Napster va filtrer

Par Christophe ABRIC , le 04 mars 2001 à 19h48 , mis à jour le 02 mars 2001 à 20h12

Le juge Patel a entendu vendredi pendant deux heures Napster et ses adversaires, et ne prendra une décision sur l'avenir du logiciel que la semaine prochaine. L'avocat de Napster a promis que la société bloquerait dès ce week-end le téléchargement de fichiers musicaux protégés par les droits d'auteurs. Napster espère éviter la fermeture, qui reste l'objectif ultime des majors.

Vigentte Napster def © INTERNE

Retrouvez dès lundi notre dossier sur l'avenir de la musique en ligne

"Nos techniciens ont travaillé jour et nuit, ces dernières semaines, pour trouver un moyen de bloquer l'accès aux fichiers protégés par le droit d'auteur". C'est David Boies, l'avocat de Napster, qui parle. Face au juge Patel, qui décidera ou non de l'arrêt du logiciel d'échange de fichiers musicaux, il abat sa dernière carte : Napster est prêt à rentrer dans le rang, à ne plus favoriser le piratage. Napster peut continuer dans la légalité. Boies a annoncé vendredi soir que la société pourrait, dès ce week-end, mettre en place un système de filtrage, qui empêchera le téléchargement d'au moins un million de fichiers protégés par le droit d'auteur.

Les majors contre Napster

Napster est un logiciel qui permet à des particuliers de s'échanger, via le réseau, des fichiers MP3, des morceaux de musique compressés. L'industrie du disque, représenté par la RIAA (Recording Industry Association of America), lui reproche de violer les droits d'auteurs en favorisant l'échange gratuit de ces fichiers. Cinq majors ont d'abord porté plainte contre Napster : réunies, elles détiennent 90% de la musique mondiale. Seul Bertelsmann a retiré sa plainte… après avoir racheté Napster, misant ainsi sur le logiciel comme l'avenir du marché de la musique. Mais les quatre autres (Warner, Sony, Universal et EMI) ne veulent rien entendre, et continuent de demander la fermeture du site.

Le juge Patel a écouté Napster, puis ses adversaires, les majors (EMI, Warner, Sony Music et Universal Music). Celles-ci ont produit, comme il leur était demandé, une liste de chansons téléchargées illégalement grâce à Napster. 6.500 morceaux : une liste importante, mais bien loin d'être exhaustive. Les majors attendaient du juge qu'elle ordonne sur le coup la fermeture de Napster. Elles ont été déçues.

Le juge s'est en effet donné quelques jours pour donner sa décision. Un dernier appel d'air pour Napster, qui pourrait mettre à profit ce bref délai pour prouver sa bonne foi et donc continuer à exister. Un délai de plus pour ses adversaires, qui comptent bien mettre à mort leur ennemi. Elles ont ainsi exhorté le juge Patel à ne pas reporter la publication de son ordonnance, afion de ne pas laisser le temps à Napster de trouver une issue technique à ses démélés avec la justice.

Napster fermé ou pas, les débats de ce soir ont changé la donne. Que Napster survive ou non, l'échange libre de MP3 via son logiciel fait partie du passé. Nombreux sont les utlisateurs qui fuiront vers d'autres logiciels d'échanges de fichiers : ceux-ci, face au destin chancelant de Napster, se sont multipliés ces derniers mois. Entre BearShare, LimeWire, Newtella et AudioGalaxy, les amateurs de musique gratuite n'ont que l'embarras du choix.

Pour Napster, une période difficile commence. Si la justice la laisse vivre, elle devra s'atteler à la mise en place d'un système d'abonnement, qu'il sera difficile de vendre à ses utilisateurs habitués au gratuit.

Par Christophe ABRIC le 04 mars 2001 à 19:48
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