© INTERNEChez Apple, on a le culte du secret. Un tel culte que le directeur général d'Apple France, Jean-René Cazeneuve, évite toute question sur la stratégie à venir, ne se permet aucune spéculation. Ainsi, lorsque nous lui avons demandé si le Music Store présenté mardi serait bientôt disponible en Europe, il n'a pas souhaité se prononcer sur un délai.
Une pétition circule déjà en ligne pour réclamer cette implantation.tf1.fr : Le Music Store est pour l'instant réservé au marché américain. Sera-t-il disponible prochainement en Europe ?
Jean-René Cazeneuve : Il faudra attendre, et je ne peux pas vous donner de délai. Mais ce retard n'est pas du seul ressort d'Apple. Du point de vue technique, nous sommes prêts, mais les obstacles sont surtout juridiques et fiscaux. D'autant que nous ne sommes pas seuls, les maisons de disques partenaires ont également leur mot à dire. De manière générale, il n'y a quasiment aucun écart chez nous entre les Etats-Unis et l'Europe, à l'exception de quelques services où nous dépendons de partenaires extérieurs. Le nouvel iPod, par exemple, sera disponible très prochainement en Europe.
Certains estiment qu'en lançant ce service, Apple cherche un second souffle…
Je suis en complet désaccord avec cette analyse. Apple innove en permanence, et ce nouveau service s'inscrit dans l'évolution structurelle des usages de l'ordinateur tel que la firme les conçoit depuis plus de deux ans. Acheter de la musique en ligne, la transférer directement sur son iPod, c'est le hub numérique… Ce choix est plus que cohérent, il est naturel.
Comment Apple a-t-il convaincu les majors d'ouvrir leurs catalogues et de ne pas limiter l'usage des morceaux achetés ?
Nous avons toujours eu une légitimité dans le domaine créatif. Nous sommes en outre des éditeurs, conscients des risques liés au piratage. Cela a convaincu les majors, d'autant qu'entre temps, de l'eau a coulé sous les ponts. Elles ont enfin compris le risque qu'elles prenaient à ne pas bouger. Elles sont dans la nécessité de trouver un nouveau modèle économique.
Vous pensez qu'Apple avait une légitimité particulière à se lancer dans ce marché ?
Oui, car nous combinons quatre "qualités". D'abord, nous innovons beaucoup. Ensuite, nous avons eu depuis longtemps l'intuition stratégique du "tout numérique". Nous sommes également les seuls, sur le marché de l'informatique grand public, à faire le système, le matériel et les applications, ce qui nous donne une souplesse et une rapidité d'exécution assez exceptionnelles. Enfin, nous partageons une communauté d'intérêts avec l'univers de la création…
Et comment comptez-vous convaincre les utilisateurs ? Comptez-vous sur la fidélité de la clientèle mac ?
Pas particulièrement : à produit équivalent, Apple n'a pas plus de chance de réussir qu'un autre. Notre pari est de vendre quelque chose de différent, qui se distingue de ce qui était offert auparavant. Il était facile de faire des systèmes ultra-contraignants. C'est ce que les autres ont fait. Nous avons pour notre part mis en place un système qui permet à l'utilisateur de jouir pleinement de la musique qu'il achète.
Car il faut cesser les procès d'intention : les gens ne sont pas tous des pirates. Une majorité des clients de stations services ne s'enfuient pas sans payer après avoir fait le plein, ce qui n'est pourtant pas difficile. Les études le montrent : les consommateurs sont prêts à payer pour de la musique en ligne, à condition que le service en vaille la peine. C'est ce en quoi nous croyons. Nous ne misons pas tant sur une conversion des pirates que sur l'attraction que notre Music Store pourra avoir sur d'autres utilisateurs.
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