Image d'archives © TF1/Montage TF1 News/A.Ga."Tu vois, chérie, si tu ne travailles pas bien à l'école, tu finiras caissière, comme la dame". Cette phrase est l'une des scènes phare du film Les tribulations d'une caissière en salles depuis mercredi. Ce long-métrage est -librement- adapté du livre éponyme écrit par Anna Sam. Cette Rennaise racontait son expérience de huit ans passés à travailler dans un supermarché. Aujourd'hui, si la jeune femme a raccroché sa "bippeuse" et sa veste rouge, elle se sent toujours proche des quelque 170.000 caissières de France, celles que l'on remarque à peine derrière leur tapis roulant. Pour TF1 News, quelques-unes d'entre elles témoignent de leur quotidien. Voici ces tranches de vie.
Caissière menacée de licenciement : la mobilisation fait reculer Cora
L'hypermarché Cora de Mondelange (Moselle), qui menaçait de licencier une employée pour avoir récupéré un ticket pour un hamburger gratuit laissé en caisse par un client, a décidé de faire marche arrière face à la mobilisation des internautes.
Publié le 26/10/2011
Une caissière menacée de licenciement pour avoir récupéré un ticket
L'hypermarché Cora qui l'emploie, à coté de Metz, en Moselle, affirme que le ticket donnant droit à une réduction dans un fast-food, abandonné par un client, leur appartient et l'accuse de vol. La caissière est convoquée par sa direction.
Publié le 26/10/2011
"Temps complet choisi", le salut pour les caissières ?
Carrefour et Auchan expérimentent ce moyen de ne plus faire subir de temps partiel à leurs caissières. L'initiative est plutôt bien accueillie en magasin.
Publié le 28/02/2008
Une caissière ou un robot : c'est un "choix de société"
La CFDT organise ce vendredi une journée de mobilisation contre la généralisation des caissières automatiques dans les supermarchés. 200.000 emplois seraient concernés, selon le syndicat.
Publié le 13/04/2007
"Les riches, les mal lunés... "C'est toute la société qui défile sur notre tapis roulant", remarque Karine, 44 ans, caissière du côté de Saint-Etienne depuis 11 ans. Les gens riches, ceux dans le besoin ; les mal-lunés, les sympas..." Si en début de semaine, domaine des habitués, le client est généralement calme, le week-end, l'ambiance est radicalement différente. "Il y a du monde, la pagaille dans les allées, la queue aux caisses, du coup; le client est plus agacé, et nous on trinque !", persifle Anissa, salariée d'un supermarché en région parisienne. "L'esclandre peut partir de rien", opine Rémedios, employée dans un hard-discount.
"T'es là pour nous servir". Cette phrase, Véronique caissière dans un hypermarché près de Douai depuis 15 ans, l'a entendue plus d'une fois. Toutes ont droit ici-et-là à ce genre de réflexions blessantes. Les anecdotes sont légion et les caissières se les racontent lors des pauses. "Pour décompresser", "pour rigoler". Karine raconte ce qui lui est arrivé "pas plus tard que samedi" : un client met ses enfants sur le tapis roulant. Elle lui fait remarquer que ce n'est pas un tapis de jeu, que cela peut être dangereux. "Ça ne lui a pas plu, il m'a traité de smicarde en interdisant à ses enfants de me regarder, je ne le méritais pas". "L'autre fois, raconte encore Karine, une fillette était amusée par le 'bip-bip' du scanner. Elle m'a dit 'je veux faire comme toi'. Sa mère m'a regardée en me disant : 'j'espère que ma fille aura plus d'ambition que ça'... J'ai laissé courir..." Cette quadragénaire l'avoue, avant de faire ce métier, elle avait certainement le même regard... "Pour moi, la caissière était un peu stupide", dit-elle. "Les préjugés sont tenaces, soupire Anissa. Mais c'est valable pour tous les corps de métiers, qui n'en a pas ?"
