Don de RTT : "'j'ai pu vivre avec mon fils ses derniers instants"

Par , le 25 janvier 2012 à 06h00 , mis à jour le 25 janvier 2012 à 22h04

TEMOIGNAGE - Grâce à la solidarité de ses collègues, Christophe Germain a pu bénéficier en 2009 de 170 jours de RTT pour pouvoir s'occuper jusqu'au dernier souffle de son enfant malade. De cette histoire est née une proposition de loi, votée ce mercredi par les députés.

La question

Seriez-vous prêts à donner des RTT à un collègue dont l'enfant est malade ?

Oui
Non

 
2008 : la nouvelle tombe comme un couperet pour Lydie et Christophe Germain. Leur fils de 10 ans, Mathys, est atteint d'un cancer. La course contre la montre commence, les rendez-vous médicaux s'enchaînent entre Paris et Saint-André-le-Puy, dans la Loire, où ils résident. Mathys doit subir une transplantation hépathique du foie.  Après avoir épuisé tous ses congés payés et ses RTT pour rester auprès de son fils, Christophe, plasturgiste chez Badoit, à Saint-Galmier, enchaîne avec un arrêt maladie de trois mois pour "accompagnement d'un enfant gravement malade". Mais à l'issue de cet arrêt, il est contrôlé par la Sécurité sociale.
  • Un texte pour légaliser le don de RTT au parent d'un enfant malade

    INTERVIEW - Paul Salen, député UMP de la Loire, défendra mercredi après-midi une proposition de loi, inspirée d'une histoire vécue et destinée à rendre légal le don de jours de RTT entre collègues, afin de permettre à un parent de s'occuper d'un enfant gravement malade.

    Publié le 25/01/2012 Un texte pour légaliser le don de RTT au parent d'un enfant malade
  • Don de RTT : l'historie de Mathys inspire une loi

    Les députés, s'inspirant d'un cas réel de solidarité survenu dans une entreprise de la Loire, ont adopté mercredi un texte permettant à un salarié de donner anonymement une partie de ses jours de repos à un collègue devant s'occuper d'un enfant très gravement malade.

    Publié le 25/01/2012 Don de RTT : l'historie de Mathys inspire une loi
  • L'histoire de Mathys à l'origine de la loi sur le don de RTT

    Une nouvelle loi va permettre aux salariés d'offrir des jours de congés à leurs collègues parents d'un enfant malade. C'est un cas réel qui a inspiré à un député UMP cette proposition de loi.

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Plus d'infos

"J'ai refusé de tricher"

"Lors de ce contrôle, on m'a fait comprendre que c'était mon enfant qui était malade et non moi et qu'il fallait que je reprenne le travail. A cette époque, je ne demandais que quelques jours supplémentaires car mon fils commençait à aller un peu mieux suite à sa transplantation. Ce Monsieur m'a coupé mes droits un lundi, donc je suis retourné travailler ce même lundi, poursuit-il. Je n'avais pas le choix, ma femme ayant stoppé son travail pour être auprès de notre fils et ne bénéficiant plus que de l'AJPP (ndlr : Allocation journalière de présence parentale)".

 A ce moment-là, Christophe sait qu'il peut se mettre en arrêt pour dépression, par exemple, pour gagner un peu de ce temps qu'il n'a plus auprès de son fils. Mais il s'y refuse. "Je n'ai pas triché avec le système, parce que je n'avais pas envie de m'inventer une maladie. Et parce que j'avais un fils qui ne trichait pas non plus, qui se battait, qui ne baissait pas les bras..."

170 RTT collectés par ses collègues

Lors de son retour chez son employeur, l'incompréhension domine parmi ses collègues. Rapidement, l'idée germe : Christophe n'a pas besoin d'argent mais de temps, alors on va lui en donner. A l'initiative de son chef de service, les salariés se mobilisent et récoltent pas moins de 170 jours de RTT en l'espace de 15 jours. "C'était une première pour notre entreprise, mais devant un tel élan de solidarité, notre directrice a tout de suite donné son accord", se souvient Christophe.

Dans le même temps, l'espoir renaît pour Mathys. Pendant quatre mois son foie fonctionne à nouveau et Christophe reste au travail, ne prenant des jours que de temps en temps. Mais en septembre 2009, les métastases reviennent. "On nous a dit que Mathys était condamné, qu'il entrait dans une phase de fin de vie. C'est à ce moment que les jours que j'ai eus ont pris tout leur sens, raconte Christophe la voix tremblante. J'ai pu être auprès de mon fils, 24 heures sur 24, sans me soucier de mon travail ou de mon salaire, j'ai pu, grâce à ce temps offert, mettre en place une hospitalisation à domicile pour mon enfant parce qu'il ne voulait plus retourner à l'hôpital. J'ai pu vivre avec mon fils tous ses derniers instants. Voilà à quoi ce temps a servi".

Depuis, deux années ont passé. Christophe a repris son travail chez Badoit. "Quand vous perdez un enfant, votre vie s'arrête. Il faut repartir. Et pour repartir, retourner  au travail dans une entreprise qui a tout fait pour vous aider, ça vous aide énormément".

