© INTERNEComment réussir à intercepter des terroristes présents sur le sol américain avant qu’ils ne passent à l’acte ? L’une des réponses du gouvernement Bush à cette préoccupation s’appelle
"Total Information Awareness" (TIA, littéralement : Connaissance de la totalité des informations). Sous l’égide des services de renseignements, ce programme consisterait en la collecte, l’archivage et le recoupement du maximum de données recueillies, sans préavis, sur un maximum de citoyens américains : emails, données bancaires, achats, déplacements, cursus, dossier médical….1984 concrétisé ?
Dans notre revue de web de la semaine dernière, nous évoquions un éditorial du magazine américain The Village Voice, qui s’inquiétait de ce nouveau projet. En fait, depuis le début du mois de décembre, l’ensemble de la presse américaine se fait l’écho des inquiétudes que suscite le TIA. Les éditoriaux et les tribunes se multiplient, qui s’inquiètent des conséquences possibles d’un tel système, et doutent dans le même temps de son efficacité.
Pour beaucoup, en effet, le TIA est la concrétisation des cauchemars imaginés par George Orwell dans son roman 1984 : "ce programme comprend toutes les opérations de type 'Big Brother’ redoutées depuis des années par le public Américain et dont la Constitution nous a jusqu’ici protégés : l’espionnage et l’invasion dans notre vie privée", explique à CNN un spécialiste des questions de sécurité à l’université George Washington.
Indiscret... et dangereux ?
Dans une tribune publiée par le Washington Times, un membre de l’institut Cato pour les libertés civiles se demande si ce projet "convient à une société libre qui a jusqu’ici scrupuleusement protégé la vie privée de ses citoyens". Un autre doute de l’efficacité d’un tel système, qui noierait des informations essentielles dans une masse de données difficile à gérer. Le TIA pourrait même, selon ces spécialistes, se révéler dangereux, sa gigantesque base de données constituant une cible "irrésistible" pour des pirates mal intentionnés.
L'espion espionné
Un éditorialiste du San Francisco Weekly a quant à lui trouvé une manière bien plus percutante de s’opposer à ce projet. Dans une de ses colonnes, il propose à ses lecteurs de faire part de leurs inquiétudes au chef du projet TIA, John Poindexter. Et le journaliste de fournir l’adresse et le numéro de téléphone de l’intéressé.
La communauté des hackers, soucieuse du respect des libertés et de la vie privée, s’est aussitôt emparée de l’information, qui s’est retrouvée dès le lendemain sur plusieurs sites. Non contents de relayer les coordonnées de Poindexter, les hackers ont mis en ligne les informations sur le serveur par lequel passe sa connexion Internet, sa biographie et une photo satellite de son domicile. Poindexter, qui a reçu en quelques jours plusieurs centaines de coup de fil, semble toutefois ne pas manquer de sens de l’humour. Sur son répondeur, il a enregistré le message suivant : "La fête pour laquelle vous appelez n’a plus lieu".
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