A ville nouvelle, vie nouvelle ?

Par Fatoumata BAKILY, le 01 octobre 2009 à 09h16 , mis à jour le 02 octobre 2009 à 20h33

Dossier : Grand Paris, capitale sous pression - Actualités

Espaces vert et habitat moderne, emploi et activités culturelles, les villes nouvelles promettaient d'offrir un cadre de vie rêvé. Près de quarante ans après leur création, la réalité s'avère plus contrastée, comme l'illustre le cas de Cergy.

cergy, cergy saint ChristopheStation Cergy Saint-Christophe, place de la gare © TF1/LCI

 Cergy-St Christophe

Les portes du RER A s'entrouvrent à peine qu'une foule immense se presse vers la sortie de la station Saint-Christophe. Ce samedi, jour de marché, les étals des commerçants ont envahi la place de la gare. Seul l'immense horloge qui trône au dessus des têtes rappelle que nous sommes dans le quartier rebaptisé Axe Majeur - Horloge. Ce coin de Cergy reste plus connu sous son ancien nom, celui de Saint-Christophe. Et c'est d'ailleurs ainsi que les habitants continuent de l'appeler. Toujours très populaire, il est aussi celui qui résume le mieux les différentes facettes de la ville.

"Il n'y avait que des champs ici", se souvient Alexandre Pouliquen, arrivé à Cergy il y a trente ans. "La ville a beaucoup changé", constate le retraité, non sans une pointe de nostalgie. Pour autant, cet ancien directeur financier venu à Cergy pour des raisons professionnelles ne regrette pas son implantation dans la ville. "A l'origine, lorsque nous sommes arrivés, il n'y avait que des habitants venus de pays européens. Petit à petit, le quartier s'est peuplé et les gens sont arrivés de plus loin. Il y a de la diversité ici et ça se passe plutôt bien", se réjouit Alexandre, avant d'égrenner toute la richesse de sa ville.
 
"Un des charmes de Cergy, c'est son architecture et la diversité de ses quartiers. Les immeubles font quatre ou cinq étages,  pas d'avantage. Ici, il n'y a pas de tour et les habitants se battent pour ne pas en avoir", affirme Alexandre. "Et il y a les douze colonnes construite par Ricardo Bofill ! s'enorgueillit-il. De ces colonnes, part le fameux Axe majeur qui relie symboliquement la ville à Paris. C'est de la belle architecture."

 "Ils parquent
les mêmes personnes
avec les mêmes difficultés
aux mêmes endroits
"
C'est justement à quelques rues de ces oeuvres, censées marquer l'identité de Cergy, que Régis Mindjouck loue un petit studio. Et tout comme son aîne, le jeune homme apprécie sa ville. "On a de l'espace, de la verdure, des activités pour les jeunes, c'est vraiment la jeunesse de Cergy qui fait toute la différence. Tous les ans par exemple, la mairie organise le festival 100 contest qui réunit  pendant trois jours, concerts, expos, graff... et le tout gratuitement! Il y a de l'animation dans cette ville", affirme Régis. "Je me suis vraiment habitué à cette ville et si je peux rester à Cergy, je le ferai".

Pourtant à 28 ans, Régis, qui est passé par d'autres quartiers de la ville, avait des réticences à s'implanter dans le quartier. "Quand on vous dit que vous allez habiter à Saint-Chistophe, ce n'est pas vraiment le cadre rêvé. Ce quartier est réputé être le plus chaud, le plus dangereux de Cergy. La place du marché est devenue le lieu de rendez-vous des bandes rivales de la ville. Depuis qu'il y a un poste de police ça va mieux... même s'il vaut mieux éviter de trainer seul le soir", prévient Régis.

cergy, dominique lefebvre
    Lisez aussi l'interview
    du maire de Cergy
Liliane Forestier, une ancienne habitante de Saint-Christophe, se souvient de ce moment où, selon elle, le quartier a  basculé. "Le quartier était plutôt sympa, avec des appartements à l'anglaise, des maisons individuelles, des activités culturelles pour les enfants. Puis très vite, ça a commencé à se dégrader. J'ai mis mon deuxième enfant en internat dans une ville voisine, parce qu'il avait été pris à partie par des jeunes du quartier. Et souvent, on entendait des histoires de bagarres, de règlement de comptes. Ce n'était plus possible de rester dans ces conditions", explique-t-elle, visiblement soulagée d'avoir quitté Cergy.

Pour cette mère de famille qui y a élevé seule ses trois enfants, les élus ont leur part de responsabilité. "Ils parquent les mêmes personnes avec les mêmes difficultés aux mêmes endroits. Du coup, la ville se transforme en ghetto", regrette-t-elle. Saint-Christophe, un ghetto ? "Ce n'est pas le Bronx, ici", tempère Alexandre Pouliquen, lassé à 77 ans d'entendre parler de la mauvaise réputation du quartier. "Il y a des choses qui sont louches, on le sait par ouï-dire mais on se plaît ici", assure-t-il sereinement. "A ville nouvelle, vie nouvelle" ?

 

Cergy, des champs à la ville

Lorsque la ville nouvelle de Cergy Pontoise voit le jour, Cergy, l'une des douze communes de l'agglomération, est encore un village rural qui compte moins de trois mille âmes. Située sur la boucle de l'Oise, dans la banlieue nord-ouest de Paris, trois décennies auront été nécessaires pour que la ville se dessine. Aujourd'hui, Cergy s'étend sur plus de 1000 hectares et compte 58.000 habitants.  Pas moins de trois gares desservent les cinq grands quartiers de la ville.


 Par Fatoumata Bakily

 
Par Fatoumata BAKILY le 01 octobre 2009 à 09:16
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