En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
ARCHIVES

Pourquoi des hommes disent "non" à la prostitution

Amélie Gautier par
le 22 septembre 2012 à 04h00
Temps de lecture
3min
prostitution prostituée trottoir racolage

Image d'archives / Crédits : ABACA

A lire aussi
Notre sociétéINTERVIEW - Zéromacho, c'est un réseau d'hommes refusant de vivre leur sexualité au travers de rapports marchands. Alors que ces abolitionnistes se réunissent samedi à Paris, l'un de leur porte-parole nous explique pourquoi, selon lui, il faut pénaliser le client.

Ils n'iront pas au bois. Zéromacho, c'est le nom du réseau dans lequel des hommes de tous âges,  tous les horizons se sont rassemblés pour dire qu'ils s'opposent à la prostitution. Pour des raisons éthiques, pour des raisons politiques. Le collectif a été lancé fin 2011 lors du vote à l'Assemblée d'une résolution reconnaissant officiellement "la position abolitionniste de la France". Aujourd'hui, selon Zéromacho, il faut aller plus loin. Alors que le réseau se réunit samedi à Paris pour fêter son 1.000e membre, les explications de l'un de ses porte-parole.

TF1 News : Que souhaite votre collectif ?
Patric Jean
: Déjà, nous voulons en finir avec cette propagande entourant la prostitution. Parce qu'elle s'adresse aux hommes, nous avons là une vraie légitimité à nier tous les stéréotypes accolés à notre sexualité. Ces "besoins", ces "pulsions". Non, nous ne sommes pas des animaux. Non, nous n'avons pas besoin de nous 'vider'. Non, il n'y a pas de lien entre le viol et la prostitution. Pour nous, la sexualité est avant tout une relation humaine, vécue dans l'égalité et le respect de l'autre, de sa liberté et de son désir. On ne peut considérer la prostitution que comme une violence. Nous sommes sur la même ligne que la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem qui veut l'abolir et, déjà, il faut une loi qui pénaliserait le client.

TF1 News : Selon vous, le modèle scandinave représente-t-il l'espoir d'un monde sans prostitution...
P.J.
: Partant du principe que la prostitution est une violence, la première question est comment lutter ? Et face à cela, l'exemple suédois semble porter ses fruits. Là-bas, c'est le client qui est puni par la loi car on considère que c'est lui qui produit une violence en achetant un acte, un corps. Du coup, les clients sont moins nombreux et les proxénètes ont été contraints de déménager. Ils sont partis en Norvège. Peu de temps après, la Norvège a décidé de punir, elle-aussi, les clients et les résultats ont été identiques. Non, malheureusement la prostitution n'a pas été éradiquée mais elle a fortement baissé. Pénaliser le client, ça marche car les études montrent que ce qu'il redoute n'est pas l'amende, c'est de passer pour quelqu'un allant chez les prostituées aux yeux de leurs collègues, amis, famille...

TF1 News : Ce qui se passe en Suède est l'inverse de ce qui se passe en France. Dans notre pays, on pénalise les prostituées, pas le client...
P.J.
: Effectivement et nous demandons l'abrogation de cette loi qui punit le racolage passif. C'est le monde à l'envers de punir la personne que nous nous considérons comme la victime dans cette violence. C'est au client d'être sanctionné !

Dans leur immense majorité, les personnes prostituées viennent des milieux les plus pauvres, les plus défavorisés, des minorités les plus en danger. La prostitution est un acte de violence qu'il faut abolir. La prostitution ne touche pas que les hommes et les femmes prostituées. Elle touche à l'image de la femme en général. L'idée que l'on puisse louer un vagin, un anus ou la bouche d'une femme est abominable.

Que nos enfants grandissent dans une société où on leur dit "tu fais tout ce que tu veux avec ta sexualité mais tu ne peux pas louer le corps d'autrui", me semble très important politiquement et symboliquement. Aujourd'hui, on a une norme sociale par rapport à la sexualité : "on n'a pas de sexe avec des enfants", "on n'a pas de sexe avec quelqu'un qui ne veut pas"... On doit avoir une nouvelle norme sociale disant : "on n'a pas de sexe avec quelqu'un dont on achète la sexualité car c'est une violence". On n'achète pas le corps d'autrui.

Commenter cet article

  • vousmfatiguez : Il faudra du temps, mais il faut bien commencer un jour. Et tout à fait d'accord avec vous pour punir le marchand d'esclaves qu'est le proxénète.

    Le 23/09/2012 à 08h22
  • vousmfatiguez : Vivre sa sexualité en abusant du corps d'autrui grâce à de l'argent va au-delà de la liberté personnelle et bascule du côté de l'asservissement et de l'avilissement de l'autre. Exactement le même principe que l'esclavage.

    Le 23/09/2012 à 08h13
  • vousmfatiguez : Mberle a raison de prendre l'esclavage en exemple. C'est vrai que ça semble impossible au départ. Il faut du temps et la première étape consiste à changer les consciences. Mettre le client face à ses responsabilités me semble juste. Les deux coupables ici sont le client et le proxénète, pas les filles. Maintenant, si des filles consentent à le faire en toute liberté, ce sera difficile à eviter, mais si le client conscientise enfin qu'en payant pour un corps, il fait acte d'esclavagisme, il réfléchira un peu plus que maintenant. C'est la bonne direction ! Et sans non plus criminaliser tout le monde à outrance, le changement dans les consciences est un premier pas important.

    Le 23/09/2012 à 08h09
  • jean45po : "Les prostituée qui font cela pour l'argent, va t'on aussi les aider a s'en sortir pour qu'elle ne vie plus dans la misère ?" Vous êtes au courant des tarifs pratiqués? Une passe ne coûte pas 5?. En France ça coûte pour la version escorting 200? en moyenne pour 60 min. Il y a tout un tas qui demandent 300 voir 400? et ne font que ça tant que leur corps est jeune et attirant et gagnent des dizaines de milliers d'euros par mois. Les filles de rues? Elles gagnent pour beaucoup des centaines d'euros par soir mais combien reversent-elles à leur proxénète? Mystère. Donc aider les filles de rue OUI, aider les prostituées/escortes qui demandent des 200? la passe, NON. Beaucoup de femmes aujourd'hui ne veulent plus aller travailler pour gagner un SMIC et préfèrent se vendre. C'est un choix. Demain elles peuvent aussi travailler normalement. Nous n'allons pas aller aider ces personnes là. Des filles de rues qui viennent de Roumanie, du Ghana, il y en a par wagons entier. Que fait-on pour faire cesser cela? Vu les moyens dont dispose la police, pas grand-chose hélas. Quant à moi je suis pour la pénalisation du client. Aujourd'hui nos hôtels sont remplis de prostituées, rien n'est fait.

    Le 23/09/2012 à 00h55
  • guimax45117 : Je ne supporte pas ce discourt moraliste qui veut nous imposer comment on doit vivre notre sexualité.

    Le 22/09/2012 à 21h37
      Nous suivre :
      Quand Juppé se moque gentiment de Valls : "Tout va bien, ça vous surprend M. le Premier ministre ?"

      Quand Juppé se moque gentiment de Valls : "Tout va bien, ça vous surprend M. le Premier ministre ?"

      logAudience