Des roms évacués dans une rame de la RATP

Par , le 01 septembre 2011 à 11h09 , mis à jour le 02 septembre 2011 à 11h37

Mercredi, un tramway a été mis à la disposition des forces de l'ordre pour évacuer des dizaines de Roms d'un camp de Seine-Saint-Denis. La direction de l'entreprise précise qu'il s'agit d'une "décision locale".

"Ce n'est pas à la RATP de travailler pour la police !" Mercredi, en Seine-Saint-Denis, la RATP a mis à la disposition des policiers une rame de tramway pour évacuer un camp de Roms. Révélée par France Info, l'information suscite de vives réactions. Et notamment du côté de l'entreprise de transports : "Ça a provoqué un émoi", explique au micro de cette radio, Philippe Touzet, du syndicat Sud-RATP. "On n'est pas là pour ça. Ce n'est pas à nous de transporter des convois de personnes qui ne sont pas forcément volontaires pour montrer dans les tramways, surtout escortés avec des forces de police".
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Le syndicaliste rappelle aussi que la gare de Bobigny, qui abrite aujourd'hui un mémorial, avait justement joué un rôle central durant la Seconde Guerre mondiale dans la déportation vers les camps de la mort de 22.000 Juifs du camp de Drancy. Autre conséquence de cette initiative : des enfants ont été embarqués dans le tramway sans leurs parents. Une situation dénoncée par Médecins du Monde qui appelle les policiers à ne jamais embarquer de mineurs isolés. (Lire notre encadré)
 
"Inhumanité et brutalité"

Visiblement embarrassée par cette histoire, la RATP insiste pour dire que cette décision a été prise localement, en urgence face à une situation de quasi-blocage de cette ligne de tramway qui relie Saint-Denis à Bobigny. Elle raconte ce qu'il s'est passé à TF1 News. Mercredi vers 6 heures du matin, des conducteurs informent le régulateur de la ligne T1 qu'une évacuation de Roms est en cours. Encadrés par des policiers, plusieurs groupes d'une dizaine de personnes équipées de caddie, de vélo, de sacs, embarquent à la station Cosmonautes en direction de Noisy-le-Sec. Dans la rame se trouvent aussi de "vrais" usagers. Le régulateur prévient les équipes de sécurité et les contrôleurs présents dans le secteur afin de gérer ce flux conséquent de voyageurs. 8h30. L'encadrement local de cette ligne constate que l'évacuation des Roms se passe avec difficultés. "Afin de minimiser les troubles et les retards subis par les autres voyageurs, la personne (de la RATP, NDLR) et la police convienne de l'intérêt d'utiliser un tram disponible", indique encore la RATP.

Dans un communiqué, Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Ile-de-France, dénonce "l'inhumanité et la brutalité" de cette opération. Il demande au préfet du département, Christian Lambert, que toute la lumière soit faite et que les responsables soient sanctionnés. "Cette opération, faite hors de tout cadre juridique, constitue une voie de fait", écrit-il. Le ministère de l'Intérieur a dénoncé des "amalgames" après qu'un élu PCF a déploré les circonstances de cette évacuation. Cette scène "m'a rappelé des souvenirs d'école ou de cinéma", a déploré le conseiller général PCF Gilles Garnier dans une lettre au préfet et au PDG de la RATP. "Cette opération rappelle les heures les plus sombres de notre histoire et réveille en nous une monstrueuse évocation", a pour sa part déclaré Cécile Duflot, qui préside le groupe Europe Ecologie-Les Verts au conseil régional IdF.

"Amalgames scandaleux"

Le président de la RATP a affirmé au micro de France Inter que l'entreprise n'avait aucune responsabilité dans cette affaire et s'est dit étonné que la police n'ait pas averti ses services. "Je ne suis pas responsable de la gestion d'une opération de police (...)  Nos textes ne prévoient pas une affectation de nos transports pour ce type d'opération", a dit Pierre Mongin. Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, niant toute brutalité lors de l'opération, a affirmé que les forces de l'ordre n'avaient pas forcé les Roms à emprunter le tramway. "Ceux-ci sont montés volontairement à bord de la rame mise à disposition par la RATP. A tout moment, ils ont été laissés libres de leurs mouvements", a-t-il dit à Reuters.

