© INTERNE"Sous Saddam Hussein, se connecter à Internet était compliqué, cher et lent et, la plupart du temps, la réponse que l'on recevait était : 'Accès à la page refusé' à cause du contrôle et des restrictions imposés par le régime", raconte Ali Youssef, co-propriétaire d'un des nombreux cybercafés nouvellement ouverts dans la capitale.
Avant l'offensive américano-britannique, il y avait 57 cybercafés à Bagdad, tous publics. Aujourd'hui, personne ne connaît exactement leur nombre, car tous sont désormais aux mains du secteur privé. Mais ils ont du succès.
Email, mode, porno
M. Youssef, 28 ans, a ouvert sa boutique en juillet sans en avoir demandé l'autorisation à la puissance américaine occupante, ni aux services du Conseil de gouvernement transitoire irakien. Ce jour-là, ses dix ordinateurs sont tous occupés et plusieurs clients attendent leur tour pour se connecter, moyennant 2.000 dinars (un peu plus d'un dollar) pour une heure de connexion. "Beaucoup de gens veulent envoyer des e-mails à leur famille", dit M. Youssef, qui gère son café avec un ami, après avoir emprunté 12.500 dollars pour pouvoir l'ouvrir.
Devant l'un des écrans, deux Irakiennes de 21 ans, connectées à un forum de discussion avec de jeunes Arabes, sont en train de lire une analyse sur la situation en Israël et dans les territoires palestiniens. Naamet explique avec enthousiasme : "On visite des sites sur la mode européenne, on lit les journaux, on apprend des recettes de cuisine, on s'informe sur les universités dans d'autres pays et on discute avec des gens des quatre coins du monde". De son côté, une autre Irakienne est en train d'envoyer un courriel à sa soeur en Libye. Non loin, deux jeunes ferment tout à coup le site qu'ils consultaient après avoir été surpris en pleine quête de la "fille idéale".
Investissement portable
Bachar, 18 ans, dit "beaucoup aimer discuter en ligne". "Mais quand je dis aux gens que je suis Irakien et que je suis en train d'écrire de Bagdad, certains ne veulent pas me croire et d'autres, pour la plupart des Américains, se déconnectent. Ils ne veulent pas discuter avec moi", regrette-t-il.
Ancien correspondant local de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, Omar Fadhil dit n'avoir pas hésité une seconde à abandonner son ancien métier pour ouvrir son cybercafé rue Al-Roubaï. Il y en a sept autres dans le quartier et tous sont bondés. "J'ai compris que je pouvais me faire pas mal d'argent dans un domaine qui, jusqu'ici, était interdit", dit-il, "j'ai investi 15.000 dollars et les affaires marchent très bien aujourd'hui".
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