C'était il y a une quinzaine d'années. Le vinyle et la cassette audio s'essoufflaient, le marché du disque était en petite forme, quand est arrivé le sauveur : une galette d'une dizaine de centimètres de plastique, qui avait tous les avantages. Petit, facile à transporter, supposé inaltérable, souple d'utilisation, au son "parfait", le CD était fait pour régner. Ce qu'il a fait. Peu à peu, les ménages se sont équipés en platines CD et se sont constitué une discothèque. Le début d'un âge d'or pour l'industrie musicale, une ère d'insouciance qui a duré quinze ans… jusqu'à ce qu'arrive Internet et le MP3.
Le belle recette
"Une major, un artiste, deux ou trois radios populaires qui passent le morceau, le disque mis en avant à Carrefour et à la Fnac, et le tour est joué" |
"Les majors ont eu une belle recette, qui a fonctionné pendant quinze ans : un marché stable, en progression quasi constante, sans avoir a faire d'ajustements de prix… C'est rare", résume Emmanuel du Colombier, directeur de la communication chez Philips. Avant de caricaturer : "Une major, un artiste, deux ou trois radios populaires qui passent le morceau, le disque mis en avant à Carrefour et à la Fnac, et le tour est joué". "Pas si simple", répondent les maisons de disques, qui reconnaissent cependant qu'il leur faut désormais gamberger comme jamais pour composer avec les nouveaux acteurs du paysage musical : Internet, les MP3, Napster et ses nombreux successeurs.Embellir, enrichir le CD
"Ce qu'on achète, c'est un produit, un ornement, ce qui accompagne et donne une valeur matérielle à la musique" |
Comment pousser les gens à acheter un CD, alors qu'ils peuvent, en fouinant un peu, télécharger la musique gratuitement sur Internet ? Il faut d'abord donner envie du CD comme objet, donc jouer sur l'attachement au produit, en soignant le packaging, en accompagnant le disque d'un livret étoffé et joliment mis en page. Ou, plus subtil encore, en ajoutant des vidéos que l'on pourra lire sur son PC. En résumé, donner le sentiment à l'acheteur qu'il obtient vraiment plus en payant pour le CD qu'en téléchargeant gratuitement les morceaux sur Napster. Car, comme l'explique Kaan Yigit (voir notre interview), "on n'achète jamais vraiment de la musique, il y a tellement d'autres moyens de l'écouter (radio, amis, téléchargement). "Ce qu'on achète, c'est un produit, un ornement, ce qui accompagne et donne une valeur matérielle à la musique".Ne pas ignorer le web
"Internet est très important en termes d'image pour l'artiste et de stimulation pour l'acheteur" Thomas Baudreux, BMG |
Deuxième étape : se servir du Web comme d'un support publicitaire, un outil marketing. Thomas Baudreux, directeur nouveaux médias chez BMG, reconnaît que c'est une étape essentielle : "Ma présence sur Internet ne fait pas directement vendre, et ne suffit toujours pas, parce que ce n'est pas encore un mass-média en France. Mais c'est très important en termes d'image pour l'artiste et de stimulation pour l'acheteur". Un nouvel artiste n'est plus lancé sans un site associé, et même la vieille garde se met à jour : Alain Souchon s'est par exemple fait faire un joli site en Flash.Le Daft Club
Dernière stratégie, lier Internet et le CD. Il y avait eu, l'an dernier, quelques tentatives en ce sens. BMG avait organisé sur son site un concours de remixes d'un morceau de Jay-Jay Johannson : "Les musiciens nous soumettaient leurs créations sur le site, et les morceaux gagnants ont été publiés sur un maxi de l'artiste. Il s'agissait de solliciter les gens, de développer l'interactivité". Mais la petite révolution en la matière est venue des Daft Punk. Le mois dernier, ils ont présenté le "Daft Club", fan club sur Internet auquel il ne sera possible d'accéder qu'avec le CD et la carte de membre qui l'accompagnera. Une fois dans le club, on aura accès à des contenus inédits, remixes, vidéo-clips… Comme si le CD pouvait de moins en moins se passer d'Internet : on a toujours besoin d'un plus petit média que soi.