Devine qui t'écrit ?

Par Christophe ABRIC, le 17 mars 2002 à 16h49 , mis à jour le 15 mars 2002 à 17h17

Slate, magazine en ligne américain, a publié pendant une semaine le journal du président de BMW pour les Etats-Unis… avant de se rendre compte que l'homme n'était qu'un imposteur. Ou la victime d'une imposture ?

SLate faux mail © INTERNE

Dans le long article relatant leur mésaventure, les rédacteurs de Slate font référence à un dessin montrant un chien assis face à un PC et expliquant que "sur l'Internet, personne ne sait que vous êtes un chien". Et personne ne peut dire si vous êtes vraiment le directeur de BMW pour le marché de l'Amérique du Nord.

Adresse professionnelle

Une des rubriques du magazine on-line, "Diaries", propose à un particulier de raconter sa semaine au jour le jour. Après quelques échanges par e-mail, la rédaction accepte la participation d'un certain Robert Klingler, qui se présente comme le directeur de BMW pour les Etats-Unis. Après quelques mails envoyés depuis une boîte AOL, le dit Klingler adresse à la rédaction un mail depuis son adresse professionnelle, rk@ceo.na.bmw.com : la rédaction ne se pose, alors, pas de question, même lorsque leur correspondant leur demande de garder leurs échanges confidentiels et de ne lui répondre que sur sa boîte personnelle.

Seulement, au deuxième jour de parution du "Diary", Slate appelle BMW, qui leur apprend qu'aucun Robert Klingler ne travaille ni n'a travaillé pour eux. Le journal suspend la publication, et entame de longues recherches sur l'imposteur. Il serait trop long de toutes les détailler ici, mais les surprises furent nombreuses.

Fondation bidon, double mariage...

En fouillant un peu, le "header" de l'e-mail "professionnel", ils s'aperçoivent que celui-ci ne venait pas de bmw.com, mais de indianconsulting.com, un nom de domaine enregistré par un certain Ravi Desai, un homme au passé lourd en supercheries. Ils apprennent ainsi qu'encore marié à Jennifer Desai, il a épousé une certaine Christine Klingler en avril 2000 (d'où le Robert K.). Mais aussi que des universités ont organisé des soirées en son honneur après des promesses de don faramineuses qui n'ont jamais été payées, que Desai a fondé une fondation bidon ou se vante d'avoir grimpé jusqu'au sommet de l'Everest…

Inquiète d'avoir été ainsi dupée, la rédaction de Slate n'ose plus croire, dans l'article qui résume l'affaire, à quoi que ce soit. Précautionneux au possible, les journalistes expliquent qu'ils ne sont même pas sûrs que Klingler et Desai soient la même personne, ou que Desai est peut-être lui-même victime d'un canular, quelqu'un ayant emprunté son nom pour duper Slate. Paradis de l'anonymat, l'Internet peut facilement rendre parano…

Par Christophe ABRIC le 17 mars 2002 à 16:49
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