© INTERNELes vices et vertues des jeux vidéos divisent toujours les spécialistes. Pour les uns, ils sont à l'origine de tous les maux -violence des jeunes en tête- pour les autres, les jeux sont un moyens de canaliser l'agressivité. Interview croisées de deux psychothérapeutes pour qui les jeux vidéos sont au coeur de leur activité.
Michael Stora : "je soigne les accros aux jeux vidéos"
tf1.fr : Quelles sont les personnes que vous soignez ?
Michael Stora : Il s'agit souvent d'hommes de 15 à 50 ans, mais les femmes sont aussi touchées. La plupart du temps, ils se présentent pour d'autres symptômes et au fil de la discussion, il apparaît que les jeux informatiques ont pris une importance considérable dans leurs activités.
A partir de combien d'heures peut-on être considéré comme un accro du jeu ?
Le temps du jeu n'a rien à voir avec le temps réel. Pour cette raison, certains joueurs ne se rendent pas compte du temps qu'ils passent sur un jeu. A partir de 5 heures par jour, on peut considérer que l'activité pose problème car elle coupe le joueur de l'activité sociale.
Quelles pathologies sont créées par les jeux ?
Le paradoxe est que les jeux informatiques ne créent pas de pathologie. Ils sont en fait un révélateur pour d'autres problèmes plus profonds. Jouer, c'est faire "comme si". A partir du moment où les personnes ne font plus la différence, le jeu informatique devient un symptôme.
La violence de certains jeux constitue-t-elle un problème de plus ?
Dans une société qui refuse la violence, le jeu vidéo canalise et décharge l'agressivité. D'un point de vue psychologique, l'agressivité est saine.
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Bernard Guillot : " Les jeux vidéos font partie de mes outils professionnels "
tf1.fr : Quelles sont les personnes que vous soignez avec les jeux ?
Bernard Guillot : Principalement des enfants, des personnes déprimées et/ou âgées. Les jeux sont un moyen d'entrer en communication avec eux. Ils ont un effet spectaculaire même avec des sujets difficiles. Pour certains enfants atteint d'autisme à un niveau modéré, Les jeux vidéo peuvent servir de lien de communication. Chez les psychotiques, le jeu permet aussi d'introduire une autre personne dans la relation thérapeutique. Ce point est très important car la plupart des psychotiques veulent une relation privilégiée avec leur thérapeute. En faisant intervenir un autre enfant qui peut l'aider à progresser dans le jeu, cela leur apporte un début de socialisation.
Quels sont les jeux que vous utilisez ?
Cela dépend du public. Chez les jeunes, Tomb Raider permet de détecter des aptitudes : on voit si la personne est curieuse, patiente, si elle sait prendre des initiatives. J'utilise aussi Rally championship, Flight simulator… Le jeu informatique n'a pas de vertu thérapeutique mais permet de cerner les personnalités.
Et vous obtenez des résultats ?
Je me suis cassé les dents avec des thérapies difficiles sur des personnes atteintes de toxicomanie. Les jeux m'ont permis d'obtenir de bien meilleurs résultats. Ils mobilisent l'attention de ces personnes, ont des vertus apaisantes et "vident" la tête.
Et il n'y a pas de contre-indication ?
La seule c'est l'épilepsie. Même pour les personnes qui sont accros, les séances sur des jeux permettent de leur faire prendre consciences de leur problème. Le dialogue est favorisé car la complicité s'installe immédiatement entre le thérapeute et son patient.
Le colloque "pour ne plus avoir peur des jeux vidéo" aura lieu le 16 mars à Paris, renseignements : omnsh@free.fr
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