Napster payant... est-ce bien raisonnable ?

Par Christophe ABRIC , le 05 mars 2001 à 02h13 , mis à jour le 05 mars 2001 à 02h45

Napster est prêt à rentrer dans le rang, à bloquer les titres protégés, et va mettre en place un système d'abonnement. Mais comment convaincre ses utilisateurs de payer ce qu'ils ont eu à l'œil ?

Napster et les dollars © INTERNE

Napster a pesé le pour et le contre, a fait des études, a conclu qu'une partie non négligeable de ses utilisateurs était prête à payer un abonnement pour pouvoir continuer à télécharger. Soit. Mais ce n'était que la partie visible de l'iceberg : le plus dur reste à faire.

Payer pour un service médiocre ?

Napster payant se doit d'être irréprochable. Plus de morceaux tronqués, une connexion stable... Mission impossible ?
D'abord, il faudra améliorer le service. Rémi Bouton, des disques Naïve, se demande si "les utilisateurs toléreront les nombreux défauts de Napster s'ils payent pour le service. Les téléchargements lents, la mauvaise qualité des compressions, les morceaux tronqués… tout cela passe si le téléchargement est gratuit. Mais lorsque l'on paye pour un service, on s'attend à ce qu'il soit irréprochable". Or, corriger ces défauts est impossible, tant que le système repose sur un échange de fichiers entre particuliers. D'autant que Napster ne semble pas s'engager dans cette voie : la société prévoit, lorsque l'accès en deviendra payant, de limiter la qualité des morceaux téléchargeables (à 128 kbps), la vitesse de transmission, et de faire payer une charge pour pouvoir graver le morceau téléchargé. Autant de contraintes qui risquent de rebuter les candidats à l'abonnement.

L'impossible accord

"On ne choisit pas sa musique en fonction de la maison de disque. Il va bien falloir qu'un jour ou l'autre, les différentes parties s'entendent"
Thomas Baudreux, BMG

Ensuite, il lui faut réussir à passer un accord avec les quatre majors qui veulent sa mort. En effet, qui serait prêt à payer un abonnement pour avoir droit au téléchargement des seuls catalogues de Bertelsmann (qui a racheté Napster l'an dernier) et de quelques maisons de disques indépendantes ? Or, la partie est loin d'être gagnée. Preuve en est la création de Duet, société qui gérera la mise en ligne des catalogues de Sony Music et de Vivendi Universal.

Napster payant risque donc d'être un bide. Mais Duet, et toutes les initiatives isolées risquent de l'être aussi. Car, comme l'explique Thomas Baudreux, directeur nouveaux médias chez BMG, "on ne choisit pas sa musique en fonction de la maison de disque. On ne préfère pas les disques BMG aux disques Sony… Il va bien falloir qu'un jour ou l'autre, les différentes parties s'entendent". Et qu'elles réfléchissent ensemble à un modèle économique applicable à la musique en ligne. "Pour l'instant, nous en sommes encore aux expérimentations", estime Thomas Baudreux. "Il va nous falloir habituer les générations futures à la musique dématérialisée, à la musique à la demande… Et réfléchir à de nouvelles façons 'd'habiller' la musique. Car les gens achèteront toujours une image autant que des chansons".

Par Christophe ABRIC le 05 mars 2001 à 02:13
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