© INTERNELa sortie du nouvel album de Céline Dion dans un format protégé contre la copie, qui empêche les ordinateurs de le lire, a été un épisode marquant dans le feuilleton qui oppose les maisons de disques aux pirates (
lire notre article du 5 avril 2002). Pénalisant certains consommateurs sans vraiment empêcher la diffusion des morceaux dans les circuits pirates (voir notre encadré), cette pratique a été critiquée de toutes parts : dernière intervention en date, celle des revendeurs. Lundi , le Syndicat des détaillants spécialisés dans le disque (SDSD), qui regroupe les enseignes Fnac, Virgin, Madison-Nuggets, BHV-Disques et Starter, a diffusé un communiqué dans lequel il exprime son "inquiétude quant aux réactions des consommateurs devant l'introduction croissante des CD protégés sur le marché". Tf1.fr a interrogé Philippe Person, directeur général de la SDSD, sur le sujet.Tf1.fr : Pourquoi avoir diffusé ce communiqué ?
Philippe Person : Le Global entertainment retailers association (GERA), équivalent de notre syndicat au niveau européen, nous a fait part de plaintes au Royaume-Uni. Dans le même temps, en France, de nombreux consommateurs étaient venus se plaindre dans les magasins, parce qu'ils ne pouvaient pas lire le disque de Céline Dion. Plus grave, certains affirmaient ne pas pouvoir écouter l'album sur leur platine de salon. Or, ces platines n'étaient a priori pas concernées par le système de blocage.
Que reprochez-vous aux maisons de disques ?
Nous ne les blâmons pas parce qu'ils veulent lutter contre la piraterie : les revendeurs sont parmi les premiers touchés par ce phénomène. Mais les majors mélangent les problèmes, en assimilant les gens qui écoutent la musique sur leur PC à des pirates. Il y a là un amalgame dangereux, surtout à une époque où Apple présente ses ordinateurs comme des "hubs numériques", et où l'on fabrique des enceintes de qualité hi-fi pour les ordinateurs. En outre, il y a dans cette lutte contre la piraterie un grave manque de concertation, à tous les niveaux. Cette bataille est désorganisée au possible.
Par exemple ?
Les procédés ne sont pas normalisés. Chaque maison de disque, ou presque, a son propre système de protection, qui ne protège que partiellement et indique implicitement, par ses limites, comment il peut être contourné. Il n'y a eu aucune vision globale. Par exemple, comment penser mettre en place un système de protection sérieux sans se concerter avec les fabricants de hardware ? On en arrive à des contradictions : Sony protège ainsi ses disques contre la copie, mais empêche l'acheteur de mettre le morceau sur les lecteurs MP3 qu'elle fabrique.
Cela pêche aussi un peu du côté de l'information…
Oui. Il n'y a aucun accord sur le format de l'étiquette prévenant que le CD est protégé : le consommateur s'y perd, d'autant plus quand les revendeurs n'ont pas été prévenus. Cela nous est arrivé pour le dernier CD de William Orbit… On a le sentiment d'être soumis à la dictature des groupes internationaux, qui ne prennent pas même en compte le cadre légal français. En France, le consommateur a le droit de faire une copie privée.
Qui est pénalisé ?
Un peu tout le monde. Le consommateur, qui a perdu la garantie de qualité sur le produit acheté, qu'il est en droit de réclamer. Les revendeurs et les maisons de disques qui risquent de perdre la confiance des consommateurs sur le produit qui est le noyau du marché. Ce n'est pas en accumulant les mesurettes qu'on va arriver à quelque chose de viable.
SONY SE MORD LA QUEUE |
Nous avions trouvé, dans notre article du 4 avril, tous les morceaux de Céline Dion sur les réseaux pirates. Notre confrère ZDNet a été plus loin, en testant le disque sur plusieurs graveurs. Résultat : sur 40% d'entre eux, le CD pouvait être lu et copié. Ironie suprême, deux périphériques produits par Sony (maison de disque de Céline Dion), sont eux mêmes insensibles à la protection. |
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