Espions malgré eux

Par Franck LEFEBVRE , le 21 août 2001 à 07h00 , mis à jour le 20 août 2001 à 19h33

Les Web bugs, ces "mini-espions" de la taille d’un pixel, se répandent. Selon une étude de la société Cyveillance, leur nombre a été multiplié par 5 au cours des trois dernières années. Premières visées : les pages perso, qui peuvent être "contaminées" par les bannières de leur hébergeur.

famille ordinateur © INTERNE

Ils sont silencieux, invisibles… et ils recueillent à l’insu de tous des masses de données sur les internautes. "Ils", ce sont les Web bugs – les plus petits, mais non les moins efficaces, des mouchards qui écument la Toile. Un Web bug se présente en effet sous la forme d’une image de la taille d’un pixel. Indétectable à l’œil nu, il déclenche un programme qui va enregistrer, à l’insu de l’internaute, diverses informations sur son propre disque dur sous forme de cookies : adresse IP, type de navigateur, site visité précédemment…


18 % des pages contaminées sont
des pages perso - DR
Ces mouchards microscopiques se développent. Une étude de la société
Cyveillance, publiée récemment, suggère même une véritable explosion : depuis 1998, la proportion de pages Web contenant un de ces "mini-espions" aurait été multipliée par cinq. Cyveillance, spécialisée dans les techniques de surveillance du Net, a testé un million de pages. Selon la société, 3,9 % contiennent des Web bugs. Parmi les pages contaminées, on trouve… 8 des pages d’accueil des 50 sites de marques les plus visités. On peut légitimement se demander de quelle manière les sites concernés réutilisent les informations ainsi collectées… Mais – fait significatif – 18 % des pages infectées ne sont autres que… des pages personnelles. Il y a trois ans, la proportion de pages perso infectées n’était que de 0,5 %...

A quoi servent les Web bugs ?

La plupart de ces Web bugs sont installés à l’insu des webmasters, qui participent ainsi malgré eux à cette surveillance du Net. La raison : beaucoup de ces pages personnelles sont hébergées gratuitement. En échange de cette gratuité, les webmasters doivent la plupart du temps afficher des bannières – et c’est précisément sur ces bannières que se cachent les fameux mouchards.

Bien évidemment, les groupes de défense des libertés individuelles s’inquiètent de l’usage des informations ainsi collectées. Elles peuvent notamment servir à mieux "cibler" les bannières publicitaires. Voire même à rétribuer les webmasters qui renvoient des clients vers leur hébergeur – c’est ainsi qu’Andrew Weinstein, porte-parole d'AOL, justifie dans les colonnes du New York Times l’emploi des Web bugs. Reste que rien ne permet aujourd’hui de contrôler le devenir de ces informations…

Par Franck LEFEBVRE le 21 août 2001 à 07:00
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