Les internautes américains submergés par les e-mails

Par Jean-Philippe BAY , le 28 mai 2001 à 07h00 , mis à jour le 23 mai 2001 à 18h25

Offres pour perdre du poids, gagner un million ou visiter un site pornographique, les courriers publicitaires non sollicités, plus couramment appelés "spam", submergent les boîtes aux lettres des internautes américains, sans que les autorités fédérales ne se décident à légiférer.

E-mail baladeur : la suite © INTERNE

Malgré des lois de plus en plus restrictives pour les publicitaires du Net, il ne fait pas bon laisser son e-mail sur certains site Web. Revendu à des milliers d'entreprises, une boite à mails se transforme très rapidement en dépotoire à publicités. "Il y a 24 millions de petites entreprises aux États-Unis", notait récemment Scott Hazen Mueller, président du CAUCE, une association anti-spam. "Si seulement 1% de ces entreprises vous envoyaient juste un e-mail publicitaire par an, cela vous en ferait 657 par jour dans votre boîte aux lettres."
De fait, il n'est pas rare qu'un internaute reçoive quotidiennement des dizaines de "spams". Un raz-de-marée qui s'explique d'abord par le faible coût d'une campagne publicitaire sur l'Internet.

L'email ça coute moins cher...

Selon une étude menée en janvier par l'Union européenne, le prix moyen d'une telle campagne aux États-Unis revient à 10 cents environ pour chaque envoi, alors que le coût d'un mailing par les services postaux varie entre 50 cents et 1 dollar l'unité expédiée. En outre, 18% des internautes cliquent sur ces courriers électroniques publicitaires pour les consulter, alors que le taux de consultation des bannières publicitaires sur Internet plafonne, selon Forrester Research, à 0,65%.

... juste pour les publicitaires.

Si le spam est un outil pratique et peu onéreux pour l'expéditeur, il coûte en revanche très cher aux destinataires. La Commission européenne estime "au bas mot autour de 10 milliards d'euros les seuls coûts supportés par les internautes", en raison notamment du temps de connexion passé à charger, puis à lire ces messages. Quant aux fournisseurs d'accès, "cela leur coûte en terme de bande passante, de logiciels de filtrage, de matériel et de personnel qui traitent ces mails supplémentaires, en terme également de clients mécontents", qui quittent leur fournisseur d'accès, tenu pour responsable de cette marée d'e-mails superflus, explique John Mozano, vice-président du CAUCE. Une société comme AOL estime que 30% des e-mails qui transitent par son réseau sont des courriers commerciaux non sollicités.

Des moyens juridiques encore insuffisants

De plus en plus de fournisseurs utilisent des filtres, afin de bloquer l'accès de ces courriers à leurs abonnés. Mais, s'indigne John Mozano, "vous ne devriez pas avoir à payer pour vous protéger du marketing abusif". De nombreux internautes réclament donc une législation fédérale. Car si une vingtaine d'Etats disposent de lois anti-spam, qui permettent de condamner les "spammeurs" à des amendes (tarif moyen 10 dollars par mail non sollicité), ces lois, limitées géographiquement, "sont loin d'être efficaces", selon John Mozano. Interdiction pour l'expéditeur de maquiller son adresse et l'objet de son message, fortes amendes, possibilité pour les particuliers de poursuivre un "spammeur" en justice... Plusieurs projets de lois ont déjà été discutés au Congrès en vue de limiter la diffusion du spam, mais aucune loi fédérale n'a encore été votée. En attendant les poubelles virtuelles continuent à se remplir.

Par Jean-Philippe BAY le 28 mai 2001 à 07:00
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