© INTERNE"Je sais que mon anglais n’est pas parfait. Mais malgré les fautes, il est de mon devoir de raconter aux autres les problèmes que peut rencontrer une jeune fille vivant en Iran. J’espère que vous viendrez de tous les coins de la planète, pour lire ici ce que vous n’aviez jamais lu". Elle se fait appeler Iranian Girl, vit à Téhéran, et écrit chaque jour, sur son site, un petit paragraphe sur la vie quotidienne d’une jeune fille dans la capitale iranienne. Elle parle de la prostitution croissante à Téhéran, de la consommation clandestine d’ecstasy chez les jeunes Iraniens, publie des photos des manifestation estudiantines, évoque sur internet ce qui ne se dit pas, ce qui ne peut pas se dire, dans les rues de son pays.
Les récits de vie en liberté
Iranian Girl tient un weblog, un journal de bord sur Internet. Elle n’est pas seule à le faire : ils sont plusieurs milliers à avoir créé ces derniers mois leur weblog, pour parler en toute liberté de ce qui fait leurs vies. Principalement des jeunes et des femmes, ils peuvent y débattre de sujets habituellement tabous, de sexualité, de musique, du port du voile. En douce, ils font évoluer les mentalités : une blogueuse a ainsi lancé un débat sur le Hejab, l’obligation de porter le voile. Dans les commentaires, après un long débat, un homme a fini par reconnaître que cette tradition ne servait qu’à opprimer les femmes.
Alors que la censure est omniprésente en Iran, que les femmes y sont privées de nombreux droits, que les produits culturels de l’étranger y sont interdits, le Web n’y est pas surveillé. Et Internet est populaire : on estime que le nombre d’Iraniens connectés est compris entre 400.000 et 1,75 millions, soit 1 à 2% de la population. D’ici cinq ans, ils pourraient être 8%.
Pas de censure sur Internet
Alors que les Iraniens sont de plus en plus nombreux à surfer, le gouvernement manque des moyens techniques pour opérer une censure efficace. Selon le magazine Shift, premier à avoir évoqué les blogueurs iraniens, cette brèche profite également des tensions existantes entre les musulmans radicaux et les modérés du gouvernement. Enfin, "certains des religieux les plus influents voient dans le web un nouveau moyen de transmettre la parole du prophète. Sans être conscient de tout ce qu’on peut y trouver", explique le magazine.
Les choses pourraient malheureusement changer : jeudi, un haut responsable de la justice iranienne a dénoncé l’influence néfaste d’Internet et a promis des mesures pour contrôler son utilisation. Une commission a été créée le 4 janvier pour contrôler les sites "illégaux" d'information sur Internet.
En attendant, le Web est devenu une oasis pour les libertées bafouées : de nombreuses publications papier interdites ont trouvé refuge sur Internet. Hossein Derakhshan tenait ainsi une "chronique sur Internet dans un magazine populaire qui a depuis été interdit". Il a continué son travail sur son weblog, hoder.com, l’un des premiers du genre. Il explique l’avoir créé pour "mieux suivre et relayer les réels changements de la société iranienne et les nouvelles non-officielles que l’on ne trouve pas dans les autres médias".
Un outil en farsi
Surtout, Hossein a grandement contribué à l’essor des weblogs iraniens. Blogger.com, le plus célèbre des outils de création de weblogs, ne permet en effet pas d’écrire en farsi, la langue iranienne. Hossein a publié "un guide simple, en farsi, expliquant comment créer un weblog farsi avec Blogger". Quelques mois plus tard, il lançait persianblog.com, "un site entièrement en farsi, dédié à la création de weblogs". Ce fut l’explosion.
Les weblogs permettent de découvrir la jeunesse d’un pays où 60% de la population a moins de 30 ans. En les parcourant, on s’aperçoit que les jeunes Iraniens sont plus proches de nous qu’on pourrait le croire : ils parlent de musiques et de films occidentaux, pourtant interdits, se montrent rebelles face aux interdits. "Certains d’entre eux critiquent la politique iranienne. Mais pour la plupart, ils parlent de leurs expériences quotidiennes, de problèmes sociaux, de littérature…", explique Hoder. "Les weblogs donnent une liberté d’expression inédite en Iran, spécialement pour les femmes. Même les publications sur papier commencent à être influencées par leur ton sincère, non-officiel et proche de la réalité", poursuit-il.
Liens vers l'extérieur
Les weblogs permettent également un lien avec l’extérieur. Beaucoup d’expatriés ont créé le leur, depuis le Canada ou les Etats-Unis : selon Hossein, "c’est la première fois dans l’histoire de l’Iran que les émigrés peuvent savoir ce qui se passe vraiment dans leur pays et que les Iraniens peuvent avoir des nouvelles de leurs amis partis à l’étranger".
La jeunesse iranienne se dégage peu à peu des liens de la révolution islamique, dessine en souterrain de nouvelles aspirations, de nouvelles envies. Cette révolution tranquille, Internet et les weblogs y contribuent grandement. En espérant qu'ils ne seront pas privés de la liberté qui leur a été laissée.
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