© INTERNEOn croirait presque à une mauvaise farce. En tout cas, elle n’a pas fait rire le juge Mark Shurtleff. Au cours des derniers mois, il a reçu plusieurs centaines de lettres de citoyens de l’Utah lui demandant d’être clément vis-à-vis de la firme Microsoft, toujours sous le coup d’une procédure judiciaire pour atteinte à la loi antitrust. Parmi ce flot de missives, au moins deux provenaient de personnes décédées… Mais ces lettres d’outre-tombe ne sont que la partie émergée d’une vaste campagne de lobbying organisée à l’échelle des Etats-Unis : à l’instar du juge Shurtleff, les magistrats de 18 Etats américains ayant pris part aux poursuites contre Microsoft se sont vus inondés de messages pro-Microsoft – venus, parfois, de villes inexistantes.
Cette campagne émane d’un groupe directement lié à la firme de Redmond. Son but est de faire croire à un soutien massif et spontané de la part des utilisateurs américains des produits Microsoft. Interrogés sur leurs pratiques de lobbying, les responsables de la firme de Redmond invoquent les campagnes organisées précédemment par les détracteurs de Microsoft. "Voilà des années que des compagnies comme AOL, Oracle, Sun Microsystems attaquent régulièrement Microsoft, affirme le porte-parole de la firme, Vivek Varma. Alors, il ne faut pas s’étonner si les entreprises et les groupes qui sont proches de Microsoft organisent un contre-lobbying." Et il est vrai que les détracteurs de la firme de Bill Gates, par le passé, n’ont pas lésiné sur les moyens : Oracle, par exemple, avait engagé un détective privé qui n’a pas hésité à chercher des informations jusque dans les poubelles d’un groupe de soutien à Microsoft…
"On m’a trompé"
La société n’a pas tardé à contre-attaquer, par le biais d'organisations comme ATL (Americans for Technology Leadership). Ce groupe financé par Microsoft s’est spécialisé dans le démarchage par téléphone. Motif invoqué : une enquête d’opinion sur Microsoft. Si, au cours de l’entretien téléphonique, la personne interrogée s’avère favorable à la firme de Bill Gates, elle recevra par la suite une lettre de soutien à signer et à envoyer au juge fédéral de son Etat, au président Bush et aux membres du Congrès.
Une campagne très organisée qui, aux Etats-Unis, n’est pas unique en son genre. Mais elle risque de se retourner contre Microsoft. Outre les cas difficilement justifiables de lettres portant les noms de citoyens américains morts et enterrés, ou provenant de villes inexistantes, on note aussi des cas de signataires pris de remords après avoir renvoyé la missive de soutien à Microsoft. "On m’a trompé", écrit l’un d’eux dans une lettre d’excuse. De quoi jeter le doute sur la popularité réelle de Microsoft auprès de ses utilisateurs…
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