Une reconnaissance, et un hommage : ce dimanche, dans le XVe arrondissement de Paris, sur l'emplacement de l'ancien Vélodrome d'Hiver, aujourd'hui détruit, François Hollande a eu les mots que toute la communauté juive de France attendait. Il a reconnu que cette sinistre opération, demandée par l'Allemagne nazie mais exécutée sur l'ordre du régime de Vichy par la police et la gendarmerie françaises, au cours de laquelle 13.152 juifs, hommes, femmes et enfants, avaient été arrêtés puis déportés à Auschwitz en 1942, était un "crime commis en France par la France". Ces mots figuraient d'ailleurs en introduction d'un livret publié par la présidence à l'occasion de la commémoration, et distribué à la presse et aux personnalités assistant à la cérémonie. Mais François Hollande a aussi rendu hommage à Jacques Chirac, à sa "lucidité" et à son "courage", dans le travail de mémoire sur cette rafle.
Les deux hommes s'étaient justement vus la veille. Et cette rencontre n'était pas une simple visite de courtoisie d'un chef de l'Etat en exercice à un ancien chef de l'Etat. Lorsque François Hollande, après s'être promené sur les marchés de Tulle, s'était rendu au château de Bity pour y retrouver Jacques Chirac chez lui, tous deux s'étaient entretenus, entre autres, de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv. Une rafle dont Jacques Chirac avait été le premier chef d'Etat français à admettre qu'elle avait été réalisée sur ordre des autorités françaises.
Hollande se démarque de Mitterrand
Pour l'actuel chef de l'Etat, le symbole de ce dimanche est double. En suivant les pas de Jacques Chirac, François Hollande facilite un travail de mémoire longtemps rendu difficile par les réticences des autorités françaises. C'est en 1993 seulement que la date du 16 juillet, début de la rafle, avait été choisie pour instituer une Journée nationale à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "gouvernement de l'Etat français". Et c'est deux ans plus tard que Jacques Chirac lançait, devant le monument commémoratif de la rafle : "Ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français". Mais pour François Hollande, un tel geste a aussi pour conséquence de l'amener à se démarquer de son mentor l'ex-président François Mitterrand. Celui-ci considérait que la France ne pouvait être mise en cause dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale puisque, selon lui, il n'y avait eu, durant l'occupation allemande, qu'une seule France légitime, celle de la France libre.
Ces mots pour réaffirmer la responsabilité de l'Etat français étaient en tout cas très attendus, ce dimanche, par la communauté juive de France. Il y a quelques jours, dans les colonnes du Monde, Serge Klarsfeld évoquait les paroles prononcées en 1995 par Jacques Chirac, rappelant que ce discours avait alors été salué "dans le monde entier comme une courageuse et salutaire reconnaissance". Mais paradoxalement, cette question de mémoire a été longtemps un enjeu de tension entre droite et gauche. Certains socialistes - notamment Jack Lang, Jean Glavany ou Claude Bartolone, l'actuel président de l'Assemblée nationale - avaient critiqué le discours de Jacques Chirac en 1995.









