© INTERNE- LE PEER TO PEER
Le MidemNet s'est focalisé cette année sur la lutte contre les réseaux pirates dits "peer to peer". Etes-vous d'accord avec la RIAA (syndicat des maisons de disques américaines), qui estime qu'ils ne peuvent être éradiqués, mais qu'ils doivent être réduits à portion congrue ?
Dans le monde physique, un disque vendu sur quatre est pirate, et l'industrie arrive à vivre avec. Si on arrive à avoir un téléchargement pirate pour trois téléchargements payants, on devrait s'en sortir pas trop mal. Je ne crois pas à la fin de la piraterie sur Internet. Mais je veux que ça devienne beaucoup plus compliqué. On veut calmer le jeu, faire en sorte que l'internaute normalement constitué choisisse la solution de facilité.
| "Je ne crois pas à la fin de la piraterie. Je veux que ça devienne beaucoup plus compliqué" |
Si on touchait un petit bout du revenu des FAI en laissant tout le monde télécharger de la musique, cela signifierait la mort de l'industrie du disque. La RIAA parlait en fait des radios sur Internet. En ce domaine, nous sommes contre la licence légale, nous croyons que nous devons rester dans le domaine du droit d'autoriser, et de négocier une juste rémunération. Parce que je n'ai pas envie de voir apparaître une radio qui ne diffusera que du Pavarotti en boucle, ou qui joue le nouveau Céline Dion en intégralité à une heure précise. En d'autres termes, une radio à la demande. C'est pour ça qu'on veut avoir le droit d'encadrer les radios web. Car enchaîner 30 ou 40 titres et les passer en boucle, j'appelle ça une compilation, pas une radio.
Vous prônez un filtrage au niveau des FAI. Mais c'est une solution lourde, qui demande un investissement en temps énorme au niveau de la justice et qui peut être facilement contourné…
Je ne prône pas le filtrage, une directive européenne le demande, qui déclare que le FAI est responsable. Notre problème, c'est que les sociétés qui lancent les programmes pirates sont devenues des sociétés offshore. Dès lors, comment intervenir ? En s'adressant au maillon qui se trouve en France : le FAI, qui a la responsabilité de ce qu'il permet de diffuser.
Techniquement, on ne va pas me faire croire que même dans les systèmes non centralisés, il n'y a pas de serveurs. Il y en a forcément, même s'ils sont disséminés. Il faut les bloquer.
Pourquoi n'avez-vous encore lancé aucune poursuite contre des pirates connus pour leurs téléchargements massifs ?
On a lancé quelques poursuites à une certaine époque. Mais on évite cela. Prenez les gamins qui fument les pétards. Soit vous tapez sur les gamins, soit vous vous attaquez aux dealers. C'est ce qu'on veut faire. Et dans notre cas, c'est simple, ils sont quatre ou cinq, ce sont les fournisseurs d'accès...
Je suis violent, parce que je vois Wanadoo, dans des publicités pour le haut débit, vanter la possibilité de télécharger de la musique, et je pense qu'on se moque de moi. Les FAI sont hypocrites, et vont s'effondrer s'ils ne proposent pas, à terme, des services. Et il s'agira des services payants de musique et de cinéma. Les FAI sont encore dans une logique de conquête de part de marché. Il va falloir qu'ils entrent dans une logique de profit.
- A LA RECHERCHE D'UNE ALTERNATIVE
Les sites de téléchargement payants ont du mal à décoller. Est-ce seulement du, selon vous, à la concurrence des sites de p2p ?
Même si on développe aujourd'hui les sites payants, on est face à une concurrence déloyale. Il est évident que plus l'on va combattre la piraterie, mieux les sites payants se porteront. Et je vous promets que d'ici 3 ou 4 ans, on se trouvera face à 3000-4000 sites qui vendront de la musique en téléchargement.
"Internet c'est une chance. Il faut juste faire respecter des règles" |
Si sur les sites de p2p, on ne s'échangeait que des titres qui n'existent plus ou très rares, je ne serais pas en train de gueuler. Mais 99% des titres téléchargés sont des tubes du Top 50 !!!
A long (ou très long) terme, un abonnement illimité entre-t-il dans vos options ?
J'ai du mal à l'imaginer, parce que je ne vois pas comment je paierais les artistes. Si on a mis si longtemps à installer nos systèmes de musique sur le net, c'est parce qu'on respecte les ayant droit : comment les payer, sur quoi les payer, etc... C'est plus compliqué que ça en a l'air.
Pour l'instant, les majors se chargent elles-mêmes de la distribution en ligne. Cela va-t-il perdurer ?
Non, mais vu qu'on est en période de test, il est normal que nous prenions les risques, que nous investissions. Quand la piraterie baissera, la Fnac et Virgin auront leurs sites, mais pas seulement : nombre de sites proposeront leur musique. Il est évident que l'intérêt d'Internet c'est la diversité : on ira vers une multiplication des niches.
En se plaçant dans une perspective à très long terme, votre métier n'est-il pas amené à être complètement bouleversé ? Votre lutte actuelle n'est-elle pas un peu réactionnaire ?
J'ai commencé dans le métier à l'arrivée des radios FM. A l'époque, personne n'imaginait qu'autant de radios se créeraient, que certaines d'entre elles dépasseraient les radios existantes. Notre métier n'est pas en révolution, mais en évolution. Internet c'est une chance. Il faut juste faire respecter des règles. Mais je suis optimiste.
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