"Un enfant harcelé a 4 fois plus de risques d'être suicidaire"

Par , le 24 janvier 2012 à 05h00 , mis à jour le 24 janvier 2012 à 18h32

INTERVIEW - Alors que le ministère de l'Education lance ce mardi une campagne de sensibilisation contre le harcèlement à l'école, un spécialiste du sujet décrypte ce phénomène qui touche un élève sur 10 et peut parfois avoir des conséquences dramatiques.

Ces trois présentent des situations de harcèlements entre élèves. Ils sont diffusés sur le Net dans le cadre de la campagne "Agir contre le harcèlement à l'Ecole".Ces trois présentent des situations de harcèlements entre élèves. Ils sont diffusés sur le Net dans le cadre de la campagne "Agir contre le harcèlement à l'Ecole". © DR

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TF1 News : Qu'est ce qu'on entend par harcèlement scolaire ?

Jean-Pierre Bellon*, président de l'Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves : Le harcèlement, c'est la répétition de petites tracasseries de façon quotidienne, régulière, systématique. A l'école, il prend le plus souvent la forme de moqueries. Mais cela peut aussi être des rumeurs, des jets d'objets, des affaires régulièrement abîmées, l'ostracisme... Le harcèlement scolaire est souple. Il s'adapte au milieu dans lequel il se développe. Il va varier selon les établissements, les âges, le sexe aussi. Chez les filles, le harcèlement le plus courant est la mise à l'écart du groupe ou la rumeur. Les garçons harcelés, eux, vont davantage se plaindre de brutalité physique.

TF1 News : Existe-t-il un portrait type de l'élève harcelé ?
J-P. B. : Pas vraiment. Il a une petite différence ou rencontre une petite difficulté à un moment donné mais elle n'est pas perceptible par les adultes. Cependant, ces élèves harcelés ont un point en commun : ils n'ont pas d'amis. Sont-ils harcelés parce qu'ils n'ont pas d'amis ou n'ont-ils pas d'amis parce qu'ils sont harcelés, les deux doivent sans doute se mêler. Mais les élèves toujours seuls sont quatre fois plus victimes de harcèlement que les autres. Ce qui réunit ces élèves brimés, c'est ce faible degré de sociabilité.

TF1 News : Et qui est le harceleur alors ?
J-P. B. : Lui, il a des amis, un réseau de relations. C'est une personne qui a un certain charisme, une capacité à faire rire son entourage. Un rire très moqueur qui va être ravageur dans le cadre du harcèlement. Généralement, il fait ça par bêtise, pour faire rire le groupe. D'où l'importance de la prévention.

TF1 News : Quelles sont les conséquences ?
J-P. B. : Il y a d'abord les conséquences immédiates : l'enfant ne va plus avoir envie d'aller en cours et va inventer des prétextes pour ne plus y aller. Ses résultats vont aussi baisser. Ce n'est pas facile d'être efficace au travail quand vous avez en permanence un groupe qui se moque de vous. Certains élèves vont se laisser redoubler pour ne plus se retrouver dans la même classe que leur persécuteur, voire changer d'école. Il y a aussi des conséquences à plus long terme beaucoup plus graves : le harcèlement détruit l'image de soi. Selon le chercheur norvégien Dan Olweus, un enfant harcelé a quatre fois plus de risques d'être suicidaire qu'un autre.

TF1 News : Comment savoir si son enfant est harcelé à l'école ?
J-P. B. : De petites choses peuvent mettre la puce à l'oreille. On l'a dit : il n'a pas ou plus d'amis, ses résultats baissent, il n'a plus envie d'aller en cours... Il faut savoir qu'un enfant a toujours du mal à confier à ses parents qu'il est victime de harcèlement à l'école. Il vit un peu les choses sur le mode de la honte, il a l'impression qu'il va décevoir ses parents s'il leur dit cela.

 TF1 News : Réagir n'est pas non plus évident pour les autres élèves témoins de harcèlement...
J-P. B. : ... Non, mais tout de même. Il y a trois acteurs dans le harcèlement : la victime, le harceleur et puis tous ceux qui regardent. Quand ce groupe là change d'attitude, quand il ne rit plus, alors le harcèlement se retrouve comme un moteur qui perdrait son carburant. Ça marche moins bien. Le rire, c'est vraiment le carburant du harcèlement. Bien sûr, ce n'est pas facile de s'interposer, il ne faut d'ailleurs pas demander à l'élève de se mettre en difficultés pour aller régler tout seul le problème. Mais déjà, ne pas suivre, ne pas rire avec les rieurs, ne pas se moquer avec les moqueurs, signaler simplement qu'il y a un élève en difficultés, le réconforter... Tout cela est important. Des psychiatres l'ont démontré : plus le soutien des pairs va être fort, moins les symptômes post-traumatiques seront développés.
 
TF1 News : Pour vous une campagne n'est pas suffisante...
J-P. B. : Elle va permettre à plein de familles d'en parler. Mais, effectivement, ce n'est pas assez. Qui, actuellement dans les établissements scolaires est formé sur le sujet ? Personne. Il faut lancer un plan de formation comme l'a fait la Finlande. Il a été mis en place suite à des massacres perpétrés dans des établissements par des élèves qui se disaient harcelés. Là-bas, la prévention commence dès l'âge de 7 ans et se poursuit jusqu'au lycée. A l'école primaire par exemple, ce sont des jeux dans lesquels on montre qu'il ne faut pas isoler quelqu'un. Tous les deux ans, il y a un programme lancé en ce sens. Dans chaque établissement, trois personnes travaillent sur les cas de harcèlement.

