© INTERNELors d'un congrès de psychiatrie, qui s'est déroulé la semaine dernière à Paris, des psychiatres ont évoqué l'impact, positif et négatif, d'Internet sur les jeunes. Coauteur d'un article sur le rôle des médias dans les psychoses collectives, les phénomènes de panique et les suicides de masse (1), Bruno Verrecchia, psychiatre des hôpitaux au CHU de Brest et expert européen agréé en criminologie, revient pour tf1.fr sur la dépendance que peut engendrer le "cyber-monde".
tf1.fr : Partagez-vous la mise en garde de vos collègues sur les dangers d'Internet et des jeux vidéos ?
Bruno Verrecchia : Je ne peux qu'y souscrire. Internet est une entité indestructible, incontrôlable et planétaire. Sans filtre éducatif et parental, on est parfois surpris par ce que l'on y rencontre. Récemment, j'ai découvert des sites mortifères anglo-saxons réunissant des anorexiques mentaux, surtout des jeunes femmes, avec d'ailleurs souvent une thématique néo-gothique. On pouvait y voir des photos de corps décharnés évoquant les camps de concentration… Ces sites proposent à ces patientes, car il s'agit de personnes malades, des recettes pour davantage maigrir, y compris pharmacologiques. C'est une préoccupation, voire un problème de santé publique.
tf1.fr : Peut-on parler, dans ce cas présent, de phénomène sectaire ?
B. V. : Il faut être très prudent sur ce sujet. La secte n'a pas à proprement parler de définition juridique. Je parlerais plutôt de communautés virtuelles animées d'une même âme collective. Lesquelles peuvent avoir une implication concrète, physique et psychique. L'addiction des "accros" à Internet et aux jeux vidéos est très similaire à la toxicomanie.
tf1.fr : On entend souvent parler de cybernautes ayant perdu le sens de la réalité. N'est-ce pas exagéré ?
B. V. : Cela dépend de la personnalité de chaque individu et de sa capacité à faire la part des choses. Tout dépend du sens qu'il donne à Internet : est-ce une façon de fuir la réalité ? de trouver du réconfort ? de retrouver des interlocuteurs ? Si l'investissement affectif est important, alors cela peut être extrêmement risqué. Un expert américain a mis en garde contre le fait que certains jeux vidéos pouvaient faciliter le passage à l'acte violent. Les nouveaux médias sont également susceptibles d'amplifier les phénomènes d'imitation et de contagion psychologiques, voire de psychose collective. Mais, évidemment, ces excès concernent avant tout les personnes les plus vulnérables.
(1) publié dans le numéro d'octobre de la revue Les Actualités en psychiatrie
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