011
Quelle vie 10 ans après Outreau ?
Daniel Legrand, André Marécaux et Karine Duchochois, acquittés dans le procès pour pédophilie témoignent sur ce qu'est leur vie, aujourd'hui.
Publié le 22/02/2011
Outreau, 10 ans plus tard, ils n'ont pas tous tourné la page
Déclenchée il y a dix ans, l'affaire de pédophilie d'Outreau a abouti à 13 acquittements, laissant des stigmates sur la justice, qui a depuis introduit des réformes, et sur les innocents qui ont essayé de se reconstruire après leur incarcération.
Publié le 22/02/2011
Il veut leur dire tout ce qu'il n'a pas pu ou su dire devant la cour d'assises de Paris : sa solitude face aux coups et aux insultes de son beau-père, puis face aux viols à partir de ses six ans à chaque fois qu'il rentrait de sa famille d'accueil pour passer le week-end ou les vacances scolaires. Des viols commis en famille, mais aussi avec des voisins, des amis... Il parle de ces autres enfants victimes, dont ses frères et une certaine Christelle. La lecture devient vite insoutenable, étouffante. Chérif insiste sur sa "culpabilité" de ne pas avoir su les protéger, lui, l'aîné de tous.
Neuf violeurs ?
Dans cet ouvrage co-écrit avec le journaliste Serge Garde, le jeune homme maintient donc toutes ses accusations dont une bonne partie avaient été remises en cause lors du procès en appel de novembre 2005 à Paris. Il accuse aussi : "Mes violeurs, je peux difficilement dire combien ils étaient. Mais j'en ai identifié avec certitude sept en plus de Delay et de ma mère. Soit neuf au total". A l'issue de l'ensemble de la procédure, sur 18 personnes mises en examen dans cette affaire de pédophilie, quatre - dont sa mère et son père adoptif - avaient finalement été condamnées alors qu'une est décédée en prison. Chérif Delay ne donne aucun nom, car la justice est passée. Mais il affirme que les visages de ses agresseurs sont "gravés à vie dans ma tête".
Même si son statut de victime a été reconnu officiellement, Cherif Delay raconte comment il s'est senti trahi par l'institution judiciaire. "A l'annonce de l'acquittement général, ma tête est devenue un cocktail molotov (...) Je devenais fou. Oui, j'étais coupable". Le juge Burgaud ? "Dire qu'il croyait aveuglément les enfants est un mensonge. Je suis bien placé pour le dire, il me tendait des pièges pour vérifier mes réponses" (...) "Je suis le premier à le dire : la justice a merdé. Mais certainement pas au stade de l'instruction". Chérif raconte comment il s'était préparé à une "vengeance". Il voulait "tous les tuer". Il raconte comment il est devenu SDF le jour de ses 18 ans, après de multiples séjours en foyers. Son passage en prison après plusieurs délits. Ses tentatives de suicide aussi. Une descente en enfer finalement enrayée grâce à un psychologue et à une association d'entraide sociale de Boulogne-sur-mer, la Maison des enfants de la Marine. Celle-ci l'a fait participer à un projet en Afrique où il s'est refait une santé physique et morale.
"Indécent", "esprit revanchard"?
La publication de ce livre a suscité de nombreuses réactions parmi les acquittés d'Outreau et leurs avocats. Pour l'huissier Alain Marécaux, qui avait fait 23 mois de détention avant son acquittement, il est "normal que Chérif Delay ait besoin de s'exprimer" mais "il n'est pas plus crédible aujourd'hui qu'hier", a-t-il déclaré à l'AFP. "Est-ce que des choses fausses qui sont réaffirmées 10 ans après deviennent des choses vraies?", s'interroge Me Eric Dupond-Moretti, qui défendit Roselyne Godard. "Si vous réentendez les acquittés d'Outreau, ils vous diront aussi qu'ils sont innocents", poursuit l'avocat, qui souligne que des déclarations de Chérif Delay ont été formellement infirmées par l'instruction à l'époque. L'avocat dénonce "un courant révisionniste qui se met en place", tandis que son confrère Me Hubert Delarue, également interrogé par l'AFP, voit "un esprit revanchard" d'une "certaine partie de l'institution judiciaire". "C'est la pire des démarches. (...) On jette l'anathème et le soupçon sur tous ces hommes et femmes (les acquittés ndlr) qui ont tellement souffert, je trouve que tout ça est très indécent", poursuit Me Delarue.
Le dossier de pédophilie d'Outreau avait éclaté en février 2001 et défrayé la chronique, avant de virer au fiasco judiciaire, après deux procès aux assises en 2004 et 2005. Hasard du calendrier, deux des acquittés, Franck et Sandrine Lavier, ont fait cette semaine l'objet d'une garde à vue et sont convoqués avec quatre proches devant le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer le 7 juillet pour "corruption de mineurs" et "violences sur mineurs". Les enquêteurs ont saisis à leur domicile des photos et vidéos datant de mars 2009, prises lors d'une fête arrosée, et qui mettent en scène des adultes plus ou moins dénudés "simulant des actes sexuels en présence des enfants", explique le procureur de Boulogne. Le couple Lavier avait déjà été placé en garde à vue début mars pour répondre des accusations de deux de leurs cinq enfants qui leur reprochaient des maltraitances sans caractère sexuel.
Comme un avertissement, Cherif Delay, lui, écrit ces quelques mots : "je suis le premier à parler, à vomir mon dégoût et ma souffrance. Mais, j'en suis certain, je ne serai pas le dernier". L'affaire d'Outreau n'a pas fini de faire des remous.
Je suis debout
Cherif Delay et Serge Garde
Le Cherche Midi - 192 pages - 15 euros
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