© INTERNEL'interview du directeur de l'office européen des brevets
Le monde de l'informatique en Europe est en effervescence depuis quelques semaines. Les instances européennes voudraient modifier le droit qui régit la diffusion des logiciels sur le marché européen.
Jusqu'ici, seul le droit d'auteur garantissait aux programmeurs de ne pas voir leurs créations copiées par d'autres. La commission européenne voudrait aujourd'hui rajouter la protection par brevets qui excluait jusqu'à aujourd'hui les programmes informatiques. Une proposition de directive a été déposée par la commission et devrait être présentée sous peu au vote du parlement européen et au conseil des ministres des Quinze.
Un texte flou
Cette proposition de directive inclus les logiciels dans le cadre des brevets. Contrairement à la position américaine -qui a autorisé par exemple British Telecom a déposer un brevet sur les liens hypertextes- les brevets européens ne seraient accordés qu'à des inventions qui apportent une innovation technologique. De plus, ces logiciels ou fonctions informatiques devront avoir un effet technique avéré : l'amélioration de la qualité d'une image compressée sera brevetable mais le fait de compresser une image ne pourra faire l'objet d'un brevet. Globalement, il ne sera pas possible de déposer un brevet sur une fonction d'un logiciel mais sur l'amélioration d'une fonction. Malheureusement, l'effet technique et le caractère innovant n'ont pas été définis dans les textes proposés. Cette tache devra donc être précisée par les juges, souvent favorables aux acteurs de poids (qui disposent d'un service juridique important).
Question de survie
Évidemment, les brevets ne sont pas gratuits et demandent une véritable démarche de l'auteur de l'innovation (ce qui n'est pas le cas du droit d'auteur). Les acteurs du monde des logiciels gratuits ou en shareware s'opposent donc fermement aux brevets qui, selon eux, ne profiteraient qu'à de grosses sociétés et empècheraient leur travail. A leur crédit, il est difficilement imaginable pour un programmeur de shareware de faire des recherches de licences pour savoir s'il peut commercialiser son programme.
Ces brevets vont aussi totalement à l'encontre de la philosophie de Linux : si certains programmeurs commencent à déposer des brevets sur des innovations concernant le système d'exploitation Linux, il deviendra impossible de faire évoluer ce système de façon gratuite, un des points essentiels de son succès.
Face à ces réticences, le gouvernement français, par la voix de Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, a fait connaitre son désacord sur le projet de la commission. Noêl Mamère et Jean-Pierre Chevènement se sont opposés au projet... La campagne de lobbying est lancée !
Comparaison brevet logiciel/droit d'auteur |
Droit d'auteur | Brevet logiciel |
| Pour protéger un programme informatique, les auteurs disposent aujourd'hui du droit d'auteur. Il empêche qu'un code soit copié par une autre personne sans son accord et pour en tirer profit. Le copyright permet néanmoins de créer des programmes équivalents : ainsi, il existe aujourd'hui plusieurs façons d'afficher une page Web et différentes méthodes pour créer un système d'exploitation. | Le brevet protége un auteur ou une société de la copie d'un procédé technique. Il empèche non seulement de copier un code source (un programme) mais aussi de reproduire une fonction innovante sans y ajouter une nouveauté. (définition européenne si la proposition actuelle est votée).Aux Etats-Unis, la notion d'innovation n'existe pas pour les brevets, ce qui en explique les dérives. |
Le droit d'auteur est accessible quelque soit la politique de publication de l'auteur. Il peut ou non divulguer son texte. Ces droits seront préservés. | La confidentialité de la création (toute innovation divulguée ne peut être brevetée) doit être préservée jusqu'à l'obtention du brevet. |
Le droit d'auteur permet de toucher une rémunération pour chaque copie de son "œuvre" et protège l'œuvre même après la mort de son auteur par le système des ayants-droits. Le droit moral est inaliénable (un peintre peut vendre sa toile mais restera l'auteur de cette toile). | Le brevet peut être cédé à un tiers. Le programmeur perd alors tout droit sur sa réalisation. Le brevet a une durée limitée (dépend du domaine d'application). |
Pour faire valoir son droit d'auteur, aucune démarche n'est nécessaire. | Le brevet demande l'enregistrement auprès d'un organisme agréé. Son coût dépend du brevet et est calculé par l'organisme. |
Le droit d'auteur englobe tous les programmes informatique même si un arrêt de la cour d'appel de Paris de 1984 a déclaré qu'un logiciel ne pouvait constituer une oeuvre de l'esprit au sens de la loi du 11 mars 1957. | Le brevet logiciel tel qui pourrait être défini en Europe ne concernerait pas les logiciels en tant que tel mais ceux qui entrainent un "effet technique" (terme non défini). |
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