Chez easyEverything, le web se consulte en masse

Par Christophe ABRIC , le 20 janvier 2001 à 15h15 , mis à jour le 20 janvier 2001 à 15h42

easyEverything, qui propose un accès rapide et peu cher à Internet, vient d'ouvrir son premier magasin français. De cybercafé, cet établissement n'a que le nom : ici, on grignote du Web à la chaîne.

Easy Everything, supermarché deu web © INTERNE


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Dehors, la file d'attente est impressionnante. Des jeunes pour la plupart, qui attendent depuis plus d'une demi-heure dans le froid du Boulevard Sébastopol qu'ouvre le premier Easy Everything français. Lorsqu'on leur demande pourquoi ils font la queue, ce qui dans ce concept les pousse à poireauter pendant plus de 30 minutes, ils haussent les épaules, et répondent tous qu'ils ont été attirés par la pub, qu'ils veulent "voir à quoi ça ressemble". Première étape réussie pour les supermarchés du Web : la communication, les grandes affiches dans le métro, ont porté leurs fruits. A un tel point que parmi les impatients, nombreux sont ceux qui déclarent avoir Internet chez eux ou au bureau. Qu'importe : aujourd'hui, c'est la curiosité qui prime.

Hugh Tappazzini, responsable du groupe easyEverything en France, estime que comme à Londres, la boutique parisienne "sera pleine tous les après-midi, et utilisée à 15 % vers 6h00 du matin". Selon lui, ce premier établissement devrait être rentable avant la fin de l'année, avec une moyenne de 4 à 5000 clients par jour. Le cybercafé se rémunère de quatre façons : la vente de café, la publicité, les partenariats (avec Microsoft pour les logiciels de bureautique comme Word ou Excel accessibles sur les machines) et les sites partenaires, comme Jobline, Digitall.fr, sport.com et mviva. Le créateur et Pdg du groupe, Stelios Haji-Ioannou, a en revanche promis que son groupe ne tenterait pas de rentabiliser sa clientèle en constituant des bases de données d'adresses e-mail, et indiqué que "chaque boutique se contente de surveiller qu'il n'y a pas d'activité illégale, et filtre les accès en interdisant la consultation de sites pornographique".

L'endroit vaut effectivement le coup d'œil. A part quelques postes au rez-de-chaussée, on surfe ici sous terre. Les claviers sont alignés dans les couloirs chichement aménagés du sous-sol. Pas de fenêtres, une peinture blanche sur les murs et au plafond, et de longues rangées d'écrans plats posés contre des plaques de tek : 375 postes en tout. Sur chacun, outre l'écran, le clavier et la souris, on trouve une webcam, une prise d'entrée et une prise de sortie audio, un téléphone ainsi qu'un port USB pour y connecter des périphériques. Autant de services bienvenus, mais payants. Le prix de la connexion est cassé (jusqu'à 10frs les six heures en heures creuses), Easy Everything se rattrape donc sur les petits services facturés plus lourdement : 2frs l'impression en noir et blanc, 7frs le scan, 10frs l'utilisation de la webcam…

Personnel dépassé

Mais les services, ce sera pour plus tard. Plus de deux cents clients sont déjà en train de rédiger leurs e-mails. Le courrier, les chats sont largement majoritaires. Quelques uns cherchent un emploi, comme Kaya, 26 ans, qui a vendu son ordinateur au moment d'un stage, qui apprécie "les prix et l'accessibilité, la rapidité de l'accès", et estime que les Easy Everything sont des "monstres" qui "risquent de tuer les autres cyber-café". D'autres, assez rares, cherchent des jeux en réseau. Tous appellent à l'aide un personnel complètement dépassé par les événements. Marie, 20 ans, dont le poste refuse de se connecter et qui demande de l'aide depuis longtemps déjà, clame qu'elle voudrait avoir un "grand panneau help", avant d'aller directement s'adresser à Stelios Haji-Ioannou, fondateur des Easy Everything, qui s'était glissé au milieu des internautes. Seule solution, la déplacer, et la séparer de l'ami avec qui elle était venue surfer. Le personnel, en trop petit nombre comparé aux clients, n'a pas le temps de réparer.

Car si les internautes ont l'air satisfaits de cette connexion rapide et peu onéreuse, s'ils sont peu à se plaindre du manque total de confidentialité (n'importe qui peut voir ce qui se passe sur n'importe quel écran), le personnel a déjà l'air de souffrir. Easy Everything, ou la méthode McDo appliquée à l'Internet. Du côté des clients comme des employés.

Par Christophe ABRIC le 20 janvier 2001 à 15:15
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