Des pages web sur le Front

Par Christophe ABRIC, le 15 mars 2003 à 16h16 , mis à jour le 14 mars 2003 à 17h03

Des journalistes présents dans le Golfe tiennent des weblogs où ils publient leurs témoignages à chaud. Mais la liberté que leur offre Internet est fragile dans un contexte de guerre.

Kevin sites © INTERNE

Le président de CNN International l'affirme, dans une tribune publié par le quotidien britannique The Guardian : l'Internet aura un "rôle clef dans cette guerre". Chris Cramer est conscient que ce conflit, "s'il a lieu, mettra au défi toutes les producteurs d'information". Il leur faudra être partout, sur le terrain et ailleurs, il leur faudra surtout s'appuyer sur ces "journalistes qui travailleront à l'écart des 'équipes embarquées' (…) ces Mavericks qui nous offriront une perspective différente".

Dans ce but (éviter "une myopie de l'actualité"), le Web a un rôle à jouer, explique-t-il : "Pendant les inondations en Europe, la BBC comme CNN ont reçu des témoignages importants par email bien avant que la première équipe de télé n'arrive sur place". "Les journalistes, les universitaires et les citoyens ont goûté aux pouvoirs de connaissance et de distribution offerts par le Web", affirme le président de CNN International.

Mises à jour par téléphone

Ces assertions sont déjà mises en pratique par plusieurs journalistes, dont un travaillant pour CNN. Kevin Sites, outre son travail pour la chaîne dans le Golfe, a monté un weblog dans lequel il raconte au jour le jour son expérience de journaliste sur le front. Il rapporte par exemple un entretien avec un officier de presse de l'armée américaine qui lui interdit d'interviewer des conseillers militaires sous prétexte qu'il était censé ne filmer que les soldats.

Les conditions ne lui permettant pas toujours d'écrire longuement sur son site, Kevin Sites, a reçu l'aide des fondateurs d'Audblog, un système qui permet de poster automatiquement sur son site, en format mp3, ce qu'il dit au téléphone. Kevin Sites peut ainsi témoigner à chaud grâce à un téléphone satellite. Il est libre d'écrire ou de dire ce qu'il veut sur son site, et CNN.com reprend certains de ses articles.

Seul avec un téléphone satellite

Christopher Allbritton ne travaille pas pour une grande chaîne. Mais il compte également partir sur le front, plus précisément dans le Kurdistan irakien, et publier ses reportages sur son weblog. Le site Wired évoque l'initiative de ce journaliste indépendant qui essaie de rassembler 10.000$ pour pouvoir couvrir les événements dans cette région à haut-risque. Mais "Allbritton se soucie plus de sa connexion Internet sur place" que des dangers pour sa santé ou sa vie. Il entend rester un mois sur place, mettre son site à jour avec un téléphone satellite, et financer son aventure grâce aux donations de lecteurs.

Déjà périlleuse par nature, une telle initiative pourrait être menacée par l'armée américaine elle-même. Kate Adie, correspondante de guerre pour la BBC, rapporte que le Pentagone est prêt à prendre pour cible les liaisons satellites des journalistes indépendants à Bagdad. "Je suis très pessimiste quant aux chances d'obtenir de bons reportages à chaud pendant la guerre. Ils arriveront plus tard", a déclaré la journaliste.

Photo : Kevin Sites

Par Christophe ABRIC le 15 mars 2003 à 16:16
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