Son rapport, qu'il doit remettre ce jeudi au gouvernement, vise à lever un tabou : celui des suicides d'enfants. Le psychiatre Boris Cyrulnik en est convaincu : de tels passages à l'acte sont sans doute plus nombreux que les statistiques ne le laissent penser. Car certains décès, considérés comme accidentels, s'assimilent à une forme de suicide.
Un enfant de huit ans se suicide à Toulouse
Selon les premiers éléments, le garçon venait de se disputer avec son petit frère pour un motif futile. Il s'est pendu dans sa chambre jeudi soir.
Publié le 18/05/2012
Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 37 enfants et pré-adolescents de 5 à 14 ans se sont donné la mort en 2009. L'Inserm ne compte aucun suicide chez les enfants de moins de 5 ans. Encore ne s'agit-il là que des derniers chiffres disponibles, qui ne permettent pas de se faire une idée sur les années 2010-2011 ; mais certains événements d'actualité laissent penser que le phénomène perdure. Ainsi début 2011, une adolescente de 14 avait-elle tenté de se tuer, tandis que deux enfants de 9 et 11 ans avaient mis fin à leurs jours.
"Une cascade de déchirures invisibles"
"Les suicides aboutis sont rares" chez les 5-12 ans, note Boris Cyrulnik dans son rapport, commandé par la secrétaire d'Etat à la Jeunesse Jeannette Bougrab, mais "ils sont certainement plus fréquents car les chiffres ne parlent que des suicides évidents". Or, explique le médecin, "le cumul des événements qui déclenche l'acte suicidaire résulte d'une cascade de déchirures invisibles, d'une convergence d'événements de nature différente", qui peuvent être un deuil précoce, un conflit entre les parents, des maltraitances, l'absence d'un univers sécurisant à la maison, le harcèlement à l'école. De plus, "la détresse d'un enfant est souvent difficile à percevoir car il vit dans un temps immédiat" et plus que l'adulte, il a du mal à dire son mal-être.
L'enfant "insécurisé", "seul, sans partage de la souffrance, sans aide ni possibilité de déchiffrer ce qui lui arrive, le jour où il comprend ce qu'est la mort, il se laisse prendre", écrit encore Boris Cyrulnik. On considère que les enfants commencent à comprendre ce qu'est la mort "entre 6 et 9 ans", rappelle-t-il. Alors, "une pichenette peut suffire pour passer à l'acte. Une phrase blessante, une petite frustration, une mauvaise note à l'école ou le déménagement d'un copain peuvent provoquer une déflagration exceptionnelle. Il peut écrire une lettre d'adieu (...) mais le plus souvent, il se penche trop par la fenêtre ou descend d'un autobus en marche. Alors les adultes parlent d'accident", dit encore le psychiatre.
Il appelle donc à une politique de prévention aussi bien "autour de la naissance" notamment en donnant une "cohérence aux métiers de la petite enfance" via une "université de la petite enfance" ou en formant les médecins, infirmières, éducateurs et enseignants à cette problématique. A l'école, il prône une adaptation des rythmes scolaires, une notation plus tardive, une lutte contre le harcèlement.
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