Le peer-to-peer ruine-t-il les fournisseurs d'accès Internet ?

Par Christophe ABRIC, le 13 février 2003 à 21h03 , mis à jour le 12 février 2003 à 21h11

Le trafic lié aux échanges de fichiers sur les réseaux p2p prend de plus en plus d'importance et coûte cher aux fournisseurs d'accès. En Allemagne et en Grande- Bretagne, certaines de ces dernières ont décidé de limiter les téléchargements.

ADSL câble image prétexte Internet © INTERNE

L'échange de fichiers MP3 ou DIVX par les réseaux peer-to-peer prend de l'ampleur : selon une étude de Jupiter Research, 75% des abonnés à un accès haut débit se connecteraient à un réseau de ce type au moins une fois par mois. Or, ces échanges de fichiers ne gêneraient pas les seules maisons de disques et autres studios hollywoodiens. Le trafic qu'ils engrangent devient si important qu'il embarrasse les fournisseurs d'accès (FAI) eux-mêmes, qui ne tirent aucun profit de cette utilisation massive de leur bande passante.

Limites aux téléchargement

En Grande-Bretagne, la FAI NTL a ainsi décidé de limiter le volume de téléchargements de ses abonnés, espérant ainsi refroidir ceux de ses clients qui téléchargeaient jusqu'à 1Go de données par jour. Si sa décision fait débat outre-Manche, de "nombreux FAI allemands pratiquent déjà ces limitations", explique Jean-Christophe Le Tonquin, délégué permanent de l'Association des Fournisseurs d'Accès.

"Le P2P coûte cher", confirme-t-il, "et il n'est pas une source de profit. Les FAI suivent donc cela avec intérêt". Selon un expert cité par le Journal du Net, le P2P représenterait en effet 60% du trafic haut débit en journée, pour monter à 80 ou 90% la nuit. Mais il est difficile de confirmer ces chiffres, et "aujourd'hui, aucun FAI français n'a évoqué la pose de limites au téléchargement", selon Philippe Goold de DSL Valley.

Difficile de mesurer

Une question de maturité du marché, selon Jean-Christophe Le Tonquin : "les consommateurs ont besoin de simplicité, et il est difficile d'expliquer aux clients ce que représente 1Go de téléchargement, plus difficile encore de faire comprendre qu'un accès illimité en durée ne signifie pas forcément en accès illimité en volume. La gêne pourrait être plus forte que le gain sur la bande passante", résume-t-il.

Pour Jean-Michel Planche, président de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), l'embarras des FAI tient surtout à ce qu'ils ne peuvent mesurer la part du P2P dans l'utilisation de leur bande passante : "ils comptent dans leurs clients des gens qui téléchargent beaucoup, d'autres pas du tout".

Le P2P, avenir de l'Internet

Mais surtout, il condamne une mauvaise conception du peer-to-peer : "c'est l'un des fondamentaux de l'Internet, qui est avant tout un réseau d'échange, pas un moyen de diffusion". "L'amalgame est trop courant entre le piratage et le P2P", ajoute-t-il. "or, ce dernier est un bon mode d'application de l'Internet, et sera de plus en plus utilisé à l'avenir".

Reste aux FAI à trouver un modèle économique correspondant à cet usage, sans sembler encourager le piratage.

Par Christophe ABRIC le 13 février 2003 à 21:03
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