La CIA à la pointe du retard technologique

Par Matthieu DURAND, le 07 juin 2003 à 07h00 , mis à jour le 06 juin 2003 à 17h39

L’agence de renseignements américains considère la technologie avec méfiance. Résultat : elle est mal équipée et ses agents mal formés.

Emblème CIA avec Bush © INTERNE

James Bond, Mission Impossible, XXX… la littérature et surtout le cinéma ont popularisé l’image des agents secrets équipés de la tête aux pieds d’équipements à la pointe du progrès. La réalité se situe à des années-lumières en deça de la fiction. En matière technologique, la CIA a cinq ans de retard par rapport au reste du monde, selon une étude "déclassifiée" que présente la BBC (1).

Trop difficile, trop complexe

Chercheur à l’Université de Stanford, Bruce Berkowitz connaît bien l’agence de renseignements américaine pour y avoir débuté sa carrière. La description qu’il en livre surprendra autant qu’elle décevra le fan de Tom Clancy. Selon l’ex-agent, au lieu d’un équipement informatique «tout intégré», les espions américains disposent sur leur bureau de deux téléphones et deux ordinateurs. Pour chaque type d’appareil, un exemplaire est "sécurisé" et réservé aux opérations confidentielles, et pas l’autre. Envoyer un courriel secret relève de l’exploit : il n’existe aucun annuaire interne et les protocoles d’envois sont connus de quelques "happy few" seulement.

Des outils et autorisations spéciaux sont nécessaires pour transmettre des informations sur un réseau "classifié" ou tout simplement pour copier des données vers un appareil portable. Toutefois, peu d’informations sont transférées sur Intelink, un Web dédié aux services de renseignements, car l’Agence ne peut plus contrôler les documents une fois qu’ils y ont été envoyés ! SIPRNET (Secret Internet protocol router network), commun à plusieurs organisations de défense américaines, est également rarement utilisé, les sites de la CIA n’étant pas tous équipés de terminaux d’accès.

La peur du risque

Certes, les bases de données permettent à beaucoup d’agents de collecter de précieuses informations en provenance de différentes sources de renseignements internes ou externes. Problème : la base de données principale est tellement "primitive" que les agents à la recherche d’info préfèrent… appeler leurs collègues par téléphone. Ils n’ont même pas conscience des "trésors" que recèle Internet.

Bref, un incroyable gâchis dont la cause principale est, selon Berkowitz, la recherche permanente de la sécurité absolue. Les personnels de la CIA en sont ainsi venus à considérer la technologie comme trop risquée. S’ajoute à cela le manque de moyens, la pesanteur administrative et le manque de communication entre les services de l’Agence et l’on comprend mieux cette méfiance envers la technologie chez les agents secrets de l’Oncle Sam. Conséquence : il faut beaucoup plus de temps à la CIA pour s’adapter à une nouvelle situation qu’à une autre organisation "concurrente". 

(1) Etude publiée dans le journal Studies in Intelligence

 

Par Matthieu DURAND le 07 juin 2003 à 07:00
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