Ils n'iront pas au bois. Zéromacho, c'est le nom du réseau dans lequel des hommes de tous âges, tous les horizons se sont rassemblés pour dire qu'ils s'opposent à la prostitution. Pour des raisons éthiques, pour des raisons politiques. Le collectif a été lancé fin 2011 lors du vote à l'Assemblée d'une résolution reconnaissant officiellement "la position abolitionniste de la France". Aujourd'hui, selon Zéromacho, il faut aller plus loin. Alors que le réseau se réunit samedi à Paris pour fêter son 1.000e membre, les explications de l'un de ses porte-parole.
TF1 News : Que souhaite votre collectif ?
Patric Jean : Déjà, nous voulons en finir avec cette propagande entourant la prostitution. Parce qu'elle s'adresse aux hommes, nous avons là une vraie légitimité à nier tous les stéréotypes accolés à notre sexualité. Ces "besoins", ces "pulsions". Non, nous ne sommes pas des animaux. Non, nous n'avons pas besoin de nous 'vider'. Non, il n'y a pas de lien entre le viol et la prostitution. Pour nous, la sexualité est avant tout une relation humaine, vécue dans l'égalité et le respect de l'autre, de sa liberté et de son désir. On ne peut considérer la prostitution que comme une violence. Nous sommes sur la même ligne que la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem qui veut l'abolir et, déjà, il faut une loi qui pénaliserait le client.
TF1 News : Selon vous, le modèle scandinave représente-t-il l'espoir d'un monde sans prostitution...
P.J. : Partant du principe que la prostitution est une violence, la première question est comment lutter ? Et face à cela, l'exemple suédois semble porter ses fruits. Là-bas, c'est le client qui est puni par la loi car on considère que c'est lui qui produit une violence en achetant un acte, un corps. Du coup, les clients sont moins nombreux et les proxénètes ont été contraints de déménager. Ils sont partis en Norvège. Peu de temps après, la Norvège a décidé de punir, elle-aussi, les clients et les résultats ont été identiques. Non, malheureusement la prostitution n'a pas été éradiquée mais elle a fortement baissé. Pénaliser le client, ça marche car les études montrent que ce qu'il redoute n'est pas l'amende, c'est de passer pour quelqu'un allant chez les prostituées aux yeux de leurs collègues, amis, famille...
TF1 News : Ce qui se passe en Suède est l'inverse de ce qui se passe en France. Dans notre pays, on pénalise les prostituées, pas le client...
P.J. : Effectivement et nous demandons l'abrogation de cette loi qui punit le racolage passif. C'est le monde à l'envers de punir la personne que nous nous considérons comme la victime dans cette violence. C'est au client d'être sanctionné !
Dans leur immense majorité, les personnes prostituées viennent des milieux les plus pauvres, les plus défavorisés, des minorités les plus en danger. La prostitution est un acte de violence qu'il faut abolir. La prostitution ne touche pas que les hommes et les femmes prostituées. Elle touche à l'image de la femme en général. L'idée que l'on puisse louer un vagin, un anus ou la bouche d'une femme est abominable.
Que nos enfants grandissent dans une société où on leur dit "tu fais tout ce que tu veux avec ta sexualité mais tu ne peux pas louer le corps d'autrui", me semble très important politiquement et symboliquement. Aujourd'hui, on a une norme sociale par rapport à la sexualité : "on n'a pas de sexe avec des enfants", "on n'a pas de sexe avec quelqu'un qui ne veut pas"... On doit avoir une nouvelle norme sociale disant : "on n'a pas de sexe avec quelqu'un dont on achète la sexualité car c'est une violence". On n'achète pas le corps d'autrui.










