© INTERNEDepuis le 30 juillet dernier, sous le prétexte d'une lutte contre les jeux illégaux, une
loi grecque interdit les jeux électroniques et vidéos de tout genre dans les lieux publics. Suscitant aussitôt un tollé dans la communauté des joueurs du pays, cette loi avait inquiété en particulier les gérants de cybercafés, menacés de ne plus pouvoir exercer par un texte vague qui ne tolérait pas les jeux installés sur des PCs ni ceux accessibles par Internet.Deux d'entre eux, poursuivis pour avoir laissé leurs clients jouer à Counter Strike et aux échecs électroniques sur leurs machines, comparaissaient en début de semaine devant un tribunal de Salonique. Ils risquaient jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 5000 € d'amende. Mais plutôt que de les condamner, le tribunal a porté un coup dur à l'impopulaire texte de loi.
Inconstitutionnelle
Le tribunal d'instance de Salonique a en effet relaxé les deux gérants de cybercafés, estimant que le texte voté fin juillet était anticonstitutionnel. Les trois cents personnes rassemblées devant le tribunal ont exprimé leur satisfaction : "tous ceux qui nous ont soutenus dans cette bataille sont confortés dans leur opinion", a déclaré Dimitris Karanassios, porte-parole du syndicat des propriétaires de cybercafés.
Depuis la fin juillet, cette organisation, ainsi que de nombreuses communautés de joueurs protestaient contre cette loi, rédigée pour enrayer la prolifération de jeux illégaux. Plusieurs manifestations avaient été organisées, des pétitions lancées, et la semaine dernière, "un joueur avait escaladé un monument de Salonique pour y accrocher une bannière de protestation", explique Thomaïs Papaioanu, correspondante à Paris de la télévision nationale grecque.
Seul divertissement pour les jeunes
"Tout a commencé en février", explique-t-elle, "lorsque la mafia a piégé un député en train de jouer au bandit manchot dans un casino. Il y a alors eu un vaste débat sur les jeux illégaux, qui pullulent dans les cafés du pays : le phénomène avait pris une proportion énorme, le gouvernement a alors décidé de prendre des mesures drastiques". Trop drastiques : le texte condamnait par défaut tout jeu qui ne dépendait pas "de la force musculaire" et ne dépendait pas de la seule habileté.
"C'est une loi terrible, car dans beaucoup de petites villes grecques culturellement pauvres et dépourvues d'infrastructures sportives, Internet et les jeux vidéos sont le seul divertissement dont disposent les jeunes", explique Mme Papaioanu. Mais le sujet intéresse peu les Grecs, alors que l'actualité est dominée par l'arrestation des terroristes du "17 novembre" et une importante grève des universités.
"Une loi votée pour impressionner"
Quelles que soient les suites de la décision du tribunal, cette "énième loi votée pour impressionner" ne sera pas appliquée, prédit Mme Papaioanu. Elle subira le même sort que d'autres lois excessives, explique-t-elle, "comme celle interdisant aux gens de boire en extérieur après une certaine heure" : annulée ou non, personne ne les appliquera, et elle tombera dans l'oubli…
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