Longtemps bloqué par les réticences de François Fillon, le projet de "piétonnisation" (ou piétonisation, l'orthographe de ce néologisme n'étant pas encore vraiment fixée) de la voie Georges Pompidou à Paris avait été réactivé de manière spectaculaire cet été. Jean-Marc Ayrault ayant levé les réserves émises par son prédécesseur, la voie en question avait été fermée sept semaines pour travaux. Un vaste chantier à l'issue duquel cette autoroute urbaine s'était trouvée transformée en "boulevard urbain". Relançant ainsi la polémique, puisque cet axe très fréquenté peut offrir une alternative à un périphérique sud saturé pour traverser Paris d'est en ouest - trajet qu'accomplissent nombre de banlieusards, puisqu'en région parisienne, les emplois sont majoritairement à l'ouest, et les zones moins chères en matière de logement, à l'est... D'où de nombreuses protestations d'automobilistes, pas seulement parisiens, mais obligés de passer par Paris.
Face à la polémique, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui avait inscrit dans son programme de 2008 la reconquête des voies sur berge, a voulu répondre lundi en inaugurant les nouveaux aménagements de la rive droite. "Je prends en compte les préoccupations des automobilistes. Nous avions prévu que la traversée de Paris prenne en moyenne six minutes de plus, ça n'est pas le cas", a déclaré l'élu. Selon lui, les automobilistes "roulent aussi vite qu'avant" sur la voie Georges Pompidou. Et d'ajouter : "Les automobilistes représentent une petite minorité des habitants de la métropole. La majorité a décidé d'utiliser les transports en commun pour ses déplacements". La voie "piétonnisée" accueille 40.000 véhicules par jour, et jusqu'à 3500 en heure de pointe.
Un "clivage" renforcé entre Parisiens et banlieusards ?
Depuis les travaux de cet été, les voies sur berge ont pris une physionomie toute nouvelle : des passages piéton ont été créés - notamment entre le jardin des Tuileries et la passerelle Léopold-Sédar-Senghor - six feux tricolores installés, et une promenade a été aménagée sur un kilomètre et demi de l'Hôtel de Ville au Port de l'Arsenal, grâce au rétrécissement des voies de circulation. La mairie de Paris a également prévu pour la mi-2013 la fermeture totale aux voitures d'une partie des quais (sur 2,3 km) de la rive gauche.
Les élus de droite du Conseil de Paris se sont alarmés de ces projets, craignant une augmentation des embouteillages et de la pollution. L'association 40 millions d'automobilistes a lancé la semaine dernière une pétition contre le projet de fermeture des voies sur berges, qui risque de renforcer le "clivage entre habitants de Paris intra muros et ceux des zones urbaines limitrophes". La mairie de Paris, pour sa part, estime que le trafic automobile a diminué de 25% en dix ans à Paris. En parallèle, l'offre de transports en commun en Ile-de-France s'est étoffée : création du tramway T3, prolongement du T2, augmentation de la capacité et de la fréquence de plusieurs lignes de métro et RER, prolongement des lignes 4 et 12 du métro (ce qui n'apporte en revanche aucune solution à la saturation de ces lignes à l'heure de pointe), création de trois lignes Voguéo (navettes sur la Seine). En moyenne, les ménages franciliens sont 47% à avoir une voiture, selon la mairie.









