Mâchoire serrée, front haut et regard droit devant, il reboutonne sa chemise ou réajuste sa veste. Derrière lui, elle est là, meurtrie. Appuyée sur un bureau à rabaisser sa jupe. Assise sur le lit à se prendre la tête. Contre une porte de toilettes à se tenir le ventre. Les lieux sont différents, les personnages aussi mais le slogan est le même : "rien ne devrait innocenter un violeur". Ces scènes sont les trois affiches de la nouvelle campagne du Collectif féministe contre le viol lancée vendredi. Son objectif : combattre les idées reçues entourant ce crime.
Ces clichés sont résumés sous la forme d'une auréole placée au-dessus de la tête des trois violeurs mis en scène, comme si leur conscience parlait. Dans le bureau, le halo de lumière dit : "une femme qui ne veut pas doit refuser clairement" ; dans les toilettes de la discothèque : "une femme ne s'habille pas sexy pour rien" et dans la chambre, "une femme doit toujours satisfaire son mari". Tranquille la conscience. "Ces hommes sont des saints, résume volontairement provocateur le Dr Gilles Lazimi, coordinateur des campagnes du CFCV interrogé par TF1 News. Ils n'ont rien fait. Pour eux mais aussi aux yeux de la société au discours encore trop complaisant vis-à-vis des agresseurs, la victime est toujours responsable de ce qui lui arrive. Mais pourquoi tu es sortie habillée comme ça ? Mais pourquoi tu as bu ? Voilà des questions qui reviennent et qui disent : finalement, tu l'as cherché".
Ces idées reçues sur le viol
Plus de 75.000 femmes sont violées chaque année en France*. Des chiffres qui seraient en réalité beaucoup plus élevés car seulement "une victime sur 10 réussit à porter plainte", rappelle le Collectif. Une femme sur six aura été victime d'un viol ou d'une tentative** dans sa vie. D'après les statistiques du Collectif, 83% des viols sont commis par une personne connue de la victime. "La moitié des femmes qui nous appellent au Collectif nous parlent de viols dont elles ont été victimes des années auparavant, relate le Dr Lazimi. Elles culpabilisent, se disent 'je n'aurais pas dû... Mais rien de ce qu'on a pu faire ne justifie qu'on soit violé ! Quand quelqu'un se fait tirer dessus, on ne lui demande jamais ce qu'il a pu faire pour se prendre une balle !"
D'autres idées reçues entourent le viol. Le Collectif rappelle, entre autres, que 'non', il n'est pas provoqué par la "testostérone", qu'il ne s'agit pas d'un comportement naturel, mais culturel et que le viol repose sur le mythe d'une sexualité masculine "incontrôlable", et "conquérante". Que 'non', les pays ayant autorisé et réglementé la prostitution, tels les Pays-Bas n'ont pas vu baisser le nombre de viols". La campagne rappelle également que "tout acte de pénétration sexuelle sans consentement est un viol puni par la loi". Pourtant, "il reste encore largement impuni", rappelle le CFCV. Le Dr Lazimi explique ainsi que seulement 2% des plaintes aboutissent à une condamnation.
| "Viols femmes informations" 0.800.05.95.95 |
Cet accueil téléphonique propose écoute, soutien, solidarité aux victimes de violences sexuelles. Pour en savoir plus : le site du CFCV |
**Enquête ENVEFF (2000) et enquête de l'Observatoire national de la délinquance. Des enquêtes où seules les femmes majeures ont été interrogées.