Toutes les informations sur cette campagne

Le ministère de l'Education nationale lance mardi une campagne "Agir contre le contre le harcèlement à l'école", afin de combattre via internet et la télévision un phénomène touchant un élève sur dix en primaire et au collège. Un numéro vert national (le 0808.80.70.10) complète cette campagne. Et toutes les informations sur le site internet : http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/
 
Ce site d'information répond notamment aux questions pratiques "Que faire?" ou "Qui contacter?", par exemple via le numéro Vert 119 "Allô Enfance en danger" ou le  numéro Net écoute 0820.200.000 contre le cyberharcèlement. Les internautes peuvent aussi écouter des paroles d'experts, comme les pédopsychiatres Nicolas Catheline et Marcel Rufo ou la directrice de "e-enfance" (protection des enfants sur la Toile), Justine Atlan. Et un "petit quizz introspectif" permet de tester ses savoirs sur le harcèlement.


* Professeur de philosophie, Jean-Pierre Bellon est co-auteur du livre Harcèlement et brimades entre élèves et Prévenir le harcèlement à l'école : Guide de formation, un ouvrage qui sort cette semaine. Deux livres des éditions Fabert.
 
Le site de l'Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves :
http://harcelement-entre-eleves.com/

Par Amélie Gautier le 24 janvier 2012 à 05:00
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20 Commentaires

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  • maxi44h95, le 24/01/2012 à 18h17

    Il n' y a pas plus mechants que les enfants ou jeunes entre eux ? Souvenez- vous de votre enfances a l' ecole ou autres, qui ne sait pas moquer d' un autre ect ect !Mes parents ne mon jamais defendu pour cela, car la phrase unique qui avait dans le voisinage c' etait " histoire entre gosses faux pas s ' en occuper "!Je peux dire qu 'une chose , il y a toujours le retour de la medaille quand on deviens adulte, car a l heure actuel, c ' est moi qui rigole de ses harcelleurs d' autre fois! Je sais de quoi je parle! ( merci de me publier )

  • titizom, le 24/01/2012 à 17h11

    Je me sens pas perturbé merci bien..pas plus que certains.

  • mafi31, le 24/01/2012 à 16h23

    Malheureusement oui apparemment. Car un des mes enfants a l'age ado (début 2000) a été tapé, insulté , et raquette (le goûté ) ; sans que aucune chose soit faite pour régler cela. Aujourd'hui je signale encore (avec mon deuxième enfant) des réflexions verbales pas vraiment gentilles. Mais sans suite ... Mon premier enfant il c'est bien remis de tout , car on était très présent . La société en décadence : car comment certains enfants sont méchants et autres les souffre-douleur ? . Et les parents dans tout ça? Et l'école ?

  • la_guepe25, le 24/01/2012 à 16h21

    On les croise 30 ans plus tard curieusement .. doux comme des agneaux et ...amnésique biensur !!!!!!! on a droit au .....tu vas bien , c'était sympa l'école dans ce temps là hein !!! pffff ( du vécu )

  • chamalo78300, le 24/01/2012 à 16h20

    Oh quelle bonne idée ! Quel merveilleux esprit de synthèse... Et puis, ne laissez pas vos enfants sortir de chez eux, prendre l'avion, la voiture, les transports en commun... Hummm désocialiser son enfant est tellement mieux et plus sécurisant pour nous. Et puis, c'est vrai après tout, nous n'avons pas le temps (nous parents) d'expliquer à nos enfants les éventuels dangers de la vie courante, discuter, communiquer, l'aider à s'épanouir, se défendre, à se respecter et à respecter les autres, et à le valoriser. Non, ce n'est pas notre métier. Allez, à la maison, dans sa chambre avec un bon jeu vidéo ou sur Facebook.

  • silver.swan, le 24/01/2012 à 15h36

    Les cours par correspondance, ce n'est pas si mal...

  • mamaninquiete, le 24/01/2012 à 14h57

    Déjà un enfant ne devient pas harceleur comme çà!!!!!! faudrait rééduquer des fois leurs parents!!!!

  • toutarefaire31, le 24/01/2012 à 14h51

    Une fois de plus cela fait partie de l'éducation. Aux parents de d'assurer et de communiquer.

  • cruella1644, le 24/01/2012 à 14h13

    Je suis atterrée par ces statisqtiques, un élève sur 10 serait concerné ?? Qu'attend donc le gouvernement pour mettre en place les mêmes dispositifs qu'en Finlande. Un enfant harcelé est un futur adulte perturbé, il s'agit donc d'un grave problème sociétal de santé. Je plains les malheureux enfants qui vivent cet enfer au quotidien, sans oser en parler. Commencer par une campagne de sensibilisation, c'est mieux que rien. Je souhaite que ce la encourage la communication parents/enfants. Et que les plaintes aboutissent.

  • rv83480, le 24/01/2012 à 13h13

    Et bien après tous ce que j'entends , j'ai de moins en moins envie d'envoyer mes enfants a l'École , je vais me renseigner sur un une autre forme d'éducation , " a moins que ces infos ne soit qu' électoral " a suivre

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