"Pas une solution miracle", mais "une pierre à l'édifice"

Touché par cette histoire, Paul Salen, député de la Loire, (lire son interview > Un texte pour légaliser le don de RTT au parent d'un enfant malade) a déposé une proposition de loi visant à encadrer ce type d'initiative solidaire de don de RTT. Le texte, approuvé mercredi après-midi par les députés, stipule qu'"un salarié peut, sur sa demande et en accord avec l'employeur, renoncer anonymement à tout ou partie de ses jours de repos non pris (...) au bénéfice d'un autre salarié de l'entreprise qui assume la charge d'un enfant âgé de moins de 20 ans atteint d'une maladie, d'un handicap ou victime d'un accident d'une particulière gravité rendant indispensables une présence soutenue et des soins contraignants". Un certificat médical attestant de la gravité de la maladie et de la nécessité d'une présence soutenue auprès de l'enfant est exigé pour que fonctionne le dispositif, qui devrait s'appliquer aussi à la Fonction publique.
 
Christophe et Lydie étaient présents dans l'enceinte du Palais Bourbon au moment de la discussion du texte. "Il existe des choses comme l'AJPP dont a bénéficié ma femme, mais ces aides ne sont pas suffisantes financièrement car elles correspondent à un forfait et non à votre salaire, explique Christophe. C'est déjà bien, mais ce n'est pas suffisant. Cette proposition de loi n'est pas une solution miracle mais c'est une pierre apportée à l'édifice, un début de solution parmi beaucoup de choses qui restent à faire pour accompagner la fin de vie".

L'association qu'il a créée avec son épouse à la mort de leur fils a déjà permis d'aider une vingtaine d'autres couples en France. "Ce sont toujours 20 enfants qui ont, à leur tour, bénéficié de la présence de leurs parents jusqu'au bout, constate Christophe. Certes, il y a une faille criante de l'Etat, certes, il y a un manquement. Mais, en attendant, doit-on faire comme si rien ne s'était passé chez Badoit ? Doit-on laisser passer ce geste de solidarité dont j'ai pu bénéficier ?" Et de conclure : "Mathys a mené le combat pendant 18 mois. Maintenant, c'est à nous de le poursuivre". Si la loi est votée, il est prévu de l'appeler Loi Mathys.

Par Alexandra Guillet le 25 janvier 2012 à 06:00
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53 Commentaires

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  • mibaf56, le 26/01/2012 à 18h23

    Bravo ! Je suis pour la solidarité je trouve très bien de procéder comme ça mais par contre toujours les mêmes qui trinquent,que fait l'état encore une fois ???

  • martylili, le 26/01/2012 à 13h57

    Bien dis ! +10000

  • shooby02470, le 26/01/2012 à 11h09

    En réalité, je me suis trompé de sujet ? J'avais ouvert les deux news de tf1 qui traitait de cette proposition, celle-ci et une plus politique, et je n'ai pas copié ma réponse dans le bon message. Désolé. Merci de valider ma réponse.

  • belialgoth, le 26/01/2012 à 02h50

    Tu donneras les tiens pour moi.

  • totolasalsa, le 26/01/2012 à 02h47

    J epense qu'il faut arrêter de penser fric, Vivre la France! Vive la solidarité !

  • ericv65, le 26/01/2012 à 01h27

    Comment peut-on se poser ce genre de question ? Evidemment que l'on devrait pouvoir donner de ses jours de congés pour aider quelqu'un comme Christophe. Grotoll .. comment fais-tu pour mettre de l'UMP là dedans ? Tu as la mémoire si courte au point de ne plus savoir que RTT = 35 heures = ce que ton cher UMP fustige à tours de bras ??? La solidarité devrait jouer mieux que cela .. j'ai perdu 6 jours de congés en 2010 ... pffftt évaporés faute de temps pour les poser ... j'aurais bien apprécié d'en faire ce tout autre usage. Il faudrait un dispositif de ce genre plus global. Christophe a eu la chance d'être dans un grand groupe, mais çà pourrait être adapté pour l'ensemble des salariés.

  • sk8ergiirl, le 26/01/2012 à 00h25

    Les employeurs ne peuvent pas toujours se permettre, surtout dans les petites entreprises, l'entreprise ne peut pas couler... Elle peut donner des congers, mais pas des congés payés...

  • belialgoth, le 26/01/2012 à 00h04

    Bravo à quoi? A l'état démissionnaire? Aux employés spoliés de leurs vacances? Aux patrons qui ne perdront rien?

  • belialgoth, le 26/01/2012 à 00h02

    Moi pas. Je ne vois pas pourquoi c'est encore la solidarité (quasi-obligatoire) qui devrait pallier à la désertion de l'état. En ce cas, on se met en dépression avec un médecin conciliant, et on ne dérange personne.

  • lacarabosse, le 25/01/2012 à 23h32

    Nous n'avons pas attendu une loi pour aider comme nous pouvions par 2 fois nos collègues dont les enfants étaient tombés gravement malades. Tous les services ont donné des congés pour permettre aux parents d'accompagner leurs enfants dans les soins lourds qu'ils subissaient. Par contre, qu'ils légifèrent permettra de le faire en toute légalité, car à nous s'était posé le problème de cette fichue "légalité"... Est-ce qu'il est légal qu'un enfant soit atteint d'une leucémie foudroyante et qu'un autre enfant soit atteint d'une tumeur au cerveau?... Donner des congés a été le peu que nous pouvions faire, mais pour les parents c'était beaucoup!

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