Internet franchit les barreaux

Par , le 30 juillet 2001 à 08h58 , mis à jour le 30 juillet 2001 à 09h20

La Maison d'arrêt de Strasbourg se lance sur le Web. Si ce site constitue une première en France, à l'étranger d'autres prisons vont déjà beaucoup plus loin dans leurs relations avec la toile.

prison © INTERNE

Pour la première fois en France, une prison s'affiche sur le Web. Plan de cellule, photos des bâtiments, emploi du temps des détenus, menus, salaires des surveillants : la maison d'arrêt (MA) de Strasbourg a décidé, de sa propre initiative, de jouer la carte de la transparence. Une transparence peut-être un peu trop "proprette", eu égard aux photos qui font plutôt penser à un camp de vacances qu'à un pénitencier. Mais là n'est pas la question. Pourquoi ce site ? "C'est avant tout pour répondre à une attente du public, c'est aussi notre manière de participer au débat citoyen actuel sur les prisons" explique Dominique Zins, directeur de l'établissement. Mission réussie avec, en moins d'un mois d'existence, plus de 10 000 visites.

"C'est une bonne manière de mettre en valeur ce que certains détenus savent faire. Derrière chaque crime ou délit, il y a aussi un homme ou une femme avec ses sensibilités".

Après consultation du site et retrait d'une ou deux photos susceptibles d'aider à des évasions, la Chancellerie a donné son feu vert à l'exploitation du site. Un site qui ne devrait cesser de s'enrichir dans les prochains mois. Déjà, des textes ou poèmes écrits par des détenus ont été mis à disposition des internautes. "C'est une bonne manière de mettre en valeur ce que certains détenus savent faire, explique M. Zins. Derrière chaque crime ou délit, il y a aussi un homme ou une femme avec ses sensibilités. Nous voudrions aller plus loin en créant des documents sonores, en réalisant des films en interne également".
 
Par ailleurs, dès septembre devrait être lancé un forum où les internautes pourront poser leurs questions aux prisonniers. Les professeurs les poseront aux détenus qui répondront ensuite de manière collective. Mot d'ordre : l'anonymat. Pour l'heure donc, les détenus n'ont pas d'accès direct à la toile. "Nous permettons une expression libre des détenus mais qui doit rester compatible avec la vie en prison, c'est-à-dire que nous relisons leurs textes avant diffusion pour éviter tous messages codés".

De là à en venir aux parloirs en ligne, il n'y a plus qu'un pas que de nombreuses femmes de détenus seraient prêtes à franchir. "Cela arrivera peut-être un jour, mais avec ce genre de projet, il faut se hâter lentement, freine M. Zins. Par contre nous commençons déjà à réfléchir à la possibilité de réserver ses heures de parloir en ligne".

Des détenus transformés en animateurs radio

Au Québec, les Souverains Anonymes –nom donné aux prisonniers incarcérés dans le pénitencier de "Bordeaux"- ont une nette longueur d'avance sur les détenus du monde entier. Depuis 1990, ils animent eux-mêmes à l'intérieur de leurs murs une émission de radio avec des invités célèbres, comme Céline Dion… Leurs textes et poèmes sont mis en ligne sur leur site Internet : un site vivant d'une remarquable qualité graphique. Avant-gardiste, le site diffuse également des CV de prisonniers pour préparer leur réinsertion et permet aux internautes de correspondre avec plus de 50 Souverains. Objectif : favoriser l'ouverture des personnes incarcérées vers la communauté dans une correspondance constructive.

Un PC dans sa cellule

Une expérience pilote de réinsertion via le Web est également en cours au pénitencier cantonal de La stampa, près de Lugano en Suisse. Dans cet établissement réputée pour sa souplesse, une trentaine de détenus (sur les 130) possèdent un PC dans leur cellule, relate un article paru sur webdo. Une initiative jugée particulièrement enrichissante pour les détenus car elle leur donne les moyens de mettre en pratique leurs cours d'informatique ou de préparer des messages destinés à Panopticon, le site Internet de la prison. A l'instar de Carlos, détenu depuis sept ans, qui n'y connaissait rien en informatique et qui a conçu une agence immobilière virtuelle adaptée à la mégalopole latino-américaine dont il est originaire et qu'il regagnera en octobre. Sur ce site, se trouvent pêle-mêle des informations générales, des statistiques et un forum intitulé "La voix du détenu", dans lequel les prisonniers peuvent notamment faire des offres à de futurs employeurs.

Autres initiatives intéressantes sur Internet

-L'Observatoire international des prison (OIP) …. La ministre de la Justice s'est entourée d'un Conseil d'orientation stratégique chargé d'émettre des avis sur le contenu de la nouvelle loi pénitentiaire en cours de rédaction. Elle a également initié une consultation des personnels pénitentiaires et intervenants extérieurs. Les détenus et leurs proches ayant été écartés de la consultation, l'OIP a envoyé plus de 600 questionnaires à leur intention. Les résultats seront publiés sur le site.

-Le GENEPI est une association d'étudiants bénévoles qui contribuent à la réinsertion des personnes incarcérées en animant des ateliers en prison (cours et activités) et en faisant de l'information et de le sensibilisation du public.

-Le site du photographe américain Chris COZZONE qui offre une galerie de photos magnifiques sur les prisons US.

- Un journal intime de détenu en ligne. Jusqu'à Présent, la seule initiative originale un peu connue en France sur le Web concernait le basque Gabi Mouesca, qui depuis sa cellule alimentait régulièrement jusqu'à la semaine dernière (moment de sa libération) un journal intime en ligne. Envoyé par courrier à ses amis, les textes étaient mis tels quels sur le site, certains propos acerbes ont d'ailleurs suscité de vives réactions du côté des institutions mais jamais au point de lui interdire cette expérience inédite.

Par Alexandra Guillet le 30 juillet 2001 à 08:58
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