L'éternel problème du prix

Par Christophe ABRIC , le 05 mars 2001 à 03h25 , mis à jour le 05 mars 2001 à 03h53

Tous ceux qui téléchargent des MP3s vous le diront : les CD sont trop chers, trop d'argent pour les majors, pas assez pour les artistes… Pourquoi un CD coûte-t-il tant ? Est-il possible d'en baisser le prix ? Et la musique en ligne, à quel prix devra-t-elle être vendue ?

Billets © INTERNE

"Lors de l'avènement du CD, le 33T coûtait 70 francs. Les premiers CD étaient quant à eux à plus de 120 francs. Quand on regarde aujourd'hui, les prix n'ont pas bougé... (…) Les maisons de disques payent mal les artistes. (…) Je ne peux que comprendre le concept Napster où la gratuité donne envie d'écouter de la musique. Acheter un disque par mois, c'est cher pour un étudiant ou un chômeur". Cet avis, laissé par un internaute sur tf1.fr, résume un sentiment croissant chez une grande partie du public, en particulier les jeunes : Napster n'est qu'une revanche contre les maisons de disques, qui pourraient baisser le prix des CD et mieux rémunérer les artistes. En téléchargeant des morceaux gratuits, les internautes ont moins l'impression de voler les artistes que de flouer les majors, qui se feraient des gros sous sur le dos de ces derniers.

Le CD n'est pas une poule aux oeufs d'or
 
Les maisons de disques, grosses majors comme petits labels indépendants, expliquent toutes que ce n'est pas si simple : il faut non seulement rémunérer l'artiste, mais aussi assurer sa promotion, non seulement fabriquer le CD, mais aussi la pochette et le livret. Suivent la distribution, le marketing, les frais publicitaires, la distribution, les taxes… Autant de choses qui font que le CD n'est pas, selon les

 
maisons de disques une poule aux œufs d'or. Rémi Bouton, directeur des nouveaux médias pour Naïve (indépendant), explique qu'il "faut bien donner les moyens, non seulement aux artistes, mais à tous les acteurs du marché, de faire leur métier", avant de donner pour exemple sa société : malgré ses 100 millions de francs de chiffres d'affaires, Naïve n'est toujours pas bénéficiaire.

Mais est-il vraiment impossible de baisser ce prix ? Les indépendants accusent les majors de profiter de la grande concentration sur ce marché et d'imposer ainsi leurs règles et leurs prix. On sent qu'une volonté existe pourtant : preuve en est le combat mené depuis plusieurs années par le Snep (syndicat des producteurs) pour faire baisser à 5,5% la TVA sur les disques. Ou les quelques tentatives de lancement d'un CD à prix réduit : en 1996, Dreamworks (label fondé par Steven Spielberg) avait sorti le premier album de Eels à 70 francs, et l'opération avait été un succès. Certes, répondent les maisons de disques, mais ce n'est pas tenir compte de la prise de risque sur certains artistes, de la vitesse à laquelle il faut vendre les produits, ou des royalties énormes demandées par certaines stars.

Quel prix pour la musique en ligne ?

Autant d'excuses qui risquent de ne plus tenir lorsqu'il s'agira de vendre la musique en ligne. Dans les premiers projets des majors, on parle de vendre un morceau de 15 à 18 francs. Mais comment justifier un tel prix, alors qu'il y aura moins d'intermédiaires et plus de support physique. Un casse-tête à venir pour les maisons de disques… Mais il y a pour l'instant plus urgent : il faut continuer à vendre des CD


 

Par Christophe ABRIC le 05 mars 2001 à 03:25
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