"Les plantes vertes qui prennent des sous". Celles qui travaillent dans les très grandes surfaces se plaignent de l'indifférence des clients. Véronique cite celui qui répond à son "bonjour" d'un "J'ai un Evian et un Contrex dans le caddie". Une autre, ce client qui rétorque "Pourquoi je vous dirais bonjour, je suis dans le magasin depuis trois heures..." "Ah oui, nous sommes comme des plantes vertes, soupire Anissa. Et des plantes vertes qui prennent des sous !" "Justement, complète Karine. Les caisses sont un lieu important et stratégique malgré ce manque de reconnaissance". "C'est un vrai métier, un métier à part entière, assure Anissa. Ça, je n'étais pas capable de le dire il y a dix ans."
"Le gros chieur, une minorité". Si beaucoup critiquent ce "roi, tout-puissant", toutes tempèrent en précisant que "le gros chieur" est une minorité. Généralement, les caissières disent travailler dans un océan d'indifférence. "Un bonjour, un regard, un au revoir, et basta." Pourtant, toutes donnent spontanément un exemple de client sympa. "Celui qui nous reconnait, celui avec qui on échange trois mots, celui qui revient s'excuser après avoir été malpoli, et même celui qui dragouille..." Des histoires plus fréquentes chez celles travaillant dans les petites infrastructures où "à force, on apprend à connaître les gens".
La baisse du pouvoir d'achat. Pour Karine et les autres, le climat de travail s'est détérioré avec la crise. "Depuis la baisse du pouvoir d'achat, parce qu'ils payent, les clients pensent que tout leur est dû". Un silence. "Et bien non, on a aussi le droit au respect". Cette problématique du pouvoir d'achat, elles disent la remarquer depuis un, trois ou cinq ans. Toutes : "Elle est flagrante". "On a plus de clients mais leurs caddies sont moins remplis", explique l'une. "Ils viennent une fois au début du mois, ils en ont pour 300 euros mais tous les produits sont les premiers prix", dit l'autre. "Ils arrivent en caisse avec une liasse, non pas de billets mais de bons de réductions, de '100% remboursés'...", illustre Monique, employée dans un hypermarché du Nord. Karine résume la situation d'un "chacun va où son porte-monnaie l'emmène".
Les salaires et les pauses. Un salaire de 9,40 euros à 10 euros de l'heure, des contrats le plus souvent à temps partiel, le travail le week-end... Et la fameuse pause de trois minutes par heure travaillée. "Sur une journée de six heures, j'ai une pause de 20 minutes, résume Karine. Lors de ce break quotidien, soit on mange, soit on fait pipi, soit on parle avec les collègues. Bref, il faut faire un choix", rigole-t-elle.
Des "robots qui rouillent". Passer les paquets de lessives, soulever les sacs de litière, saisir les produits, tendre la bippeuse, donner des sacs, scanner la carte de fidélité... L'aspect le plus difficile du métier : "la répétition des gestes", répondent en chœur les employées interrogées. Des gestes faits des centaines de fois dans la journée. "Nous sommes des robots qui rouillent", rigole Véronique avant de donner l'exemple de sa collègue, 23 ans d'ancienneté, qui a dû être opérée des deux mains. Sans parler des phrases types répétées à tire-larigot : "Bonjour, vous avez la carte de fidélité ?", "Comment réglez-vous", "Bonne journée"....
Qui sont-elles ? Si toutes ces femmes interrogées semblent avoir un caractère bien trempé, toutes disent se blinder. Contre les clients. Contre le métier. Parmi les femmes interrogées, certaines sont devenues caissières pour s'occuper parallèlement de leur famille, d'autres après avoir été quittée ou licenciée. Si certaines se disent "contentes" de ce métier avec des horaires "pratiques pour s'occuper des enfants" et "bien pour le relationnel", elles sont majoritaires à témoigner de la dureté du métier, exprimer leur lassitude et critiquent ces-dits horaires, "qui changent tout le temps et avec ces samedis à devoir bosser". "Quand j'ai un jour off, après avoir passé la semaine dans le bruit et la cohue, je n'aspire qu'à une chose : silence et solitude", note Anissa qui dit être devenue un ours. Karine, elle, vient de faire un bilan de compétences. "Là, j'ai envie de passer à autre chose mais je traîne mon passé de caissière comme un boulet".
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Caissière menacée de licenciement : la mobilisation fait reculer Cora
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