Boucle locale : Les concurrents arrivent

Par Jean-Philippe BAY , le 10 février 2001 à 07h00 , mis à jour le 09 février 2001 à 16h52

L'autorité de régulation des télécommunications (ART) a imposé jeudi à France Télécom une grille des tarifs maxima pour la location de son réseau local par les autres opérateurs. Jusqu'à aujourd'hui aucun concurrent n'a pu proposé d'alternatives sur les tarifs locaux.

France Telecom se met aux stock-options © INTERNE

Les français auront-il droit à des tarifs concurrentiels sur les téléphones locaux ? Le récent avis de l'ART pourrait débloquer la situation. Le régulateur a donné jusqu'au 23 février à l'opérateur historique pour réduire ses prix accordés aux opérateurs désireux d'entrer dans les communications locales.

Le "dégroupage" du réseau local de France Télécom, c'est-à-dire l'ouverture de son accès aux concurrents privés, devait permettre de faire jouer la compétition sur le marché des communications téléphoniques locales et de l'Internet à haut débit. Or depuis le 1er janvier, aucune proposition concurrente n'est venue dans ce secteur qui est l'un des principales postes de bénéfice de France Telecom. La raison essentielle est le prix demandé par l'opérateur historique pour entrer dans cette fameuse boucle locale. L'ART a fixé à 95 francs le tarif maximum auquel France Télécom pourra louer une ligne "totalement dégroupée", sur laquelle un opérateur privé proposera de la téléphonie locale et de l'Internet. L'opérateur proposait un tarif initial de 112 francs et Cegetel demandait 70 Francs. D'après Jean-Louis Constanza, directeur général de Télé 2, le premier opérateur fixe-"alternatif", "tout le monde sait pertinemment que le coût d'une telle ligne est aux environs de 50 francs" Pour lui, il est clair que France Télécom traîne les pieds sciemment : "l'amortissement du réseau est fait depuis longtemps […]de plus, sur le terrain, l'opérateur historique complique les choses en nous submergeant de dossiers à remplir pour chaque demande de matériel"

Des tarifs encore trop élevés

"L'ensemble des dispositions retenues nous apparaissent comme étant pleinement dans la moyenne de ce qui se fait ou se prépare en Europe chez nos principaux voisins", a déclaré le président de l'ART, Jean-Michel Hubert. La grille maximale retenue par l'ART situe les prix d'accès des opérateurs privés au réseau local de France Télécom au-dessus de ceux pratiqués en Allemagne sur le réseau local de Deutsche Telekom, mais en-dessous de ceux fixés en Grande-Bretagne pour celui de British Telecom, a-t-il précisé.

Du côté de Cegetel, on affirme qu'aucune offre grand public ne pourra être faite avec ces tarifs et avec les difficultés techniques qui restent à résoudre. Le directeur général de Télé 2 est plus optimiste puisqu'il promet "une mise en place d'ici 4 à 6 mois d'une offre grand public accessible sur au moins 50% du territoire". D'après lui, cette offre devrait permettre à tous d'accéder à des communications locales à un prix en baisse de plus de 10 %. Quant à 9 TELECOM, l'opérateur se félicite de la décision prise par l’ART mais reste inquiet quant aux niveaux tarifaires proposés.
Seul opérateur satisfait : Mangoosta. le fournisseur d'accès ADSL  applaudit la décision de l'ART qui "repositionne les tarifs à des niveaux compatibles avec une réelle ouverture du marché" . Mangoosta estime néanmoins qu'"une marge de progression importante existe pour amener ces tarifs à un niveau véritablement orienté vers les coûts"
.

L'ART fait la loi

Les opérateurs privés avaient violemment dénoncé l'offre de prix présentée le 22 novembre 2000 par France Télécom pour la location de l'accès à son réseau local, en soulignant qu'elle se situait au-dessus de la moyenne européenne de 13 euros par ligne totalement dégroupée. L'ART et le secrétaire d'État à l'industrie, Christian Pierret, avaient eux-mêmes demandé à l'opérateur historique d'abaisser son prix. En fixant elle-même un tarif maximum au-dessus duquel France Télécom ne pourra aller, l'ART a usé d'un droit que lui confère depuis le 1er janvier une réglementation de l'Union européenne adoptée fin décembre à l'initiative de la présidence française des Quinze.

Par Jean-Philippe BAY le 10 février 2001 à 07:00
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