© INTERNEAprès avoir suscité l'ire des défenseurs des libertés, donné lieu à plusieurs éditoriaux assassins et reçu "plus de 3.000 courriels" de critiques, Peter Jacobs, président de la société SunnComm a renoncé à ses poursuites contre John Alex Halderman. Il reprochait à cet étudiant de 22 ans à Princeton d'avoir publié sur Internet une méthode permettant de contourner la protection anti-copie que SunnComm avait développé pour un CD sorti chez BMG.
En début de semaine dernière, Halderman avait mis en ligne une page web dans laquelle il dissèque la technologie de protection MediaMax 3. Dans cette étude, il juge la protection inefficace et inutile. Celle-ci est en effet facile à contourner : il suffit pour cela de garder enfoncé la touche Shift de son clavier au moment de l'insertion du CD dans le lecteur.
Un contournement hors la loi ?
MediaMax 3 se lance en effet automatiquement dès que le CD est lu par le PC. En maintenant la touche Shift enfoncé, on désactive la fontion "auto-run" de Windows. Le logiciel de protection ne se lance alors pas, et le CD est libre d'accès.
Suite à la publication de cette étude, SunnComm s'était emportée. Jeudi dernier, la société annonçait qu'elle comptait poursuivre l'étudiant au civil et au pénal pour violation du Digital Millenium Copyright Act (DMCA), texte qui régit la protection des œuvres aux Etats-Unis. Selon le DMCA, il est criminel de distribuer des outils permettant de contourner des systèmes de protection. Pour SunnComm, expliquer sur une page Web l'astuce de la touche "Shift" constituait un tel contournement.
Seulement, si plusieurs personnes ont été condamnées pour avoir distribué de tels techniques de contournement, celles-ci consistaient toujours en un programme. Le cas de John Halderman est différent : sa "technologie" n'est qu'une astuce, qui repose en outre sur des fonctions intégrées à Windows.
Question de réputation
"Ce qu'il a révélé n'est pas un exploit de hacker ! C'est Windows… On aurait mal imaginé meilleure illustration des mauvaises interprétations du DMCA", expliquait un avocat de l'Electronic Frontier Foundation. Halderman estimait pour sa part que "si presser la touche Shift est une violation du DMCA, il va falloir changer la loi".
Vendredi soir, ces critiques avaient fait effet. Peter Jacobs a expliqué qu'il ne voulait en rien "gêner la recherche académique", qui "ne rend pas notre technologie caduque". Dans un magnifique retournement, le directeur de SunnComm a au contraire estimé que les travaux de l'étudiant pourrait aider sa société à améliorer ses procédés de protection, et a fait un don de 10 millions de dollars à l'université de Princeton…
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