Interrogé jeudi sur France Info, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a déclaré, quant à lui déclaré "ne pas être au courant de ces évènements" en assurant que "ce qui compte c'est de savoir ce que l'on fait à l'égard de ce qui est illégal". Le ministre de l'Intérieur s'est également élevé, en marge d'un déplacement à Sevran, contre les "amalgames scandaleux", faisant allusion à certaines réactions politiques comparant cette action à la déportation des Juifs. "Je rappelle que la Shoah, ce n'était pas partir volontairement après une décision de justice vers un lieu de son choix", a relevé le ministre selon qui "des propos comme ceux-là banalisent la Shoah et, finalement, encouragent au négationnisme".

"Des familles choquées"

Un campement rasé, des baraques détruites... L'emplacement à Saint-Denis qu'occupaient illégalement ces Roms évacués mercredi matin n'existait plus ou presque jeudi. Sur place dans la matinée, Livia Otal, coordinatrice de la mission Roms chez Médecins du Monde, a pu rencontrer quelque-unes de ces familles.

"Elles sont très choquées, raconte la jeune femme de l'ONG à TF1 News. Elles disent n'avoir jamais été embarquées comme ça, en masse, en groupe. Selon elles, cela se passe d'habitude avec des véhicules de police. Où ces Roms ont-ils été évacués ? Je ne sais pas. Une famille qui dit avoir été évacuée hier m'a ainsi raconté qu'après l'épisode du tram, elles avaient dû prendre un RER puis un train. Elles ne parlent pas ou alors très mal, le français. Ceux que j'ai rencontrés en Seine-Saint-Denis sont littéralement perdus. Comme cet oncle à la recherche de son neveu dont il est sans nouvelles depuis qu'il a pris le tram mercredi matin..." A.Ga.

Par Amélie Gautier le 01 septembre 2011 à 11:09
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17 Commentaires

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  • matger, le 03/09/2011 à 17h05

    Sauf que ces "pauvres gens" comme vous dites,ne se permettraient pas de faire dans leur pays ce qu'ils font dans le nôtre,la sanction chez eux étant plus sévère.

  • robert.13, le 02/09/2011 à 19h08

    Mieux vaut les déplacer en Tramway que de les voir, comme à Marseille, occuper un parking pendant un mois en réclamant 5 euro à tout automobiliste voulant parquer sa voiture sans que la Gauche n'y trouve à redire. Merci de publier.

  • inedis, le 02/09/2011 à 14h02

    Et c'est bien sur vous qui les hébergerez

  • bikbikbikette, le 02/09/2011 à 13h56

    Ils vivent souvent mieux que certains Français qui travaillent...

  • lampiste75, le 02/09/2011 à 13h54

    Faire appliquer les lois de la République ne me choque pas mais rien n'empêche ceux qui sont choqués d'en héberger chez eux. Ils pourraient aussi réfléchir sur ce que peuvent supporter quotidiennement les habitants de Seine Saint Denis, non responsables du parcours de ces populations, mais à qui l'on impose la présence de ces campements insalubres.

  • vingas, le 02/09/2011 à 08h24

    S'ils sont en France c'est qu'ils ont connu déjà des situations pires

  • patou-55, le 02/09/2011 à 08h14

    Vous auriez du mettre un point d'interrogation...

  • kokkor_hekkus, le 02/09/2011 à 07h55

    Les réglements de la RATP ne prévoit pas non plus que les wagons de métro et de RER et les couloirs des stations servent de lieux de mendicité agressive, et pourtant c'est la cour des miracles tous les jours dans les transports en commun. Et là, personne ne dit rien, ni ne fait rien.

  • tommalex, le 02/09/2011 à 07h53

    Lorsqu'on aura un président PS ,il n'y aura plus d'expulsions de Roms,de bulgares...

  • fabrice3221, le 02/09/2011 à 07h00

    Moi je vais vous le dire où est le problème, ormis que ça rappel les trains de déportation, c'est que les pauvres gens on les a juste déplacé et maintenant leurs conditions est pire qu'avant. Qu'on m'explique le mieux de l'affaire

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